6 & 9 de Tao Ye: s'affranchir, libérer, répéter

Dans un environnement gestuel à la fois minimaliste... (Photo fournie par la production)

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Dans un environnement gestuel à la fois minimaliste et d'une complexité incroyable, le chorégraphe Tao Ye réussit à se libérer des codes de la représentation et du poids de la narrativité.

Photo fournie par la production

Comment appréhender le mouvement, le construire, le lier, l'exécuter, le présenter sur scène? Le chorégraphe chinois Tao Ye a offert une perspective nouvelle sur ces questions aux Occidentaux que nous sommes, hier soir, en ouverture du Festival TransAmériques (FTA), avec le doublé 6 & 9.

Ces deux pièces - chaque chiffre représente le nombre de danseurs sur scène, tout simplement - font partie d'une série numérale d'explorations minimalistes menée par le chorégraphe autour du potentiel du corps humain, affranchi de toute limite associée à la représentation ou au narratif.

Annoncées comme contrastées, les pièces le sont effectivement dans leurs caractéristiques. D'un côté, 6, avec son environnement obscur, ses costumes noirs, son éclairage faible qui pulse légèrement, sa musique rythmée entrelaçant cordes et tambours et sa trame gestuelle hautement répétitive, où le mouvement, circulaire, arrondi, est concentré autour de la colonne et les déplacements au sol, limités. De l'autre, 9, avec son éclairage franc et froid, sa blancheur, ses habits clairs, sa trame sonore enveloppante composée de chants et de voix vibrantes et ses corps dispersés sur scène, se mouvant dans un chaos contrôlé impliquant roulades, glissements et travail au sol, jambes élancées, ondulations du haut du corps.

Continuum gestuel

Mais malgré ces différences qui les opposent, les pièces frappent surtout par ce qui les rassemble, soit une prise de position esthétique claire et précise qui passe par une accumulation de mouvements répétitifs enchaînés sans relâche, exécutés selon le «système du mouvement circulaire» unique au TOA Dance Theater. Ce système d'entraînement du corps mis au point par le chorégraphe est absolument fascinant à regarder et est non seulement parfaitement maîtrisé par les danseurs (complètement dévoués), mais aussi intégré à chaque parcelle de leur corps.

Dans cet environnement gestuel à la fois minimaliste et d'une complexité incroyable, le chorégraphe réussit à se libérer des codes de la représentation et du poids de la narrativité; le mouvement en soi devient ainsi créateur de sens. Comme l'oeil qui s'apaise en se reflétant sur une surface d'eau en mouvement continuel, le continuum gestuel répétitif créé par Tao Ye en vient même à provoquer un relâchement du mental qui permet d'ouvrir les portes de l'esprit. Hypnotique et libérateur.

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Aujourd'hui et demain. Au Théâtre Jean-Duceppe (Place des Arts).




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