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Sur la route d'Énergie-Est: protéger les terres et les tourbières

Odette Sarrasin, coordonatrice pour Lanaudière du Regroupement vigilance... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

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Odette Sarrasin, coordonatrice pour Lanaudière du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec, et Marielle Boisjoly, porte-parole du Comité de vigilance hydrocarbure Lanoraie.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

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Hugo Meunier
Hugo Meunier
La Presse

(LANORAIE) La fuite récente d'un plan élaboré par une firme de relations publiques a levé le voile sur les stratégies recommandées à TransCanada pour vendre le projet d'oléoduc Énergie Est aux Québécois. Jusqu'à samedi, La Presse visitera quatre communautés nommées dans ce plan en raison de la force de leur opposition au projet. Aujourd'hui: la région de Lanaudière, où des résidants craignent que l'oléoduc ne menace les terres agricoles et des tourbières protégées.

Le sol est mou et gorgé d'eau. Quelques plantes d'un vert luxuriant détonnent du gris marécageux et des étangs rouille de cette tourbière parmi tant d'autres, ici, au coeur de Lanaudière.

Marielle Boisjoly et Odette Sarrasin, deux militantes environnementalistes de la région, montrent du doigt un arbre déraciné. C'est là que TransCanada a prévu le passage de son pipeline. Celui-ci devrait couvrir une distance de 700 km au Québec et favoriser le passage quotidien de 1,1 million de barils de pétrole brut entre l'Alberta et le Nouveau-Brunswick. «Ils veulent creuser pour mettre un tuyau de 42 pouces sous 1 mètre de terre, mais le milieu est instable et le sol bouge toujours en bordure de l'autoroute 40», explique Mme Boisjoly, du Comité de vigilance hydrocarbures Lanoraie.

Marielle Boisjoly, dont l'organisme joue ici le rôle de chien de garde devant le géant TransCanada, croit dur comme fer que la forte mobilisation aura raison du projet. «On se fait souvent dire que c'est David contre Goliath. Mais les gens oublient que c'est David qui a gagné», lance-t-elle avec aplomb.

Mme Boisjoly craint par-dessus tout les impacts du pipeline sur l'environnement. En tête de liste de ses préoccupations: le drainage des tourbières et les risques de fuites. «C'est très préoccupant pour les effets sur la nappe phréatique et la qualité de l'eau potable, puisque les tourbières, qui s'étendent sur le tiers du territoire de Lanoraie, agissent comme filtreurs», calcule Mme Boisjoly.

Elle s'inquiète également de la survie de l'écosystème propre au site, où les cerfs de Virginie foisonnent parmi les plantes rares et 140 espèces d'oiseaux.

La coordonnatrice pour Lanaudière du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec, Odette Sarrasin, ne croit pas pour sa part aux milliers d'emplois promis par TransCanada pour construire l'oléoduc. «Les seuls emplois créés seront temporaires, j'ai vraiment l'impression qu'on nous raconte n'importe quoi.»

Elle et sa camarade constatent une mobilisation grandissante, notamment depuis la fuite du document de TransCanada. «On est rendus à 12 comités de vigilance dans la région, contre cinq en juin dernier. Les citoyens commencent à se faire entendre, mais [...] il y a encore des gens qui n'ont jamais entendu parler du pipeline», souligne Mme Sarrasin.

Le projet fait néanmoins beaucoup jaser entre les murs de la MRC d'Autray, indique son directeur de l'aménagement Bruno Tremblay. «Autour de 80 personnes se sont présentées à une de nos rencontres, c'est relativement rare», note-t-il.

La MRC refuse pour l'instant de se prononcer en faveur ou contre le projet. «On n'est pas en mesure de prévoir les conséquences scientifiques de l'oléoduc sur les tourbières», indique M. Tremblay. La MRC attend ces prochains jours le rapport d'un consultant embauché pour évaluer ces impacts. Le rapport sera ensuite soumis au conseil municipal de la MRC en janvier.

Bruno Tremblay rappelle qu'une réglementation municipale et gouvernementale empêche déjà d'entreprendre des travaux d'excavation et d'aménagement dans les tourbières. Reste à savoir si le projet, soumis à l'évaluation de l'Office national de l'énergie, respectera ces restrictions. «Des gens de TransCanada sont venus dès le départ et semblent vouloir agir dans les règles», reconnaît M. Tremblay.

Les agriculteurs inquiets

Un tracé préliminaire du pipeline a été soumis aux citoyens par TransCanada, lors de rencontres de l'entreprise dans la région ces derniers mois. Ce tracé préliminaire passerait dans le champ de maïs du producteur laitier Stéphane Sanfaçon, en bordure du rang Cabane-Ronde.

Comme lui, les agriculteurs de la région, nombreux, craignent les fuites. «C'est le garde-manger des Québécois qui sera alors affecté», dit le producteur laitier de L'Épiphanie, également à la tête du syndicat local de l'Union des producteurs agricoles. Celui-ci s'est prononcé officiellement contre le projet la semaine dernière, après avoir consulté ses membres. «Les producteurs nous ont dit ne pas avoir d'intérêt pour le pipeline et surtout [être contre] l'idée d'avoir du pétrole brut qui coule sous nos terres pendant 40-50 ans», résume M. Sanfaçon.

TransCanada a annoncé des compensations financières aux agriculteurs dont le terrain sera utilisé pour enfouir le pipeline. Des sommes encore inconnues. M. Sanfaçon estime que rares sont ceux qui accepteront de sacrifier une partie de leurs terres pour aménager l'oléoduc, compte tenu des risques.

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Réplique de TransCanada

TransCanada affirme être très sensible aux doléances citoyennes et a donc décidé de contourner la Réserve écologique des Tourbières-de-Lanoraie, prévue dans le tracé initial. L'entreprise pourra jumeler le passage de son oléoduc avec celui d'un gazoduc lui appartenant, situé de l'autre côté de l'autoroute 40. Ce partage permettra d'éviter les travaux d'infrastructure et de déboisement, explique le porte-parole de TransCanada Tim Duboyce.

Le tracé a aussi été modifié pour éviter une cannebergière. La société ne pourra toutefois éviter toutes les tourbières, qui s'étendent sur le tiers du territoire de la région. TransCanada assure avoir les outils pour remettre le milieu dans son état naturel. Même chose pour les nombreuses terres agricoles du secteur.

Quant aux craintes de fuites exprimées, le porte-parole se fait rassurant. « Un incident serait la pire chose pour nous aussi. En réalité, c'est la façon la plus sécuritaire de déplacer le pétrole. »

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