Denis Côté: le charme discret de la bourgeoisie

Avec Boris sans Béatrice, le réalisateur Denis Côté... (Photo Michael Sohn, Associated Press)

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Avec Boris sans Béatrice, le réalisateur Denis Côté nous offre un film sur la crise existentielle de Boris Malinowski, un homme riche qui vit dans une grosse cabane à Bromont, conduit un gros char et ne se refuse aucun luxe ni plaisir.

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Nathalie Petrowski
La Presse

Par tradition, la Berlinale a toujours adhéré à des valeurs de partage et de compassion à l'égard des démunis, des sans-abri et des autres damnés de la Terre. C'est encore plus vrai cette année avec la crise des réfugiés.

Et pourtant, au milieu de cette messe de la solidarité sociale, voilà que s'avance un trouble-fête du nom de Denis Côté. Gagnant de l'Ours d'argent de l'innovation il y a trois ans pour Vic + Flo ont vu un ours, le cinéaste et grand habitué de la Berlinale y revient avec une proposition audacieuse.

Loin de faire sienne la sensibilité de son époque, Côté la prend à rebrousse-poil en nous offrant un film sur la crise existentielle non pas d'un ex-détenu, d'un autochtone ou d'un réfugié syrien, mais d'un homme riche qui vit dans une grosse cabane à Bromont, conduit un gros char et ne se refuse aucun luxe ni plaisir. C'est Boris sans Béatrice, un pavé dans la mer des revendications, un pied de nez aux pourfendeurs de l'inégalité de la répartition des richesses détenues par 1 % des puissants de ce monde et un rare film québécois où un hélicoptère, une harpiste, une Ferrari et les sculptures monumentales de David Altmejd servent de décor dramatique.

«D'entrée de jeu, en imaginant ce film, je me suis dit : "C'est pas vrai que je vais rire des riches ni que je vais croquer du bourgeois. C'est trop facile." Je sais que ce serait sans doute mieux vu de faire un film sur des gens qui crèvent de faim dans l'est de Montréal, mais c'est pas mon propos», m'affirme Denis Côté dans le hall d'un hôtel où il a trouvé refuge avec James Hyndman, le Boris du film qui en profite pour en rajouter une couche. 

«Tout le cinéma européen s'est bâti sur des histoires de la classe bourgeoise avec des cinéastes comme Buñuel, Antonioni, Pasolini et personne n'a jamais utilisé l'expression la "misère des riches" pour s'en plaindre», affirme James Hyndman.

Voilà, le débat est lancé, un débat qui risque de s'enflammer au Québec, où Boris sans Béatrice ouvrira les Rendez-vous du cinéma québécois la semaine prochaine, prêtant le flanc à ceux qui s'attendent à une charge antibourgeoise qui ne vient jamais.

PAS D'INDIGNATION

À Berlin, par contre, à mon grand étonnement, le débat n'a pas eu lieu. Les journalistes à la sortie d'une des trois projections étaient charmés, intrigués et pas du tout indignés par ce personnage qui a réussi sa vie, mais qui traverse une période de tourments intérieurs. Idem pendant une conférence de presse des plus conviviales où un jeune journaliste britannique s'est même levé pour annoncer que Boris sans Béatrice était le meilleur film de la Berlinale, et cela, en dépit du fait que la Berlinale vient à peine de commencer, que seulement trois films de la compétition officielle avaient été présentés.

Autant dire que Denis Côté n'a pas refusé le compliment. Pour l'occasion, il était accompagné non seulement de James Hyndman, mais de six autres acteurs du film, dont l'icône de la porno gai, le réalisateur Bruce LaBruce, qui dans le film incarne le premier ministre du Canada avec qui travaille l'épouse de Boris, la très silencieuse et dépressive Béatrice. Seul manquait à l'appel l'acteur français Denis Lavant, qui incarne la conscience de Boris.

À la journaliste qui voulait savoir le message du film, Denis Côté a répondu: «Il n'y a pas de message en tant que tel. J'ai voulu accompagner un personnage qui vit les problèmes de sa classe sociale sans en faire un film antibourgeois et sans non plus en faire un film typiquement canadien-français.»

Quelques heures plus tôt dans le hall de l'hôtel, Denis Côté ne savait pas à quoi s'attendre. Il avait lu ce tweet voulant que pour certains, Boris sans Béatrice serait son meilleur film et pour d'autres, son pire. 

«Qu'ils l'aiment ou qu'ils le détestent, peu importe, pourvu qu'ils ne le trouvent pas plate», a-t-il lancé avant de raconter l'immense plaisir qu'il a eu à écrire des dialogues de plus de trois mots pour un personnage qu'il a conçu en pensant à James Hyndman. Lorsque Denis Côté a contacté l'acteur pour lui proposer le rôle, James Hyndman a dit oui tout de suite, trop heureux de tourner avec Côté, mais aussi de revenir au cinéma après une absence de près d'une décennie.

UN ASPECT AUTOBIOGRAPHIQUE

Côté avoue qu'il y a un aspect un peu autobiographique au film. « J'ai une belle vie. Je ne fais pas du 9 à 5, je voyage, je tourne des films, mais il m'est arrivé un matin de me lever en me demandant si j'étais une bonne personne. Mon Boris se pose la même question. Il y a un peu de moi dans lui, c'est pourquoi je le regarde avec bienveillance sans le juger ni essayer de le tuer avec mon cynisme. »

Une dernière question. Pourquoi le personnage, qui semble être un Québécois pure laine d'Outremont, s'appelle-t-il Boris Malinovsky plutôt que Hector Lamarre ou Pierre Karl Péladeau? «Parce que je n'aime pas mon Québec trop blanc, répond Denis Côté. J'aime qu'il y ait des accents et des épices.»

Des accents et des épices, il n'en manque pas dans Boris sans Béatrice, mais Denis Côté a oublié un ingrédient essentiel au charme discret d'une bourgeoisie aux racines russes : le caviar.

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