L'art (presque) perdu des cartes de voeux

Il y a les cadeaux à emballer. Le sapin à décorer. Le menu à composer. Mais... (Photo: Photothèque La Presse)

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Il y a les cadeaux à emballer. Le sapin à décorer. Le menu à composer. Mais dans l'oeil de la tornade qui précède le réveillon, qui prend le temps d'écrire à la main des cartes de Noël? Ceux qui, à l'ère des souhaits électroniques, composent encore des voeux d'encre et de papier sont-ils les derniers gardiens d'un art en voie de disparition?

«Je suis un vieux nostalgique, un romantique. Je préfère la poste. Comme Denise Filiatrault, qui passe son temps à chercher des cadeaux, moi, je cherche de belles cartes», confie Loui Mauffette, metteur en scène de «stoneries poétiques» et attaché de presse du Théâtre du Nouveau Monde (TNM).

«Créature préhistorique» autoproclamée, Loui Mauffette pratique toujours l'écriture cursive et noircit des cahiers de notes. Jusqu'à tout récemment, les invités aux premières du TNM avaient droit à un beau carton. Toutefois, les cartes de Noël et les invitations aux premières du TNM sont désormais en format électronique - virage vert oblige. «Pas que je sois contre le progrès, mais rien n'équivaut à un carton qu'on reçoit par la poste», dit Loui Mauffette avec regret.

Un sondage de Postes Canada réalisé en 2011 lui donne raison. «Neuf personnes sur dix ont dit qu'elles préféraient les cartes envoyées par la poste», indique Anick Losier, porte-parole de Postes Canada.

Le hic, c'est que tous ces destinataires qui adorent trouver une belle carte dans leur boîte aux lettres n'ont pas le temps d'envoyer des missives. À la fin de 2011, 75% des répondants au sondage de Postes Canada manifestaient leur intention d'envoyer une vingtaine de cartes de Noël. Interrogés à nouveau après les Fêtes, seulement 50% d'entre eux avaient réellement mis des cartes à la poste... «Un des répondants nous a même dit qu'il avait écrit et affranchi toutes ses cartes, mais qu'il n'avait pas eu le temps de les envoyer!»

Se détacher des lettres attachées

Le recul de l'écriture de cartes de Noël est-il en phase avec la mort lente de l'écriture cursive?

À la fin du mois de novembre, l'Associated Press a rapporté que les jours de l'écriture cursive étaient comptés aux États-Unis. À la rentrée de 2014, l'introduction de la maîtrise du clavier à la fin du primaire signifiera le retrait de l'écriture cursive (en lettres attachées). Seuls la Californie, la Géorgie et le Massachusetts continueront d'enseigner l'écriture en lettres attachées aux élèves du primaire.

Louise Julien, professeure au département des sciences de l'éducation de l'UQAM, s'inscrit en faux contre cette disparition de l'écriture à la main. «On peut écrire à l'ordi, envoyer des textos. Mais l'apprentissage de l'écriture cursive est essentiel!», affirme Mme Julien. Elle croit d'ailleurs que l'action d'écrire, de raturer, de faire des brouillons devrait être une habitude quotidienne.

«Je remarque que, dans les écoles, l'écriture de textes est d'abord une activité d'évaluation. Puisque l'écriture n'est pas naturellement associée au plaisir de communiquer, il y a un stress qui s'installe.»

Malgré les écrans de plus en plus présents dans les écoles, les jeunes privilégient toutefois le crayon et le papier pour leurs communications épistolaires avec le pôle Nord - même si Postes Canada offre la possibilité d'envoyer par courriel sa liste au père Noël (qui est d'ailleurs très actif sur Twitter).

«Le nombre de lettres au père Noël augmente chaque année depuis 1982», confirme Anick Losier.

Cher client, joyeux Noël

Par conscience écolo ou souci d'économie, les cartes électroniques sont devenues la norme dans le monde des affaires.

Une exception: les cartes de souhaits de l'UNICEF, qui maintiennent leurs parts de marché, tant chez les particuliers que chez les gens d'affaires soucieux de faire oeuvre utile.

Malgré l'augmentation du prix du papier et des frais postaux, les gens ont encore le besoin d'entretenir des traditions chargées de sens, croit Dee Diaz, directrice de l'engament corporatif pour l'UNICEF.

«Ce n'est pas un art perdu. D'ailleurs, les gens consacrent de plus en plus de temps au choix d'une carte», assure Mme Diaz.

Va pour la carte. Mais prennent-ils le temps de composer des voeux sincères avec une écriture soignée? Pas besoin, puisque Postes Canada vient de lancer un service en ligne qui permet d'envoyer des cartes personnalisées (en papier) sans avoir à lever un crayon.

Un pour le progrès, zéro pour l'écriture.

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