Le nord-est brésilien en proie à la pire sécheresse depuis un siècle

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Depuis 2012, il n'a pratiquement pas plu dans le Sertao, la zone semi-aride qui englobe huit États du nord-est brésilien.

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Carola SOLÉ
Agence France-Presse
Quixeramobim

Un crâne de vache à moitié calciné par le soleil jonche le sol, à côté d'un cadavre de veau en décomposition : tel est le paysage de désolation du nord-est brésilien frappé par la pire sécheresse depuis un siècle.

«La plupart sont morts de soif ou de faim. Malheureusement, c'est notre réalité, le résultat de cinq ans de sécheresse», explique à l'AFP Kerginaldo Pereira, agriculteur de 30 ans, qui marche le regard triste au milieu d'un véritable cimetière d'animaux à ciel ouvert, au coeur de l'État du Ceara.

Il y a amené des quantités de bêtes qu'il élève à Nova Canaa, dans la zone rurale de la petite ville de Quixeramobim.

L'eau a toujours fait cruellement défaut dans cette région, mais les habitants n'avaient jamais été atteints par une crise d'une telle ampleur.

Les climatologues l'expliquent par une conjonction de facteurs défavorables : le phénomène El Niño, venu du Pacifique, la hausse de température de l'Atlantique Nord et le réchauffement global, qui s'est traduit par 1,3 °C de plus depuis ces 50 dernières années au Ceara.

Depuis 2012, il n'a pratiquement pas plu dans le Sertao, la zone semi-aride qui englobe huit États du nord-est brésilien.

Le paysage a des allures de terre brûlée, avec de la végétation noire et sans feuille et des rivières pratiquement à sec.

Selon les autorités locales, les réservoirs sont pleins à 6%, mais nombre d'entre eux se sont tout simplement évaporés.

Au grand dam des éleveurs, le peu d'eau restant est réservé à la consommation humaine.

Des activités simples du quotidien, comme prendre un bain, laver ses vêtements et même boire, s'apparentent à un véritable luxe.

Au compte-gouttes

Parmi les 25 millions d'habitants du Sertao, plus de trois millions n'ont pas accès à l'eau courante, dont un million dans le Ceara, selon les chiffres officiels.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande 100 litres d'eau par personne, mais le précieux liquide arrive au compte-gouttes dans des localités isolées comme la ferme de Nova Canaa.

Avec des camions-citernes, le gouvernement ne parvient à acheminer que vingt litres par jour et par personne.

Comme c'est largement insuffisant, les habitants doivent se cotiser pour payer des camions supplémentaires ou même aller chercher de l'eau dans de lointains puits à dos d'âne. À leur retour, cette eau est souvent si salée que même les animaux ne veulent pas la boire.

Sans pouvoir vivre des revenus l'élevage de leurs animaux rachitiques, ils ne subsistent que grâce aux aides gouvernementales.

La «bourse famille», revue à la baisse récemment avec les mesures d'austérité du gouvernement conservateur de Michel Temer, octroie tout juste 420 réais (environ 130 dollars) par mois et par foyer. Le contenu d'un camion-citerne coûte environ 150 réais.

«Auparavant, nous parvenions à surmonter la sécheresse sans trop de problèmes, parce que les réservoirs étaient pleins, mais aujourd'hui, nous économisons chaque goutte d'eau», résume Clara Carneiro, agricultrice de 67 ans qui récupère l'eau de vaisselle pour donner à boire à ses vaches.

Sécheresse et corruption

Le ciel ne fait pas de cadeaux au Sertao, mais le climat politique et économique n'est guère plus propice.

Le Brésil est plongé dans une récession historique et les aides du gouvernement fédérales sont plus difficiles à obtenir.

Pire encore, le projet de détourner le cours du fleuve Sao Francisco pour qu'il passe par le Ceara a dû être reporté parce que l'entreprise chargée des travaux est impliquée dans un scandale de corruption.

«Sans aucun doute, la crise politique et économique a aggravé la crise hydraulique», explique le responsable des réserves d'eau du Ceara, Francisco Teixeira.

Les prévisions météorologiques pour l'année 2017 sont pessimistes: il va pleuvoir, mais pas assez pour remplir les réservoirs.

Les habitants de la région ne savent plus à quel saint se vouer. «Il ne nous reste plus qu'à prier le Bon Dieu parce que les politiques nous oublient après les élections», se plaint Sebastiao Batista, agriculteur de 66 ans.




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