Centrafrique: enquête de l'ONU sur les violations des droits de l'homme

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Des armes confisquées par les forces françaises aux ex-Séléka et aux anti-balaka, sont stockées à la base de l'armée française, à Bangui, le 28 février.

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Nina LARSON
Agence France-Presse
Genève

Une commission des Nations Unies va commencer à enquêter mardi en Centrafrique sur les violations des droits de l'homme dans ce pays livré depuis près d'un an au chaos et aux tueries entre musulmans et chrétiens.

La commission, mandatée par le Conseil de sécurité de l'ONU et dirigée par le Camerounais Bernard Acho Muna, veut «mettre un terme à l'impunité» qui règne dans le pays.

La Centrafrique est «un pays qui est en train de se vider de sa population musulmane», passée de 15% environ à 2% de la population totale, s'est alarmé lundi le conseiller spécial du secrétaire général de l'ONU pour la prévention des génocides, le Sénégalais Adama Dieng.

Pour Bernard Acho Muna, juge à la Cour Suprême du Cameroun et ancien procureur en chef adjoint du Tribunal pénal international pour le Rwanda, «un génocide commence toujours avec de la propagande incitant à la haine».

«Nous espérons que notre présence et le fait que nous enquêtions soient un signal pour que les gens orchestrant la propagande ne passent pas à l'action», a-t-il déclaré.

Depuis mars 2013 et le renversement de François Bozizé par la coalition rebelle Séléka de Michel Djotodia, des crimes massifs ont été commis, en toute impunité jusque présent, contre la population en Centrafrique.

Ces crimes - meurtres, viols, vols, incendies d'habitations - ont été pendant des mois l'apanage des combattants Séléka (majoritairement musulmans), à Bangui, mais aussi en province.

L'émergence pendant l'été des milices d'autodéfense villageoises anti-balaka (majoritairement chrétiennes) a donné à ces crimes une nouvelle ampleur avec un cycle de représailles et contre-représailles menées par anti-balaka et Séléka contre les populations civiles, avec des massacres et des villages incendiés.

Depuis décembre et les tueries de masse dans la capitale, les anti-balaka avec dans leur sillage des bandes de pillards s'en prennent systématiquement aux civils musulmans, contraints à l'exode, sur fond de «nettoyage ethnique» selon Amnistie internationale. Des bandes armées issues de l'ex-Séléka continuent elles aussi à semer la terreur dans des localités de province.

Au total, les violences intercommunautaires ont fait des milliers de morts et un quart des 4,6 millions de Centrafricains sont déplacés, provoquant une situation humanitaire désastreuse.

Parallèlement à la commission d'enquête de l'ONU, la Cour pénale internationale (CPI) s'est elle aussi emparée du dossier centrafricain. Le 7 février, le procureur de la CPI a annoncé l'ouverture d'un «examen préliminaire», préalable à une enquête, sur des crimes «graves» commis en République centrafricaine.

Bernard Acho Muna a relevé que la situation en République centrafricaine «est unique, elle est caractérisée par l'effondrement de l'ordre public, le vide du pouvoir, l'absence d'autorités de police et judiciaires».

La commission d'enquête est composée de trois personnes. Outre le président, elle comprend Fatima M'Baye, présidente de la commission mauritanienne pour les droits de la femme et vice-présidente de la Fédération internationale des droits de l'homme, et Jorge Castaneda, ancien ministre des Affaires étrangères du Mexique.

Les enquêteurs doivent rester au total deux semaines en Centrafrique, dont trois jours à Bangui. Elle se rendra dans le pays «partout où c'est nécessaire pour établir les faits», a dit son président.

Elle doit rencontrer les autorités gouvernementales, les autorités locales, les chefs de villages, les représentants d'ONG, les commandants des troupes françaises et de la Mission de l'ONU et de l'Union africaine, et se rendre dans les camps de déplacés et de réfugiés.

Elle remettra un premier rapport au Conseil de sécurité de l'ONU en juin prochain.

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Lundi, des files d'attente interminables se sont formées très tôt devant les principales banques de Bangui, prises d'assaut par des fonctionnaires impatients de récupérer leur argent.

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Premiers salaires en six mois pour les fonctionnaires

Les fonctionnaires et agents de l'État centrafricains ont commencé lundi à percevoir leur premier mois de salaire depuis six mois, dans un pays paralysé par la crise et les violences depuis un an, a constaté l'AFP lundi.

Les salaires n'avaient plus été versés aux fonctionnaires depuis le mois de septembre 2013. Lundi, des files d'attente interminables se sont formées très tôt devant les principales banques de Bangui, prises d'assaut par des fonctionnaires impatients de récupérer leur argent.

«Mieux vaut un mois que rien. On ne vit plus. Pourvu que le gouvernement fasse l'effort de nous ajouter un, ou deux autres mois si la trésorerie le permet», a déclaré à l'AFP Jean Nguélébo, cadre dans la santé.

Le 28 février, le président François Hollande de passage à Bangui, avait annoncé que les salaires des agents de l'État seraient rapidement versés grâce à une aide des pays de la région.




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