FFM: Fanny Cottençon, présidente sans (tout) son jury

La comédienne Fanny Cottençon préside le jury de... (Photo André Pichette, La Presse)

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La comédienne Fanny Cottençon préside le jury de la 41e édition du Festival des films du monde.

Photo André Pichette, La Presse

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Présidente du jury du 41e Festival des films du monde, Fanny Cottençon n'est sans doute pas aussi connue des Québécois que d'autres comédiens français, mais elle n'en a pas moins un parcours impressionnant. Et elle n'a pas peur de ses opinions, comme a pu le constater La Presse au cours d'une entrevue où il a été question de cinéma, des femmes, de Montréal et des aléas de la présidence d'un jury dont deux des cinq membres sont absents.

Comment la présidence du jury vous a-t-elle été proposée?

Par Pierre-Henri Deleau, qui a longtemps été le président de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Il m'a contactée pour M. Losique, que je ne connaissais pas. C'est la première fois que je viens au Canada, à Montréal, et que je rencontre M. Losique. Par contre, ce n'est pas la première fois que je suis membre d'un jury dans un festival. J'aime beaucoup découvrir les films du monde et partager avec les autres membres, convaincre, me faire convaincre. Ces échanges sont très riches pour notre amour du cinéma.

Justement, deux des cinq membres du jury ne sont pas ici...

J'ai dit qu'a priori, ce que j'aime, ce sont ces rencontres, partages, échanges et discussions. C'est le sel de ce statut de juré qui n'est pas le fait de juger, mais de partager. Mais ici, effectivement, on ne pourra pas beaucoup partager, dans la mesure où deux des jurés ne seront pas présents. C'est, à mon sens, un petit peu dommage. [...] 

Je n'aime pas qu'on m'enlève, avec l'absence de jurés, l'intérêt d'avoir ces échanges. Ce n'est pas chouette.

Où avez-vous été jurée auparavant?

Deux fois en Belgique, une fois à Valenciennes, une fois à Luchon. Cet été, en juillet, j'ai été présidente du jury à Sète dans un nouveau festival de courts métrages qui s'appelle très joliment Sunsète.

Qu'est-ce que la cinéphile en vous aime?

Tout! Un réalisateur est quelqu'un qui va raconter une histoire avec une caméra. C'est son stylo à lui. C'est ce talent-là, celui de nous embarquer dans une histoire et la manière dont il va le faire, qui me touche le plus. Plus jeune, mon papa nous emmenait beaucoup au cinéma. Et j'ai découvert, à 14 ans, dans la même semaine, deux films totalement opposés: Lawrence d'Arabie [de David Lean] et La salamandre d'Alain Tanner. Le premier est un film à grand déploiement, le second est très intimiste. Mais ils nous font autant voyager l'un que l'autre. C'est ça, le cinéma. Le talent peut être dans les petites choses comme dans les grandes.

Avez-vous eu le temps de voir Montréal?

Ah oui! J'ai pris mes jambes et j'ai marché 12 km par jour. C'est comme ça qu'on visite une ville. Je n'aime pas trop le centre-ville avec les grands buildings. Mais en revanche, les quartiers (marché Jean-Talon, Petite Italie, rue Jeanne-Mance, Quartier latin, Village) me plaisent beaucoup. Ils sont à échelle humaine. Les maisons sont basses, il y a beaucoup de verdure, les gens sont sympathiques. Je vais aussi aller à la montagne avec un ami québécois très connu, mais dont je tairai le nom. Ce sera un grand privilège, car c'est un homme très instruit qui va m'apprendre plusieurs choses sur la ville.

Dans les dernières années, le théâtre et la télévision semblent avoir pris le pas sur le cinéma dans votre carrière. Est-ce exact?

Je dirais encore plus le théâtre. Il y a un mouvement mathématiquement très visible; c'est qu'à partir d'un certain âge, les femmes deviennent de plus en plus invisibles... au cinéma. C'est à peu près mondial. Je fais malheureusement partie des statistiques. J'ai pourtant l'impression d'être meilleure comédienne aujourd'hui qu'hier. J'ai des choses à dire. Or, on dirait qu'à partir de 50 ans, nous, les femmes, n'avons plus de statut dans la société. On disparaît complètement ou on a des rôles très secondaires. Heureusement que j'ai le théâtre, qui n'est pas aussi misogyne, et que je peux continuer à exercer mon art.

Justement, au théâtre, vous avez été la première comédienne en France à faire Les monologues du vagin. Comment cela a-t-il marqué votre carrière?

Pour moi, c'était une évidence de créer ce spectacle, de partager ces textes. C'était presque la première fois où, dans mon métier, je pouvais mettre mon statut de comédienne et - parce que les textes sont magnifiques - mon statut de femme dans la cité. Pour moi, le théâtre peut être aussi un vecteur d'idées. Ce fut assez extraordinaire d'avoir la chance de donner à entendre ces textes. Avant de présenter la pièce en France, j'ai commencé à Bruxelles. Les Belges sont beaucoup moins frileux que les Parisiens, beaucoup plus aventureux.

Dans l'émission française Thé ou café, diffusée il y a un an, on a dit de vous que vous n'aviez pas eu de rôles majeurs. D'accord ou pas d'accord?

Au théâtre, je ne suis pas d'accord. À la télévision, j'en ai eu aussi, mais il y a beaucoup moins d'échos, sauf si on fait de grandes séries, ce que je n'ai pas fait. Au cinéma, j'ai eu de beaux rôles comme dans L'étoile du Nord [ce rôle lui a valu le César de la meilleure actrice de soutien], Femme de personne... Mais c'était il y a longtemps.

Dans la même entrevue, vous avez dit que la voix était à la fois une obsession et une passion chez vous. Pouvez-vous préciser?

À 17 ans, en commençant à faire du théâtre, j'ai eu un accident vocal. Donc j'ai beaucoup travaillé sur cet organe essentiel pour en faire ce que je voulais. La voix est ce qui nous différencie des animaux. Elle n'est pas acquise; elle s'acquiert, avec l'éducation. C'est passionnant parce que c'est la marque de quelque chose de très sensible. C'est un outil très puissant, performant!

Quels sont vos prochains projets de cinéma?

Un film dans lequel j'ai joué sort en France en novembre. C'est un film d'auteur de Patrick Chesnais intitulé Moi et le Che. C'est très amusant. En rentrant à Paris, je vais aussi participer au tournage du premier film d'un jeune réalisateur, Lou Assous.

Jeanne Moreau est récemment décédée. Vous la connaissiez?

Non. Mais elle a dit un jour quelque chose qui m'a beaucoup marquée et pour lequel je lui donne totalement raison. À la question de savoir ce qu'il faut pour être comédien, elle a répondu: l'énergie. C'est très juste. L'énergie est cette force, ce feu, peu importe sa couleur, qui doit être présent afin de permettre la transmission.




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