Zach Condon: la reconstruction de Beirut

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Nos articles sur le Festival de jazz de Montréal. »

Après une longue traversée du désert, le multi-instrumentiste et folk-trotteur Zach Condon, épicentre du collectif Beirut, n'a plus l'impression de bâtir sur du sable. En fera foi sa présence sur le prisé pavé de la place des Festivals, ce soir, pour lancer le 36Festival international de jazz de Montréal.

« J'ai grandi avec la scène montréalaise, alors c'est un privilège hallucinant de me produire ici. Et en quelque sorte, ça m'intimide », confie Zach Condon au bout du fil, en entrevue avec La Presse.

Vrai, le Néo-Mexicain adopté par Brooklyn a une relation particulière avec le Québec ; en 2007, il a finalisé l'enregistrement de son deuxième opus, le très francophile The Flying Club Cup, aux côtés de ses potes montréalais d'Arcade Fire, dans une église de la Montérégie.

Allait s'ensuivre la parution de The Rip Tide, album de la consécration commerciale, marquée par une visite au festival Osheaga en 2011 et deux Métropolis surpeuplés l'année suivante.

Montréal semble donc un lieu de livraison privilégié pour ce musicien-funambule, en équilibre entre des influences glanées autant dans la péninsule des Balkans que dans le nord du Mexique, dans le Paris chansonnier des années 60 que dans l'Amérique électro du XXIsiècle.

Cloué au lit

Malgré les kilomètres parcourus, le routard émérite de 29 ans n'est jamais revenu d'aussi loin : déchirant divorce, fatigue extrême et apathie créative l'ont détourné du sommet.

En 2013, après deux ans de tournée, la tête et le corps ont flanché. « Incapable de mettre un pied devant l'autre », Condon a dû sacrifier une série de concerts, paralysé par les diktats et les affres du succès international. Un épisode d'épuisement similaire l'avait privé d'une ronde européenne de spectacles, en 2008.

« Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Avec The Rip Tide, j'ai l'impression d'avoir trop donné de moi-même. Mon approche aujourd'hui est différente, plus solide. J'ai une confiance renouvelée. »

Pudique, le jeune créateur réfléchit, entame une phrase, la pèse, la ravale, la modifie. « Des personnes importantes ont quitté ma vie, je voulais simplement retrouver le plaisir de jouer des instruments comme au tout début, quand je m'enfermais de longues heures dans ma chambre à Santa Fe, seul ou avec mon frère », viendra-t-il à dire.

Et des instruments, il en joue d'innombrables, des communs comme le piano, le ukulélé ou la trompette, mais aussi des plus singuliers : l'euphonium, le bugle ou encore la conque, ce mollusque dont le coquillage « sonne mieux encore que la guitare », dixit l'autodidacte.

Mieux vaut en rire

Au fil des mois, Zach Condon a fini par recouvrer son terrain de jeu, et le dur désir de créer. Assez pour peaufiner les neuf chansons d'un quatrième disque, qui sortira le 9 septembre.

Sur le premier extrait, la chanson-titre No No No, la signature de Beirut n'est pas falsifiée : folk, fanfare et fièvre des fuseaux horaires fraternisent. Le clip, absurde à souhait - les instruments se métamorphosent en baguette de pain, moufette et gril -, annonce un groupe décomplexé et folâtre.

« Par le passé, j'ai beaucoup composé dans la détresse, dans la douleur, mais, cette fois, c'était différent, confirme Zach Condon. J'ai créé dans une période plutôt positive, et je me suis moins pris au sérieux. J'ai aussi rencontré cette femme turque. Ç'a été un tournant. »

La marque de cet amour salvateur venu de Turquie, lieu d'entre-deux - continents, traditions, valeurs - fait partie des menus détails qui ont filtré sur ce quatrième disque. D'autres pans risquent en outre de s'ébruiter ce soir, place des Festivals, le temps d'un concert inédit et transitoire. « Je vais certainement jouer quelques nouvelles chansons, parce que je m'en voudrais de ne pas le faire, mais on va surtout remanier en profondeur le spectacle [de The Rip Tide] », explique l'instrumentiste.

Les mots empruntés au Moribond de Jacques Brel, qu'a souvent chantés Zach Condon sur scène, prennent un sens nouveau. « Je veux qu'on rie, je veux qu'on danse. Je veux qu'on s'amuse comme des fous. » Cette fois, le chanteur ne semble plus traîner l'âme du mourant ; il renaît.

Sur la place des Festivals, ce soir, 21 h, en ouverture du Festival international de jazz de Montréal

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