Agnès Varda / Visages, villages: l'imagination au pouvoir

La cinéaste Agnès Varda et l'artiste français JR lors... (PHOTO VALERIE MACON, archives AGENCE FRANCE-PRESSE)

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La cinéaste Agnès Varda et l'artiste français JR lors de la première de leur film Visages villages à Hollywood.

PHOTO VALERIE MACON, archives AGENCE FRANCE-PRESSE

Agnès Varda et l'artiste JR ont éprouvé un coup de foudre amical si grand qu'ils se sont lancés dans un projet de film documentaire, où le regard de la cinéaste fait corps avec celui du photographe. En sillonnant les routes de France, ils ont dessiné un portrait vibrant des gens qu'ils ont rencontrés.

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Une scène de Visages, villages, un film d'Agnès Varda et JR

Photo fournie par MK2 | Mile End

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Une scène de Visages, villages, un film d'Agnès Varda et JR

Photo fournie par MK2 | Mile End

Au téléphone, Agnès Varda déplore l'absence de son comparse JR. « Ce film a été fait à quatre mains, si j'ose dire. Nous avons tout fait ensemble. C'est une collaboration artistique complète », dit-elle depuis Los Angeles, où nous l'avons jointe.

Neuf ans après Les plages d'Agnès, la vénérée cinéaste a entraîné son nouvel ami, un trentenaire spécialisé dans l'art urbain, à sillonner avec elle les routes de campagne françaises, histoire d'aller à la rencontre des gens, de leurs histoires, mais aussi pour intégrer dans leur art ces femmes et ces hommes menant des vies en apparence « ordinaires ». 

Ainsi, les habitants de villages et de petites villes figurent au coeur de la démarche artistique du photographe JR, et font partie intégrante des installations gigantesques sorties tout droit de son imagination. Rappelons que JR est cet artiste qui, le mois dernier, a exposé la photo d'un enfant de Tecate qui regarde malicieusement les gardes-frontières américains par-dessus la barrière séparant le Mexique des États-Unis.

« L'amitié entre JR et moi est née d'un coup, explique la cinéaste. Dès que nous nous sommes vus, nous nous sommes reconnus, on dirait. Nous avons eu envie de travailler ensemble, car nous partageons la même empathie envers les gens, et nous portons en nous l'utopie, le même rêve éveillé. L'art est essentiel, car il nourrit les gens autrement qu'avec les discours et les journaux télévisés. Nous voulions que les gens embarquent avec nous, qu'ils se joignent à notre fantaisie. C'est l'imagination au pouvoir, en quelque sorte. »

UNE DÉMARCHE APOLITIQUE

Alors que la fracture sociale et idéologique ne cesse, dirait-on, de se creuser entre les régions et les grands centres, Agnès Varda et JR ont entrepris une démarche apolitique, basée uniquement sur le caractère humain de l'aventure.

« Nous n'avons jamais demandé à ceux que nous croisions leurs opinions politiques. Cela ne nous intéressait pas. Nous avons plutôt établi un contact empathique, d'individu à un autre individu, parce que nous croyons au vivre-ensemble et en l'amitié, fût-elle spontanée et temporaire. On ne voulait pas faire un film cucul, mais, franchement, le monde est si dur - et les nouvelles, si horribles - qu'on ne veut surtout pas en rajouter. »

« On a vraiment choisi ce sourire permanent, avec cette volonté de mettre en valeur des gens qui n'ont aucun pouvoir. »

- Agnès Varda, cinéaste

Pendant plus d'un an, à raison d'une semaine par mois, le tandem a fabriqué Visages villages de façon artisanale et organique, en prenant le temps de bien réfléchir au projet, de bien le préparer, tout en laissant la vie intervenir.

« J'ai 89 ans, indique la cinéaste. Je ne peux évidemment pas soutenir le même rythme de travail. Avec JR, nous avons essayé de comprendre le monde moderne, avec ses solitudes, ses ambiguïtés. Nous sommes allés à la recherche de ce que les gens avaient envie de dire et nous souhaitions surtout qu'ils aient du plaisir avec nous. Et puis, ils voyaient bien à quel point JR et moi, on s'entendait bien. La différence d'âge était complètement effacée grâce à ce projet. Ça aussi, ça fait du bien aux gens, je crois. Ils constatent qu'on n'est pas obligés de mettre les vieux d'un côté et les jeunes de l'autre. La vieillesse fait peur. Elle est considérée comme une espèce d'horreur. »

UN OSCAR D'HONNEUR

Même si elle estime faire un cinéma « modeste et marginal », qui n'attire pas les foules comme les superproductions, Agnès Varda est largement reconnue sur la scène internationale, particulièrement chez les Anglo-Saxons. Le 11 novembre, l'Académie des arts et des sciences du cinéma lui attribuera un Oscar d'honneur lors de la cérémonie des Governors Awards (Donald Sutherland fait aussi partie des lauréats de cette année).

« Vous savez, je travaille depuis 60 ans. Cléo de 5 à 7 est un film dont on me parle encore très souvent, qui est étudié dans les écoles de cinéma. Qu'on me remette un Oscar m'impressionne beaucoup, car le milieu du cinéma hollywoodien se tourne plus souvent vers des films plus commerciaux. Cet honneur veut surtout dire qu'on reconnaît mon travail, plus en marge. Ça me met à ma vraie place, reconnue, mais sans être mélangée aux stars bankables [rentables]. C'est bien, c'est amusant, et ça me surprend un peu. Et comme c'est un cadeau, je ne vais pas dire non. »

Après cette cérémonie, la cinéaste compte diminuer ses activités un peu.

« J'aurais adoré venir présenter le film avec JR au Québec - je sais que les Québécois ont particulièrement aimé Jacquot de Nantes -, mais à mon âge, je ne peux plus cavaler partout. Après ce voyage à Los Angeles le mois prochain, on s'est dit que j'allais me calmer un peu et rentrer au bercail. »

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Visages villages est actuellement à l'affiche.




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