Vivre est facile avec les yeux fermés: soif de liberté

David Trueba, scénariste et réalisateur du drame espagnol... (Photo fournie par A-Z Films)

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David Trueba, scénariste et réalisateur du drame espagnol Vivre est facile avec les yeux fermés, entouré des comédiens Natalia de Molina, Armando Espitia et Javier Cámara. 

Photo fournie par A-Z Films

Caroline Rodgers
La Presse

En 1966, John Lennon avait pris une pause des Beatles pour jouer dans le film How I Won the War, tourné en Espagne. C'est un fait divers survenu durant ce tournage qui a inspiré la création de Vivre est facile avec les yeux fermés, de David Trueba. La comédie, qui a remporté plusieurs prix dans son pays d'origine, arrive sur nos écrans.

«L'idée du film m'est venue en lisant dans le journal que la province d'Almería fêtait les 40 ans du voyage de John Lennon, dit David Trueba. On y racontait l'histoire de Juan Carrión, un professeur d'anglais qui avait fait un long voyage en voiture dans l'espoir de rencontrer John Lennon. Je me suis dit que cela ferait un personnage formidable pour un film.»

Le cinéaste, aussi écrivain et auteur de trois romans, a écrit lui-même le scénario.

«J'ai mélangé l'histoire du professeur Carrión avec celle de mon frère, qui s'était enfui de la maison parce qu'il voulait avoir les cheveux longs et que mon père le lui refusait. Une autre histoire s'insère dans le scénario, celle d'une jeune fille enceinte envoyée loin de chez elle par ses parents pour cacher sa grossesse aux voisins.»

C'est ainsi qu'Antonio (Javier Cámara), le personnage principal inspiré de Juan Carrión, part en voiture pour rencontrer Lennon. En chemin, il fera monter deux jeunes auto-stoppeurs: Juanjo, un adolescent en fugue (Armando Espitia) et Belen, une jeune femme enceinte (Natalia de Molina), qui vivront avec lui bien des péripéties.

Du franquisme à aujourd'hui

En 1966, l'Espagne était en pleine dictature franquiste et la religion, omniprésente. Comme ailleurs dans le monde, John Lennon était un symbole de liberté et de changement pour les Espagnols.

«À l'époque, l'Église catholique était partout et personne ne pouvait y échapper, dit le cinéaste. Elle était à l'école, dans les médias, dans la famille et même dans la sexualité. Les personnages de mon film sont en quête de liberté dans cette société rigide. C'est un hommage aux deux générations qui ont changé notre pays.»

Un moment clé du film survient lorsqu'Antonio dit à ses compagnons de voyage qu'ils doivent cesser d'avoir peur.

«En disant cela, il parle du franquisme. Mais pour les spectateurs, qui peuvent percevoir ce qu'il dit de façon différente, il parle aussi de l'Espagne d'aujourd'hui, qui est en crise. Si on a peur du pouvoir économique, cela donne les mêmes résultats que d'avoir peur du pouvoir militaire ou policier. Même si on a peur de perdre son travail, il faut se méfier de cette peur, car elle devient un prétexte pour ne pas faire ce qu'on devrait faire.»

Javier Cámara

En Espagne, Javier Cámara, qui a joué dans plusieurs films de Pedro Almodóvar, dont Parle avec elle et La mauvaise éducation, est considéré comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération. Pour sa prestation dans Vivre est facile avec les yeux fermés, il a remporté le prix Goya (plus haute distinction du cinéma espagnol) du meilleur acteur. Il en était à sa première collaboration avec David Trueba.

«Je suis tombé amoureux de cette histoire et de ce personnage, dit Javier Cámara. J'adore ce qui est véhiculé dans le film, son message, ses valeurs. Même si ça se déroule à une époque très différente de la nôtre, la simplicité du film fait en sorte que son message d'espoir peut être transposé à aujourd'hui. C'est une histoire qui nous dit qu'il n'y a pas que les grands héros et les politiciens qui peuvent changer le monde, mais que des gens simples comme Juan Carrión peuvent le faire, avec leur petit héroïsme de tous les jours.»

Une semaine après le tournage, l'acteur a rencontré celui qu'il venait d'incarner, le véritable Juan Carrión, qui a aujourd'hui 90 ans.

«David Trueba avait déjà écrit son scénario avant d'entrer en contact avec lui, dit-il. Nous avons pensé qu'il était préférable d'attendre pour ne pas nous laisser trop influencer. Il nous a parlé de sa rencontre avec John Lennon; il avait même gardé son carnet de notes. À 90 ans, il a encore le regard d'un jeune de 15 ans, c'est formidable. Mais au fond, l'histoire de Juan Carrión est une anecdote qui sert de prétexte à une autre histoire dans le film: celle d'un certain idéalisme.»

Vivre est facile avec les yeux fermés (Vivir es fàcil con los ojos cerrados) prend l'affiche le 29 août. 




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