Déjouer les sens: le bronze qui bluffe

Dominique Laquerre, directrice du Centre d'art Jacques & Michel Auger, et... (Photo Martin Morissette, fournie par le Centre d'art Jacques & Michel Auger)

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Dominique Laquerre, directrice du Centre d'art Jacques & Michel Auger, et Émilie Granjon, commissaire de l'exposition Déjouer les sens

Photo Martin Morissette, fournie par le Centre d'art Jacques & Michel Auger

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Le Centre d'art Jacques & Michel Auger, à Victoriaville, présente une séduisante exposition qui rend compte du dynamisme actuel de la fonderie d'art au Québec. Avec les sculptures de 15 artistes choisis par la commissaire Émilie Granjon dans le cadre d'une collaboration avec l'Atelier de bronze d'Inverness.

Lors de ses études universitaires, la commissaire Émilie Granjon a fait de la recherche sur la transmutation des métaux. Son intérêt pour le dialogue entre les matières s'est accru lors d'une rencontre avec Dominique Laquerre, directrice du Centre d'art Jacques & Michel Auger, inauguré en 2015 à Victoriaville.

« Elle m'a parlé de l'Atelier du bronze d'Inverness, non loin de Victoriaville, et notre projet est né de la volonté de faire connaître la fonderie d'art actuel et de donner à des artistes la possibilité de créer pour une exposition », dit Émilie Granjon, également directrice du centre d'art Circa, à Montréal.

Dix artistes sont allés réaliser une oeuvre à l'Atelier de bronze : Pascale Archambault, Patrick Bérubé, Catherine Bolduc, Chantal Brulotte, Patrick Coutu, Marc Dulude, Éric Lapointe, Guillaume Lachapelle, Paryse Martin et Aline Martineau. Cinq autres artistes ayant déjà collaboré avec la fonderie se sont joints au projet : André Du Bois, Kaori Furuta, Jean-Pierre Morin, Alain-Martin Richard et feu Jordi Bonet.

PATRICK BÉRUBÉ

Le bronze n'est plus synonyme d'art traditionnel. Déjouer les sens l'illustre en se mettant à la recherche d'illusion. C'est le cas de l'installation époustouflante de Patrick Bérubé. Intitulée Move !, elle nous fait prendre des vessies pour des lanternes avec sa paire de chaussures de sport Stan Smith, d'Adidas, posée par terre et qu'on jurerait réelle alors que les deux baskets et leur emballage sont... en bronze !

Bérubé a ajouté une pompe de vasodilatation, une barre de gymnastique et un miroir pour évoquer une salle de sport et les exigences de productivité des entreprises vis-à-vis de leurs salariés.

UndeTrois, d'Éric Lapointe, est un autre jeu de perception. L'artiste a créé trois anamorphoses qui se révèlent quand on se place en trois endroits précis. Bronze ou papier ? Difficile de conclure, également, avec Aline Martineau et sa procession carnavalesque de petites figurines en papier et en bronze.

Même chose pour Pascale Archambault, qui a le don de nous faire prendre du bronze pour de la pierre et du bois, avec une sculpture alliant un tronc de vieux pommier et des membres en bronze (une jambe et un bras). Une oeuvre sur l'homme parasitant la terre...

Chantal Brulotte nous bluffe aussi avec Réminiscence d'un murmure, des empreintes de pierre (en bronze) suspendues par des fils à deux pouces du sol. 

Pour Patrick Coutu et Marc Dulude, on est plus dans la réflexion scientifique. Coutu évoque le phénomène des attracteurs dans la théorie du chaos pour Modèles pour un univers, avec ses 13 petites structures insérées sur deux miroirs noirs inclinés.

À côté, Marc Dulude s'est intéressé au point d'équilibre avec Arche, sculpture qui capte un instant d'une action : deux tiges de palmier se torsadent pour former une arche gracieuse.

CATHERINE BOLDUC

Dans la continuité de son installation Tentative d'évasion, que l'on a vue à la Biennale nationale de sculpture contemporaine l'an dernier à Trois-Rivières - et qui est actuellement exposée au MBAM -, Catherine Bolduc a créé L'amour propre. Une installation de type nature morte éclairée et dont l'ombre est projetée sur un écran pour révéler un paysage animé. L'image émane de la juxtaposition de figurines et de bouteilles de parfum dont certaines ont été moulées, mises bout à bout puis fondues en bronze. Brillant.

Guillaume Lachapelle n'avait jamais travaillé le bronze après une impression 3D. Pour Lights Out, il a repris l'image chrétienne de saint Georges de Lydda qui terrasse un dragon (la foi l'emporte sur le démon) pour représenter, dans une esthétique mécanique, un cavalier dont la lance transperce un phare. 

Cette lumière assassinée évoque les errements du progrès technologique, notamment les réseaux sociaux où la lumière cède souvent la place au danger et aux ténèbres.

Très belle oeuvre également de Kaori Furuta avec la forme d'une femme marchant à quatre pattes comme un animal et dont on a seulement l'empreinte du corps exprimée par l'apparence d'un tissu « en dentelle » coulé dans le bronze. Une sculpture mêlant légèreté et densité.

Enfin, Jordi Bonet (1932-1979), phare de la sculpture contemporaine québécoise, a été honoré avec la disposition de son oeuvre en aluminium L'homme soleil. Une oeuvre représentant un gros travail de texture et qui montre combien l'innovation et la recherche étaient au coeur de sa démarche artistique. 

Une expo qui mérite vraiment un petit tour dans le centre-ville de Victoriaville...

Au Centre d'art Jacques & Michel Auger (150, rue Notre-Dame Est, Victoriaville), jusqu'au 16 décembre




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