Mali: les islamistes stoppés par l'armée

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Serge Daniel, Ahamadou Cisse
Agence France-Presse
Dakar

La France, intervenant en soutien à l'armée malienne, a stoppé samedi l'avancée des islamistes dans le centre du Mali, où les pays d'Afrique de l'Ouest accélèrent leurs préparatifs pour déployer leurs troupes.

«Un coup d'arrêt a été porté à nos adversaires» au Mali, a déclaré samedi soir le président français François Hollande, réaffirmant que l'intervention française «n'a pas d'autre but que la lutte contre le terrorisme».

Pour la seconde journée consécutive après l'annonce officielle de cette intervention, des frappes aériennes ont été conduites samedi pour bloquer l'avance de colonnes de pick-up armés des islamistes, a indiqué samedi le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Un officier français a été mortellement blessé vendredi lors d'un raid hélicoptères «contre une colonne terroriste» se dirigeant vers deux villes de la partie sud du Mali, selon M. Le Drian.

Ce raid vendredi «a permis la destruction de plusieurs unités» islamistes et a «stoppé leur progression», a affirmé le ministre, faisant également état de la participation aux opérations d'avions de combat Mirage 2000 et Mirage F1 - basés à N'Djamena -.

«Nous avons fait des dizaines de morts, même une centaine de morts parmi les islamistes à Konna. Nous contrôlons la ville, totalement», a affirmé un officier malien depuis Mopti (centre), région marquant la limite entre le nord et le sud du pays.

Une source sécuritaire régionale a fait état d'«au moins 46 islamistes» tués, alors qu'un habitant de Konna a dit avoir «vu des dizaines de corps» d'hommes portant des tuniques arabes et des turbans.

L'armée malienne a enregistré dans ses rangs 11 morts, une soixantaine de blessés, et un officier français a été tué lors des combats contre les islamistes à Konna (centre), selon une déclaration du président malien Dioncounda Traoré lue samedi à la télévision publique.

Selon l'armée malienne, les «dernières poches de résistance» étaient nettoyées après la contre-attaque réussie pour reconquérir la ville et enrayer l'offensive jihadiste.

Des unités françaises ont par ailleurs été déployées à Bamako pour y assurer la sécurité des quelque 6.000 ressortissants français. Des éléments des forces prépositionnés en Afrique, venus notamment de Côte d'Ivoire et du Tchad, sont arrivés sur l'aéroport de la capitale, selon une source militaire.

Le président Hollande a par ailleurs annoncé un renforcement, «dans les meilleurs délais» des mesures antiterroristes en France.

Alors que la situation militaire était gelée, les combats avaient repris cette semaine dans le centre du pays. À plus de 700 km de Bamako, Konna était tombée jeudi aux mains des jihadistes qui occupent depuis plus de neuf mois le nord du Mali. Cette vaste région désertique est depuis avril 2012 un sanctuaire pour les groupes islamistes, notamment Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui détient huit otages français.

La contre-attaque franco-malienne est partie de Sévaré, localité à 70 km au sud de Konna, dotée du plus important aéroport de la région, où avaient atterri jeudi les éléments des forces spéciales françaises prépositionnées depuis des mois au Burkina Faso voisin.

«La reconquête du nord a commencé»

À la suite de ses pairs ouest-africains et de l'Union africaine, M. Traoré a remercié François Hollande pour avoir lancé l'opération baptisée «Serval».

De son côté, le capitaine Amadou Sanogo, chef des putschistes de mars 2012 et d'un comité militaire officiel, a estimé que La France avait joué «un rôle capital» aux côtés de l'armée malienne.

Washington, qui a dit «partager l'objectif de la France de retirer aux terroristes leur sanctuaire dans la région», envisage de lui apporter un appui «logistique», du ravitaillement en vol et des drones de surveillance, selon un haut responsable américain.

La Grande-Bretagne va également fournir une assistance militaire logistique à Paris mais ne déploiera pas de personnel en situation de combat, a annoncé pour sa part le bureau du premier ministre David Cameron.

Face à l'urgence, le Burkina Faso, le Niger et le Sénégal ont annoncé le déploiement chacun d'un bataillon de 500 hommes.

Depuis plusieurs mois, l'Afrique de l'Ouest a proposé l'envoi, avec l'aval de l'ONU, d'une force armée africaine de plus de 3300 hommes, que des pays européens, dont la France, l'ancienne puissance coloniale, ont promis d'aider logistiquement, pour la reconquête du nord du Mali.

Vendredi, la Communauté des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) avait autorisé «l'envoi immédiat de troupes sur le terrain» pour épauler l'armée malienne «dans le cadre de la Misma (Force internationale de soutien au Mali)».

«Les forces (ouest-africaines) sont en train de se positionner (...), c'est la reconquête du nord Mali qui vient de commencer», a assuré à l'AFP le ministre ivoirien l'intégration africaine, Ally Coulibaly.

«L'objectif n'est pas seulement (...) d'empêcher que les jihadistes ne descendent vers le sud, mais surtout, c'est de reconquérir les positions de Tombouctou, Gao, Kidal», les trois principales villes du Nord, selon M. Coulibaly.

Le Nigeria n'a pas encore précisé son niveau de participation à la MISMA, mais a déjà dépêché une équipe technique de l'armée de l'air, ainsi que le futur commandant de la force africaine, qui sera nigérian.

Acteur clé et plutôt hostile à une intervention militaire étrangère - en particulier française -, l'Algérie a exprimé son soutien «sans équivoque» aux autorités de transition maliennes, condamnant fermement «les attaques des groupes terroristes».

Un haut responsable russe a toutefois estimé que «toute opération en Afrique peut et doit se faire exclusivement sous l'égide de l'ONU et de l'Union africaine».

La France avait demandé vendredi au Conseil de sécurité de l'ONU l'accélération de la mise en oeuvre de la résolution 2085, approuvée le 20 décembre et qui autoriserait notamment le déploiement par étapes de la Misma. Pour justifier son intervention, Paris a mis en avant l'article 51 de la charte de l'ONU qui mentionne «le droit de légitime défense, individuelle ou collective», en cas «d'agression armée» d'un pays membre de l'ONU.

L'ancien premier ministre de Jacques Chirac Dominique de Villepin a estimé dimanche dans une tribune au Journal du Dimanche qu'«aucune des conditions de la réussite n'est réunie» au Mali.

 

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