Kraftwerk: ce n'est qu'un début

Bien avant les Daft Punk, Broken Bells et... (Photo PAUL BERGEN, Associated Press)

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Bien avant les Daft Punk, Broken Bells et les centaines de groupes synth-pop du moment, le groupe électronique Kraftwerk faisait progresser la pop avec sa musique robotique.

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The Man Machine, Computer World et Electric Cafe. Ces trois titres d'albums lancés de 1978 à 1986 démontrent à quel point le groupe électronique allemand Kraftwerk était visionnaire. En matière de musique, mais aussi par rapport à la société numérique moderne.

Qu'ils le veuillent ou non, Daft Punk, Broken Bells et les centaines de groupes synth-pop du moment sont tous des héritiers de Kraftwerk. Le mythique groupe a révolutionné la pop avec sa musique robotique. Le tube Autobahn a beau avoir été enregistré en 1974, il n'a pas pris une ride. Et si vous pensez que Coldplay a eu l'idée géniale de sa chanson Talk, détrompez-vous: il a échantillonné la chanson Computer Love de Kraftwerk.

Dimanche soir, le Métropolis sera l'hôte du spectacle 3D grandiose de Kraftwerk, inspiré de la rétrospective que lui a consacrée le Museum of Modern Art (MoMA) de New York, en 2012. Deux représentations sont au programme: la première (donnée à guichets fermés) à 18h30 et la seconde à 22h15.

Les membres de Kraftwerk sont des pionniers du synthétiseur, mais ils sont aujourd'hui simplement armés de leur ordinateur sur scène.

La semaine dernière, La Presse a eu le privilège de s'entretenir - en français - avec Ralf Hütter, le seul membre original de Kraftwerk. Florian Schneider et lui ont fondé le fameux studio Kling Klang, à Düsseldorf.

Vous êtes présentement en répétition...

Nous sommes à Los Angeles, dans la salle du Disney Hall. L'architecture et la structure du théâtre sont fantastiques. La scène symphonique est parfaite pour notre son 3D. Nous avons installé un système de son «surround» spécialement pour le Disney Hall.

La technologie est-elle enfin à la hauteur de vos rêves et de vos ambitions?

Nous sommes en tournée depuis 2002 avec nos ordinateurs et des projections. Depuis cinq ans, tout est en 3D. Comme notre son est très spatial, c'est un vieux rêve qui devient réalité pour nous de pouvoir faire de la musique 3D.

Quelle perception avait-on de vous quand vous avez lancé Computer Love [en 1981]?

C'était la vision d'une création et d'un orchestre synthétique avec une musique contemporaine et futuriste. Quand nous avons lancé Computer Love, l'ordinateur personnel n'existait pas. Nous avions des synthétiseurs analogiques et des beatbox. Je me considère comme un artiste qui doit travailler avec tous les outils de son temps. C'était une obsession pour moi de travailler avec les thèmes de ma vie quotidienne et de créer Kraftwerk, l'homme-machine. Une musique dynamique, rythmique, à l'âge atomique. De l'électro-pop.

Pourquoi cette fascination pour le futur?

Nous venons de la scène des arts visuels et de la performance de la fin des années 1960, à Düsseldorf. Nos amis étaient peintres, architectes, poètes, scientifiques. Nous avons créé notre studio Kling Klang en 1970. Notre univers était multidisciplinaire. Nous faisions de petits films, du graphisme, de la peinture, des animations... Notre ami Emil Schult, élève de Joseph Beuys, venait de la scène de l'art contemporain. [...] Le studio nous a permis, à Florian et à moi, de produire tous nos albums avec une certaine autonomie et de jouir de notre indépendance. Aujourd'hui, c'est fantastique qu'on puisse construire une musique sans orchestre. C'est comme l'invention de la machine à écrire ou du magnétophone. Il ne faut pas regarder en arrière, mais rester attentif, contemporain et orienté vers le futur. C'est ça, la programmation de Kraftwerk: celle de l'homme-machine.

Vous faites beaucoup de vélo, d'où votre album Tour de France. Écoutez-vous de la musique en pédalant?

Non, mieux vaut éviter cela. Surtout si la musique a un rythme et qu'elle s'impose sur la séquence du pédalage. Mieux vaut écouter son physique, c'est-à-dire son souffle; écouter son propre cardiomètre et fantasmer sa propre musique. C'est comme ça que j'ai composé Tour de France.

Tour de France, le neuvième album de Kraftwerk [sorti en 2003], aura-t-il une suite?

Oui, bien sûr! Nous sommes en ce moment très engagés avec la tournée, mais, dès notre retour en studio, à Düsseldorf, le travail nous attend.

Écoutez-vous de la musique électronique actuelle?

Oui, dans les clubs. Nous sommes des fans des «after-hours» ou des «late night clubs» de Düsseldorf. Nous allons danser comme dans les paroles que j'ai écrites en 1978 pour la chanson The Robots: «We're functioning automatic/And we are dancing mechanic».

Le fait que vous soyez originaires d'Allemagne explique-t-il en partie le concept de l'homme machine?

Notre langue maternelle a un son assez mécanique. Avant, il y avait la musique classique, mais pas de musique contemporaine dans la société allemande d'après-guerre. Kraftwerk a créé une sorte de bande sonore pour la génération d'après-guerre. Nous avons voulu une sorte de folk industriel. Le Volkswagen de la musique. Une musique qui représente notre vie quotidienne.

Est-ce que beaucoup de jeunes musiciens demandent à travailler avec vous?

Oui, mais Kraftwerk nous tient assez occupés.

Êtes-vous réticents à l'idée de voir votre musique échantillonnée par Coldplay ou Dr. Dre?

Pas du tout. Après 44 ans, nous croyons toujours que Kraftwerk est au début de quelque chose.

Au Métropolis dimanche soir, à 18 h 30 et 22 h 15.




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