Bangui toujours sous haute tension malgré le départ de Djotodia

L'ex-président, Michel Djotodia, a de nombreuses relations au... (SIA KAMBOU, AFP)

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L'ex-président, Michel Djotodia, a de nombreuses relations au Bénin, où il s'était exilé dans les années 2000.

SIA KAMBOU, AFP

Cécile FEUILLATRE
Agence France-Presse
Bangui

La capitale de la Centrafrique Bangui était toujours sous tension samedi, après la démission la veille du président Michel Djotodia et son départ pour le Bénin, qui laisse le pays sans exécutif jusqu'à l'élection d'un nouveau dirigeant par le Parlement provisoire.

M. Djotodia est arrivé samedi après-midi dans un avion officiel tchadien au Bénin, en provenance de N'Djamena, où il avait présenté sa démission vendredi. Il a été accueilli à sa descente d'avion à Cotonou par le ministre des Affaires étrangères béninois, Nassirou Bako Arifari.

«Le Bénin a accepté de l'accueillir à la demande des États membres de la CEEAC (Communauté économique des États d'Afrique centrale). C'est notre contribution à la recherche de la paix en Centrafrique», a déclaré Nassirou Bako Arifari.

La famille de Michel Djotodia se trouve déjà au Bénin. L'ex-président a de nombreuses relations dans ce pays, où il s'était exilé dans les années 2000 puis avait été placé en détention à la demande du président centrafricain de l'époque, François Bozizé, qu'il a renversé en mars 2013.

En Centrafrique, fuyant les violences et le climat de haine, les étrangers établis  - Tchadiens surtout, mais aussi Ouest-Africains - continuent de quitter le pays en masse. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a commencé à assurer de nouveaux vols samedi pour évacuer dans un premier temps 800 Tchadiens.

Après une nouvelle flambée de violences et de pillages dans la nuit de vendredi à samedi à la suite de la démission de M. Djotodia, la capitale a retrouvé au fil des heures son aspect des jours précédents: calme et apparente normalité dans beaucoup de quartiers, qui masque une extrême tension susceptible à la moindre étincelle de dégénérer en quelques instants.

Mosquée démembrée

Les soldats de la force africaine contrôlaient tous les véhicules, à la recherche d'armes. Près du stade «20 000 places», des soldats français interrogeaient les habitants sur les violences de la nuit, tandis que les blindés de l'opération Sangaris se montraient ostensiblement dans les rues.

Au moins huit personnes ont été tuées et plus d'une centaine d'autres blessées dans les violences à Bangui depuis vendredi soir, selon les estimations partielles samedi de plusieurs ONG.

La Croix-rouge centrafricaine a récupéré six morts depuis vendredi soir, selon son président, le pasteur Antoine Mbaobogo.

Médecins sans frontières a fait état de deux morts et 95 blessés pour la journée de samedi, dont sept personnes atteintes par des balles perdues dans l'immense camp de déplacés de M'Poko, près de l'aéroport de Bangui.

Et la Croix-rouge internationale a mentionné de son côté au moins 25 blessés par des explosions de grenades.

Des pillages ont eu lieu dans divers endroits de la capitale. Au quartier Bimbo, dans le sud de la ville, un groupe majoritairement composé de jeunes hommes vidait et démembrait une mosquée, emportant toiture et briques. «C'est impossible de vivre avec des musulmans», lançait un des pillards, Béranger.

Selon le président de la Croix-rouge centrafricaine, il y a eu «énormément de pillages» pendant la nuit. «Ceux qui ont été pillés à l'arrivée des Séléka (en mars, à la prise du pouvoir par M. Djotodia) pillent à leur tour. Pour eux, c'est le 14 juillet».

Michel Djotodia, accusé par la communauté internationale de passivité face aux violences interreligieuses qui ont tourné à des tueries de masse, a démissionné sous la pression des dirigeants d'Afrique centrale.

Trouver au plus vite un nouveau président

Désormais sans exécutif, puisque le premier ministre de transition Nicolas Tiangaye a lui aussi démissionné, la Centrafrique doit se trouver - au plus vite, a demandé la France, qui souhaitait le départ de Djotodia - un nouveau président de transition.

La tâche revient au Conseil national de transition (CNT, parlement provisoire), composé de 135 membres nommés après la prise de pouvoir de M. Djotodia, issus des différents partis politiques, du mouvement Séléka, de la société civile et d'institutions publiques.

le CNT doit ouvrir une session spéciale en début de semaine, après le retour de ses membres samedi à Bangui, depuis N'Djamena où ils avaient été convoqués jeudi par les dirigeants d'Afrique centrale.

L'intérim, 15 jours au maximum, sera assuré par le président du CNT, Alexandre-Ferdinand Nguendet.

«Nous attendons que la Cour Constitutionnelle nous notifie la démission du chef de l'Etat de transition. C'est à partir de cet instant que je vais assumer la vacance» du pouvoir, en vertu de la Constitution de transition, a-t-il expliqué à l'AFP.

Il s'est réengagé samedi à ce que l'élection se déroule «dans les conditions fixées» par la charte de transition.

Le représentant spécial de l'ONU à Bangui, Babacar Gaye, a lui appelé le CNT «à se mobiliser» pour élire un nouvel exécutif.

Le nouvel élu aura la lourde tâche de pacifier le pays, de remettre une administration totalement paralysée en état de marche et de permettre aux centaines de milliers de déplacés de rentrer chez eux. La France a également fait savoir qu'elle souhaitait voir se tenir des élections générales «avant la fin 2014».




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