Paolo Fresu: deux îles valent mieux qu'une

Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura, ainsi que... (PHOTO PINO NINFA, FOURNIE PAR L’ARTISTE)

Agrandir

Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura, ainsi que l'ensemble A Filetta ont créé le projet Mistico Mediterraneo.

PHOTO PINO NINFA, FOURNIE PAR L’ARTISTE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Nouvelles et entrevues
Nouvelles et entrevues

Nos articles sur le Festival de jazz de Montréal. »

De Corse, un ensemble renommé de polyphonie vocale est allé à la rencontre d'un célèbre trompettiste-bugliste de Sardaigne ainsi que d'un bandonéoniste italien originaire des Marches, sur la côte Adriatique. Ainsi, le superbe projet Mistico Mediterraneo est constitué d'A Filetta, de Paolo Fresu et de Daniele di Bonaventura.

« Il est rare que la Sardaigne et la Corse, deux îles jumelles de Méditerranée entre lesquelles il y a peu de communication depuis que la géopolitique en a séparé les destins, illustrent ensemble leurs affinités musicales », fait observer Paolo Fresu, jazzman émérite, ouvert à la transculture méditerranéenne et très attaché à son patrimoine culturel.

Même s'il vit sur le continent, il possède toujours une maison en Sardaigne d'où ses parents ne sont jamais partis. Chaque année, il y dirige un festival, y donne des stages, y fréquente ses amis artistes de toutes pratiques.

« La Sardaigne, rappelle-t-il, est italienne, mais on y parle d'abord le sarde, une langue autonome. La Corse est française et l'on y parle aussi une langue autonome : le corse. Entre le corse et le sarde, on peut trouver des ressemblances linguistiques. Par exemple, un dialecte parlé dans le nord de la Sardaigne se rapproche du corse. Fait amusant, un Italien du continent pourra comprendre le corse et ne pigera rien du sarde ! »

Le lien idéal

Au bout du fil, notre interviewé parle fort bien le français. Il nous rappelle qu'il est sarde et qu'il parle l'italien, la langue nationale. Paolo Fresu comprend donc le corse... en plus de maîtriser la langue de Molière ! Le lien idéal entre tous les composants de Mistico Mediterraneo.

« La Corse et la Sardaigne, poursuit le trompettiste, ont été traversées par plusieurs cultures méditerranéennes ; Nord-Africains, Arabes, Catalans, Aragonais et tant d'autres peuples y ont fait escale. On continue le voyage ! Et si on cherche attentivement les détails similaires entre ces îles au-delà des différences énormes créées par l'Histoire, on trouve ce qui nous unit. »

Coup de foudre

Ainsi, pour la commémoration d'un théâtre d'Ajaccio (en Corse), on avait commandé une création à l'ensemble A Filetta ; Jean-Claude Acquaviva et ses collègues choisirent de s'adjoindre Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura.

« Ce fut le coup de foudre. Nous avons donné quelques concerts pour réaliser que cela pouvait durer. Nous avons voulu donner un nom à cette réunion. Alors ? 

« On y trouve les musiques de la Méditerranée, dans laquelle baignent la Corse et la Sardaigne. Il y a aussi dans cette musique des thèmes très lyriques, empreints de mysticisme. J'ai alors pensé à ce nom de groupe qui résumerait tout ça, j'ai téléphoné à Jean-Claude pour lui suggérer Mistico Mediterraneo. C'était dans le sac. » - Paolo Fresu

Inutile d'ajouter que la pratique de la polyphonie vocale sied parfaitement à la culture musicale de Paolo Fresu.

« Elle existe dans les deux îles. En Corse, toutefois, la polyphonie vocale est plus répandue ; elle se trouve partout alors qu'elle est pratiquée dans des régions précises de Sardaigne. Or, chez A Filetta, on va bien au-delà du folklore. Le parcours de cet ensemble est un peu celui du jazz : il part de la rue et de la tradition, puis il mène ces musiques beaucoup plus loin. Ainsi, A Filetta chante des musiques à la fois archaïques et contemporaines, s'inspirant de différentes polyphonies vocales issues d'autres patrimoines que le corse. Et c'est pourquoi nous nous trouvons bien ensemble. »

Les esprits du jazz et de la musique classique habitent également Mistico Mediterraneo.

« Bien sûr, on n'y fait pas de hard-bop ! Je joue néanmoins à la manière du jazzman que je suis. Le bandonéon de Daniele di Bonaventura, lui, est parti de l'Allemagne (pays de son invention) vers l'Argentine (pays du tango) pour migrer de nouveau en Italie. Il y a aussi le bagage classique de Daniele, qui fut d'abord pianiste avant d'étudier la composition et d'apprendre le bandonéon. D'autres thèmes peuvent évoquer le baroque ou encore des musiques sacrées de la liturgie chrétienne. Mistico Mediterraneo est un mélange de tout ça. »

De la scène au studio

Au terme de plusieurs concerts, le projet Mistico Mediterraneo est passé de la scène au studio : « Nous avons enregistré notre musique, j'ai ensuite pris rendez-vous avec Manfred Eicher, propriétaire de l'étiquette ECM qui en a écouté la bande. Il fut ravi. Nous sommes retournés en studio avec Manfred, nous avons remixé, modifié l'ordre des pièces. Un premier album de Mistico Mediterraneo fut lancé en 2011. De ce projet, d'ailleurs est né un duo entre Daniele di Bonaventura et moi, également enregistré sous étiquette ECM. »

Et l'histoire se poursuit, un nouveau chapitre de Mistico Mediterraneo sera proposé aux mélomanes montréalais.

« Dans le cadre de cette tournée canadienne, nous présentons Danse Mémoire Danse, constitué de compositions de Daniele, de moi et aussi de créateurs corses réunis par A Filetta. Nous nous sommes inspirés de Jean Nicoli, instituteur, poète et résistant corse ainsi que par l'écrivain martiniquais Aimé Césaire, renommé pour ses positions anticolonialistes. Nous avons construit notre répertoire autour de l'oeuvre et la vision de ces hommes épris de liberté. »

Ce soir, 19 h, Maison symphonique. En ouverture, duo de Paolo Fresu et du tromboniste Gianluca Petrella.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer