DHC/ART: lumières sur le don

L'installation Silenced - The Burning [Réduits au silence, la brûlure],... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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L'installation Silenced - The Burning [Réduits au silence, la brûlure], 2011, de l'artiste amérindien kwakwaka'wakw Sonny Assu traite de la cérémonie du potlatch, acte de générosité longtemps interdit par le gouvernement canadien.

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Pour ses 10 ans, la fondation DHC/ART de Phoebe Greenberg propose aux amateurs d'art contemporain une grande exposition consacrée au don. S'adressant à un large public, L'offre rassemble des oeuvres d'artistes canadiens et étrangers qui se sont penchés sur les thèmes de la générosité, du partage et des bienfaits. Une expo réconfortante et interactive.

Comment marquer 10 ans d'offrandes artistiques à la communauté montréalaise, si ce n'est en célébrant l'altruisme et en tirant les enseignements des 25 expos que DHC/ART a présentées depuis 2007 ? Si Phoebe Greenberg est la conscience de DHC/ART, Cheryl Sim en est l'âme. Avec L'offre, la commissaire et directrice générale de la fondation signe une fois de plus un grand moment d'art. 

Sa réflexion s'est nourrie de ses lectures, notamment de deux ouvrages qui évoquent le don: The Gift - Creativity and the Artist in the Modern World (1983), de Lewis Hyde, et Essai sur le don (1924), de Marcel Mauss. Elle en a tiré la conclusion que donner n'est pas une simple interaction entre un donneur et un receveur. C'est aussi un acte dont l'effet salutaire et bienfaisant va bien au-delà de deux personnes.

Cheryl Sim s'est attachée à aborder le sens de la valeur du don. Comment, à notre époque, juge-t-on un don? Par l'ampleur de son prix ? Par son impact (le don de sang, par exemple)? Par la gratuité du geste? 

Felix González-Torres

Pour alimenter le thème de l'exposition, Cheryl Sim a réuni une douzaine d'oeuvres d'artistes renommés comme Felix González-Torres (1957-1996). Du Cubain disparu trop tôt, DHC/ART a reconstitué Untitled (Blue Pacebo), qui ravira les amateurs de friandises ! L'oeuvre consiste en un tapis de 130 kg de bonbons (pas exceptionnels, d'ailleurs!) emballés dans du papier brillant bleu.

Le tapis de bonbons de Felix González-Torres, une... (Photo Martin Chamberland, La Presse) - image 2.0

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Le tapis de bonbons de Felix González-Torres, une création intitulée Untitled (Blue Placebo) est constituée de 130 kg de bonbons enveloppés dans du papier bleu.

Photo Martin Chamberland, La Presse

Chaque visiteur peut en piocher un et réfléchir à ce don de l'artiste qui voulait évoquer la maladie qui l'a emporté - le sida - à une époque où les personnes atteintes n'avaient pas accès à des remèdes suffisamment efficaces pour s'en sortir. En même temps, leur corps était un don à l'humanité puisqu'il servait à expérimenter de nouveaux médicaments. 

De Felix González-Torres, on peut aussi apprécier Untitled (NRA), pile d'affiches imprimées en offset posée sur le sol. Une sculpture en évolution puisque le visiteur, là aussi, peut prendre une affiche et participer à la transformation de l'oeuvre.

Sonny Assu

Autre approche du don hautement politique et sociale de la part de l'artiste kwakwaka'wakw Sonny Assu, venu présenter Silenced - The Burning à Montréal. Une installation de 67 tambours en peau de cerf peinte qui évoquent ces cérémonies de potlatch (avec chants et danses traditionnels) qu'Ottawa avait interdites de 1889 à 1954... parce que les Amérindiens s'écartaient trop du chemin chrétien. Ces cérémonies de partage et de redistribution de la richesse ont heureusement refait leur apparition dans la communauté de l'artiste.

Lee Mingwei

Tout près, les photos de Lee Mingwei rappellent que l'artiste peut faire du bien autour de lui. Pendant 16 ans, cet Américain d'origine taiwanaise a établi des rapports amicaux avec des citoyens de San Francisco rencontrés dans un café en leur offrant des origamis créés avec des billets de 10 $. En échange, il leur demandait leurs coordonnées et communiquait avec eux quelques mois plus tard pour voir s'ils avaient conservé la petite sculpture ou s'ils avaient dépensé l'argent.

Sonny Assu devant son installation de 67 tambours en... (Photo Martin Chamberland, La Presse) - image 3.0

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Sonny Assu devant son installation de 67 tambours en peau de cerf intitulée Silenced - The Burning [Réduits au silence, la brûlure].

Photo Martin Chamberland, La Presse

Les photos rendent compte du devenir de ces origamis. Lors de la visite de presse, Lee Mingwei a expliqué qu'il avait maintes fois rencontré un sans-abri à qui il avait donné plusieurs origamis. Cet homme n'a jamais utilisé ces billets et a toujours conservé les sculptures malgré de pressants besoins quotidiens.

Sur un autre étage, Lee Mingwei illustre une autre variante du don avec une soprano soliste qui propose aux visiteurs (le samedi et le dimanche) de leur chanter un lied de Franz Schubert. Elle s'exécute quand un visiteur accepte la proposition. 

Lee Mingwei dit que lorsqu'il a fait cette expérience en Asie, une seule personne (sur des centaines) a refusé la proposition. Alors qu'à New York, une personne sur deux refusait de se voir offrir une mélodie en direct. Question de culture, dit l'artiste. 

Simryn Gill

Parmi les autres oeuvres, nous avons fort apprécié Pearls, de Simryn Gill, artiste singapourienne qui crée des colliers en utilisant les pages de livres que lui ont confiés des amis à qui elle offre en retour le bijou. On peut voir quelques exemples, en photographies, de ces relations menant à une transformation de l'objet.

Sergej Jensen

Autre transformation que celle menée par le Danois Sergej Jensen qui crée des oeuvres minimalistes ou figuratives en utilisant des sacs de tissu ayant contenu de l'argent comme surface de ses peintures. Les toiles obtenues visent à faire réfléchir notamment aux relations entre l'art et son marché. La notion du don, dans ce cas-ci, nous a paru plus diluée. Mais sa série d'oeuvres montre, à tout le moins, que l'échange financier ou cupide n'est qu'une facette des relations humaines. Le don désintéressé ou philanthropique est un geste de paix et d'amour qui, bien entendu, éclaire et inspire en même temps.

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À la fondation DHC/ART (451, rue Saint-Jean, Montréal), jusqu'au 11 mars 2018.




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