Machine de cirque: impression d'inachevé

Machine de cirque propose dès le départ un... (PHOTO ALAIN DÉCARIE, LA PRESSE)

Agrandir

Machine de cirque propose dès le départ un univers précis qui rappelle Les temps modernes de Chaplin.

PHOTO ALAIN DÉCARIE, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Josée Lapointe

Quarante-cinq longues minutes où on s'est sérieusement demandé où cette troupe réunissant deux duos d'acrobates québécois exceptionnels s'en allait. Et si le spectacle d'une heure trente a été sauvé par une seconde moitié captivante et spectaculaire, l'ensemble nous a laissé une réelle impression d'inachevé.

Il faut plus qu'une bonne idée pour faire un bon spectacle. Il faut savoir quoi mettre dedans. Or c'est ce que semble avoir cherché sans le trouver le metteur en scène Vincent Dubé. Avec cet immense échafaudage installé sur la scène, qui sert de décor et d'appareil de cirque, et le multiinstrumentiste Frédéric Lebrasseur, qui crée un environnement musical métallique avec ses instruments bidouillés, Machine de cirque propose dès le départ un univers précis qui rappelle Les temps modernes de Chaplin ou encore Men at Lunch, cette fameuse photo où des ouvriers new-yorkais font une pause assis sur une poutre, les pieds dans le vide, pendant la Grande Dépression des années 30.

Une fois cette image forte installée, les quatre interprètes, vêtus de salopettes de travail, exécutent quelques acrobaties de départ à l'intérieur de la structure, qui sera rapidement sous-utilisée. Puis on s'arrête bien (trop) vite pour s'amuser avec le batteur - qui tapoche sur ses tambours avec un peu trop d'énergie -, reprendre un bout de scène, passer à un autre appel, dans une série de transitions qui ne mènent jamais à grand-chose. Pire: il y a même des transitions DANS les numéros, comme si le metteur en scène avait confondu poésie et langueur.

Avec quatre pur-sang comme Yohann Trépanier, Raphaël Dubé, Ugo Dario et Maxim Laurin sur scène, quand on sait ce dont ils sont capables, on ne pouvait que trépigner en se demandant où étaient le rythme et l'énergie qu'on attendait de ce spectacle.

Notre patience a fini par être récompensée à mi-parcours, avec un numéro de jonglerie époustouflant. Yohann Trépanier et Raphaël Dubé, qui dans leur vie parallèle forment le duo Les beaux-frères, y sont formidables, bien appuyés par leurs deux copains: la distance, le nombre, l'angle, rien ne les arrête. 

En outre, plus la représentation avance, plus la musique se met au diapason, moins agressive, plus variée, plus enveloppante.

Mais l'essor donné au spectacle s'arrête net avec un trop long numéro de mime, où Ugo Dario invite une jeune spectatrice à manger, à aller au cinéma, à la discothèque, ses amis faisant office de meubles et Frédéric Lebrasseur s'occupant de TOUS les sons. C'est ingénieux, c'est bien fait, mais c'est malheureusement éteignoir.

Le spectacle sera ensuite relancé pour ne plus jamais retomber, d'abord avec Raphaël Dubé, capable de monter sur un monocycle deux fois plus haut que lui. Le fameux numéro des serviettes, qui a fait connaître Les beaux-frères sur YouTube (vu près de 3 millions de fois), sera ensuite exécuté à quatre et fera vraiment rigoler tout le monde. Quoi de plus amusant que quatre mecs complètement nus, tentant de préserver leur pudeur chacun derrière une serviette de bain, qu'ils plieront, tireront, coinceront, laisseront échapper de toutes les manières? Assez irrésistible, et fait avec le sourire.

Après que l'échafaudage s'est transformé en véritable machine vivante, où tous les accessoires du spectacle deviennent une partie mouvante, arrive ce qu'on attendait le plus, le numéro de planche coréenne, spécialité de Maxim Laurin et d'Ugo Dario. Ces deux-là sont d'une habileté, d'une souplesse et d'une puissance à couper le souffle, mais la présence de leurs compères donne au numéro une autre dimension. Il n'y a pas que la hauteur et les figures acrobatiques qui comptent, mais aussi les déplacements et l'équilibre sur la planche même. L'image finale, où ils sont tous quatre alignés sur l'appareil, parle en soi. Et l'accompagnement tout simple au ukulélé fait de cette scène un véritable moment de grâce.

On sort de la TOHU en regrettant que tout le spectacle n'ait pas eu la même intensité, mais en se disant aussi qu'on ne peut pas bâtir tout un concept autour de seulement quelques numéros très forts. Une distribution plus nombreuse, une meilleure canalisation des idées auraient été à l'avantage de tout le monde. Il y a trop de talent là-dedans pour le dilapider.

____________________________________________________________________________

Machine de cirque, à la TOHU jusqu'à dimanche.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer