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Dix ans après Katrina: il est «trop tard» pour l'Isle de Jean-Charles

Un drapeau américain en lambeaux flotte sur le... (PHOTO LEE CELANO, archives AFP)

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Un drapeau américain en lambeaux flotte sur le quai d'un bayou près de l'Isle de Jean Charles, le 16 août.

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Loic HOFSTEDT
Agence France-Presse
ISLE DE JEAN CHARLES

Au fond des bayous de Louisiane, le temps semble s'écouler plus lentement... mais pas assez doucement pour sauver une communauté d'Indiens cajuns habitant une petite bande de terre progressivement avalée par la mer.

«Nous avons toujours vécu ici et on ne... (PHOTO LEE CELANO, AFP) - image 1.0

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«Nous avons toujours vécu ici et on ne peut pas s'imaginer vivre dans des appartements, à l'étroit», ajoute Maryline Naquin.

PHOTO LEE CELANO, AFP

Cet État du sud des États-Unis a perdu près de 5000 km2 de terres le long des côtes depuis les années 1930. D'importants efforts ont été faits pour préserver le littoral et ralentir l'érosion, mais chaque heure la Louisiane perd toujours l'équivalent d'un terrain de football.

Et Maryline Naquin, 70 ans, est aux premières loges : «Derrière, c'était plein d'arbres», raconte-t-elle, assise sous son porche. «Maintenant, ce n'est plus que de l'eau. Plein d'eau».

La communauté de l'Isle de Jean Charles est née quand un Français, répudié pour avoir épousé une Indienne, a débarqué au début des années 1800. Presque tous leurs enfants se sont mariés avec des autochtones.

Les bayous environnants leur procuraient de belles récoltes de crevettes, de poissons et de crabes pour se nourrir et aller vendre en ville.

À son pic, près de 700 familles vivaient ainsi sur l'île, qui est accessible par la route, et il restait même assez d'espace pour des pâtures de vaches et de chevaux quand Mme Naquin était enfant.

Aujourd'hui, il ne reste plus qu'une trentaine de familles et beaucoup craignent que la prochaine grande tempête ne les jette dehors pour de bon.

«Nous avons toujours vécu ici et on ne peut pas s'imaginer vivre dans des appartements, à l'étroit», ajoute Maryline Naquin.

D'importants travaux de construction de digues ont été effectués pour protéger des habitations le long des côtes de Louisiane, mais pas sur l'Isle de Jean Charles. Trop coûteux, ont simplement décidé les autorités.

«C'est trop tard»

Sans assurance, Mme Naquin ne pourra pas reconstruire la prochaine fois qu'une grosse tempête endommagera sa maison. Elle semble résignée à cette idée, même si elle veut rester le plus longtemps possible.

Dompter la rivière Mississippi a dramatiquement freiné l'afflux de sédiments sur les côtes du delta et quand Katrina a frappé le 29 août 2005, la fragile côte était déjà en mauvais état.

L'essentiel de l'attention s'est porté sur la destruction de La Nouvelle-Orléans, mais dans les bayous les gens avaient aussi de sérieuses difficultés à reconstruire leurs maisons. Puis l'ouragan Rita a frappé quelques semaines plus tard.

Les deux tempêtes ont fait plus de dégâts à elles seules que les 25 précédentes années d'érosion : 850 km2 de marais - soit plus de deux fois la superficie de la ville de Montréal (environ 364 km2) - ont été engloutis.

La marée noire de 2010 a aussi abîmé les côtes, le mélange de pétrole et de produits dispersant venant endommager les fragiles plantations du littoral.

Chris Chaisson, 32 ans, a été de ceux obligés de quitter l'île pour trouver un travail et une existence plus stable pour sa famille. Il souffre de ne pas pouvoir élever son fils sur cette île où ses ancêtres vivaient depuis des générations. Il n'est même pas sûr que ses petits enfants pourront la visiter.

«Vous perdez un héritage, la culture des gens qui vivaient là», dit cet activiste qui lutte contre l'érosion du littoral depuis dix ans. «Cette communauté va s'éteindre à cause de l'érosion et il n'y a pas de vraie solution pour la protéger».

Le pasteur Keith Naquin se rappelle les bons souvenirs de son enfance sur l'île : «Le matin tout le monde écoutait de la musique française et l'après-midi on trouvait toujours quelqu'un en train de cuisiner dehors», confie-t-il alors qu'il habite à présent dans les terres, à une vingtaine de minutes de là.

«Descendre la route de l'île était un vrai voyage : vous ne saviez jamais où vous alliez vous arrêter, mais il y avait toujours quelque part où faire une pause. C'était comme une grande famille», reprend-il.

Les bayous étaient si riches qu'il dit avoir un jour attrapé près de 500 kilos de crevettes avec un simple filet en quelques heures.

Les gens peuvent toujours vivre de ce qu'ils pêchent, mais ils doivent aller toujours plus loin, et l'Isle de Jean Charles est aujourd'hui une ville fantôme.

«C'est trop tard» pour sauver l'île, conclut Keith Naquin, fataliste.

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