Fin de série: sortir du moule

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Inspirée en partie par l'essai Les filles en série de Martine Delvaux (à droite), la chorégraphe Manon Oligny présente Fin de série, autre première mondiale du FTA.

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Mario Cloutier

Inspirée en partie par l'essai Les filles en série de Martine Delvaux, la chorégraphe Manon Oligny présente Fin de série, autre première mondiale du FTA. Quand une artiste et une intellectuelle de pointe se rencontrent, on écoute. Conversation engagée.

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L'universitaire Martine Delvaux et la chorégraphe Manon Oligny.

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Jusqu'à quel point Les filles en série ont-elles appelé Fin de série ?

Manon : La rencontre avec Martine a pu avoir lieu à partir d'intérêts communs. Après Blanche-Neige en 2008, je préparais Fin de série lorsque je l'ai entendue à la radio et je me disais : j'espère que ce n'est pas une chorégraphe. Je l'ai appelée en vue d'une collaboration. Cela a été une belle rencontre.

Martine : On a le même âge, nos imaginaires sont parents. Moi, j'essaie de théoriser une figure, un concept et de voir comment les images peuvent se déplacer et se défaire. Il y a une forme de résistance et de puissance dans ces images de filles en série. La chorégraphie de Manon essaie de penser comment les femmes trouvent une forme de liberté à travers ces images.

Les filles en série peuvent se libérer, donc.

Manon : Il y a un espoir de se libérer des aliénations que les filles vivent sur le plateau à travers des tensions chorégraphiques. Je parle du féminin depuis des années avec la figure de la femme-objet. Dans mes pièces antérieures, elles se battaient avec elles-mêmes, solitaires. Le sous-texte était l'absence de solidarité. Avec Martine, j'aborde la question de la solidarité. C'est très nouveau chez moi. 

Martine : J'ai insisté là-dessus comme dramaturge de la pièce. J'arrive du militantisme, d'une position féministe affirmée. Manon pense au singulier, et moi, toujours en système. Dans Fin de série, les filles se touchent beaucoup, vont se chercher, s'entraident. Il y a quelque chose de collectif.

Manon : Il y a quelque chose de singulier aussi parce que chacune prend la parole. C'est un enjeu de la pièce. On n'utilise pas les textes du livre, puisque l'écriture scénique a ses propres règles. Ce sont deux écritures qui se rencontrent. Mon système à moi est scénique.

Là s'installe votre solidarité dans le fond, ce qui permet de sortir des figures imposées.

Manon : À tous les niveaux. La dramaturgie, pour moi, se crée aussi dans le corps des danseurs. Les danseuses tissent leur scénario intérieur. On ne raconte pas d'histoire, mais l'équipe que je réunis participe à cette écriture de plateau. Il y a une part de création collective, même si je reste la chef d'orchestre. 

Martine : Il y a des phrases, mais pas de récit. Pour moi, il faut qu'il y ait une cohérence, un fil rouge qui unit toutes les parties, les mouvements. À cause du propos. C'est quelque chose d'assez délicat où il faut trouver le juste équilibre. Deux arts se rencontrent. La rencontre entre les corps et les mots, c'est intéressant.

Manon : Surtout la façon dont le corps devient porteur de sens. L'enjeu, c'est que le corps puisse exprimer des choses.

Martine : Manon ne fait pas de la chorégraphie abstraite. 

Manon : Ce qu'il y a de bon dans la rencontre entre la danse et la littérature, c'est la structure des compositions chorégraphiques. J'aime composer différemment, effectuer des dérapages, des glissements. Comme dans le cinéma de la Nouvelle Vague. 

Est-ce que le fil rouge du sens est difficile à maintenir ?

Martine : J'écris par fragments, du plus petit au plus large. À ce niveau, on se rejoint aussi. Il y a une montée et une descente, mais ce n'est pas souligné à gros traits. Il y a des moments assez radicaux à la fin du spectacle, donc il fallait voir ce qui nous y amène. 

Le FTA a toujours assumé un mandat sociopolitique. Votre spectacle et d'autres s'inscrivent dans ça ?

Martine : C'est sûr qu'on est à un moment où les féministes et les femmes créatrices cherchent des avenues pour penser certaines choses. La réflexion critique peut alimenter quelque chose de plus instinctif sans pour autant faire du travail à thèse. 

C'est une forme de résistance à la pensée de marché qui domine tout.

Martine : Ce qui ne sert pas les arts, soit dit en passant. Les artistes sont les seuls qui peuvent dire certaines choses.

Manon : Il n'y a pas d'autres façons de prendre la parole. Avec tout ce qui se passe, les jeunes chorégraphes, par exemple, ont à coeur de dire ce qu'ils ressentent.

Martine : Pour les femmes artistes, c'est encore difficile de dire qu'elles sont féministes. C'est encore lourd, le boys club.

Manon : La pièce est féministe, mais humaniste aussi. Dans la série, il y a une perte d'identité. C'est difficile d'assumer sa différence dans la société. Dans Fin de série, l'uniformisation est un sujet important. Et ça, malheureusement, ça touche tout le monde. 

Martine : Ce qui est fascinant dans la pièce de Manon, c'est que c'est séduisant, la série. On les voit toutes ensemble pareilles, on se sent bien face à ça. Il y a quelque chose de calme là-dedans. Mais ça pose beaucoup de questions.

Fin de série est présentée à l'Agora de la danse ce soir et demain à 19 h.

Également au FTA

Jamais assez: à l'ombre de l'humanitéDerrière Jamais assez, création du Français Fabrice Lambert présentée hier et avant-hier au FTA, une inspiration : le projet Onkalo, en Finlande, dont l'objectif est d'enterrer 500 pieds sous terre des déchets nucléaires jusqu'à ce qu'ils ne soient plus radioactifs... dans 100 000 ans ! Cette improbable durée où il est impossible de se projeter permet au chorégraphe d'explorer les questions de temporalité et de traces dans l'espace. Sans être littérale, la question nucléaire traverse l'oeuvre en filigrane. La gestuelle oscille entre accélération et moments de suspension. Sommes-nous ici, maintenant, ou quelque part dans ce futur impossible ? Ou, peut-être, dans les deux à la fois ?

- Iris Gagnon-Paradis

Logique du pireLe premier est un jeune auteur talentueux dont les pièces sont pertinentes autant dans le fond que dans la forme ; le second est l'un des chorégraphes les plus doués et percutants de sa génération. Pour une deuxième fois, Étienne Lepage et Frédérick Gravel signent une création à quatre mains au FTA. Après Ainsi parlait... en 2013, les deux complices présentent, ce soir seulement, le spectacle de danse-théâtre Logique du pire. Avec cette pièce, le duo souhaite de nouveau affronter « le chaos humain ». Pour livrer les images-chocs et donner vie aux personnages drôles et lucides de Gravel et Lepage, la production peut compter sur de solides interprètes, dont Renaud Lacelle-Bourdon, Rachel Graton et Yannick Chapdelaine.

Ce soir, 5 juin, à la Cinquième Salle de la Place des Arts

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