Xavier Dolan: à la démesure du rêve

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Pendant un peu plus d'une heure et demie, Xavier Dolan s'est confié devant une salle pleine à craquer, composée d'un public jeune et enthousiaste, dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois.

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Un public jeune et enthousiaste s'est pointé à la Maison Théâtre, jeudi soir, afin d'assister à la leçon de cinéma d'une idole: Xavier Dolan.

Il a été accueilli en héros. Mieux, en rock star. Quand il est apparu sur la scène de la Maison Théâtre, en compagnie de l'animatrice Marie-Louise Arsenault, les applaudissements étaient nourris. Quelques cris se sont aussi fait entendre. Puis, ce fut l'ovation. Debout, comme il se doit.

Pendant un peu plus d'une heure et demie, le réalisateur de Mommy, récent lauréat du César du meilleur film étranger en France, s'est confié devant une salle pleine à craquer, composée d'un public jeune et enthousiaste. D'évidence, Xavier Dolan cristallise les rêves et les ambitions de toute une génération, même s'il se défend bien de représenter spécifiquement la sienne dans ses films. Ou d'en faire des généralités. Il se trouve pourtant que Xavier Dolan est l'un des rares cinéastes à pouvoir transposer instantanément ses préoccupations dans un film, au moment même où elles surgissent dans sa propre vie.

«Je n'ai pas une connaissance exhaustive de ma génération, a-t-il expliqué. Mes histoires sont composées avant tout d'individus. Et j'aime mieux m'en tenir à ce que je connais. Dès ma première expérience de tournage à l'âge de 4 ans - c'était pour la série Miséricorde -, je me suis retrouvé entouré d'adultes. Enfant, j'ai souvent entendu les adultes qui m'entouraient sur les plateaux parler ouvertement de leur vie. Quand je retrouvais des enfants de mon âge ensuite à l'école, je me sentais un peu à côté de la plaque!»

Titanic: le premier choc

Peu cinéphile, du moins pas au sens où l'entendent ceux qui ont étudié le cinéma dans les universités, Dolan a bien sûr rappelé le choc ressenti le jour où, à l'âge de 8 ans, il a vu Titanic pour la première fois.

«Pour moi, il ne s'agit pas juste d'un film et d'un scénario. Titanic, c'est aussi une façon de faire, une façon de voir. Comme une sorte d'école. Le film témoigne d'ambitions plus grandes que nature. On peut rêver de manière surdimensionnée!»

Il est bien entendu revenu sur ses débuts de cinéaste et la fabrication de J'ai tué ma mère. Financé grâce aux économies accumulées au fil de ses cachets obtenus durant son enfance («J'ai tout retiré avant le krach de 2008. Je n'ai rien perdu!», dit-il fièrement), ce premier long métrage l'a mis en orbite autour de la planète cinéma en créant la sensation à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes en 2009.

«Je n'ai pratiquement rien joué entre l'âge de 11 et 17 ans, rappelle-t-il. Écrire et réaliser un film était aussi un moyen de m'assurer que je puisse me donner un rôle.»

À cet égard, Xavier Dolan n'a jamais caché ses préférences. Se considérant comédien avant tout, il ne croirait quand même pas abandonner la réalisation si jamais l'acteur venait à prendre le dessus sur le cinéaste. Parce qu'il aime aussi raconter des histoires.

«Réaliser, c'est libérer une idée que t'as eue, dit-il. Jouer, c'est se libérer, soi. Réaliser, c'est investir deux ou trois ans de ta vie dans un film. Jouer, c'est se glisser dans la peau d'un personnage et en sortir au bout de 20 ou 30 jours. Quand je réalise, le jeu des acteurs m'importe plus que toute autre chose. Les implications sont alors opposées. Il y a l'envie de raconter une histoire d'un côté et le besoin de jouer de l'autre.»

Une nouvelle approche

Parfois, les deux sont réunis dans un même film. Dolan affirme que le personnage de Tom dans Tom à la ferme a été le plus complexe et le plus ambigu qu'il ait jamais joué. Son approche du jeu n'est toutefois plus la même quand il assume en même temps la réalisation.

«Dans mes premiers films, je me souciais davantage des autres acteurs, sans trop me préoccuper de moi. De sorte qu'on tournait toujours mes plans à la fin, une fois que ceux des autres étaient tournés. Puis, sur le plateau de Laurence Anyways, j'ai pu observer vraiment les acteurs - Suzanne Clément en particulier - puisque je ne m'étais attribué aucun rôle à jouer. Ce fut une école extraordinaire. J'ai changé ma méthode de travail sur le plateau de Tom à la ferme. C'est-à-dire que le film y gagne si on tourne d'abord les plans dans lesquels je figure. Ensuite, j'ai l'esprit complètement libre et je peux alors me concentrer totalement sur la réalisation et le jeu des autres acteurs.»

Comme un fil d'Ariane, le thème des amours impossibles traverse tous ses longs métrages. «J'en ai pour plusieurs films encore!», promet-il. Disant être toujours fasciné par la notion d'écart entre la «norme» et la «différence», le cinéaste dessine souvent des personnages «qui se définissent à travers leur vision du monde, mais aussi à travers celle que le monde a d'eux». «Toutes les différences font d'abord peur aux gens "normaux", mais elles sont quand même toujours à l'origine des grands mouvements, et annoncent de grands changements dans la société.»

Dans la dernière partie de la rencontre, les questions venues du public ont parfois plutôt emprunté la forme de commentaires.

«En tout cas, moi je veux juste te dire que si j'ai envie de faire du cinéma, c'est grâce à toi. Tu es notre idole!», a déclaré un jeune homme.

«Et moi, je veux juste te dire que Laurence Anyways, c'est fucking bon!», a lancé un autre.

Un héros on vous dit. Mieux, une rock star.

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