Musée d'art de Joliette: des reflets de l'esprit

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Une visiteuse observe l'oeuvre Nature morte, oignons (1892), d'Ozias Leduc, au Musée d'art de Joliette.

Photo Romain Guilbault, fournie par le Musée d'art de Joliette

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Peintre religieux, portraitiste et paysagiste, Ozias Leduc (1864-1955) a réalisé une quinzaine de natures mortes durant sa vie. Le Musée d'art de Joliette en expose 10 dans un commissariat fouillé de l'historien d'art Laurier Lacroix.

Laurier Lacroix a découvert l'oeuvre d'Ozias Leduc lors de ses études en histoire de l'art. Il a rédigé un mémoire sur le peintre sous la direction du professeur François-Marc Gagnon et a collaboré, plus tard, à des expositions consacrées à Leduc, notamment celle de 1996 produite par le Musée des beaux-arts de Montréal et l'ex-Musée du Québec.

Les natures mortes de Leduc n'étant pas nombreuses, elles n'ont jamais fait l'objet d'une expo en soi. Les liens de Laurier Lacroix avec le Musée d'art de Joliette et le fait que l'une des oeuvres de la collection du musée soit Nature morte, oignons, peinte par Leduc en 1892, ont contribué au montage de cette présentation intitulée Laboratoire de l'intime. Les natures mortes d'Ozias Leduc, limitée en nombre d'oeuvres mais fort intéressante. 

Si Ozias Leduc a choisi, tôt dans son parcours, de représenter des éléments inanimés, ses intentions étaient claires : les natures mortes seraient un moyen d'évoquer l'art et la vie tout en témoignant de ses intérêts. Une démarche qui s'est traduite par des oeuvres qui se réfèrent à l'âme comme à la raison. 

Dès l'entrée dans la salle, on remarque que les toiles ont toutes le même petit format. Le visiteur doit s'en approcher et plier le dos pour en découvrir les détails, établissant une intimité avec l'oeuvre. Laboratoire de l'intime est aussi une allusion au plaisir de la recherche chez Ozias Leduc et à son désir de transmettre des sensations à la manière d'un épanchement discret.

Vue de l'exposition Laboratoire de l'intime. Les natures... (Photo Ysabelle Forest, fournie par le Musée d’art de Joliette) - image 2.0

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Vue de l'exposition Laboratoire de l'intime. Les natures mortes d'Ozias Leduc, au Musée d'art de Joliette

Photo Ysabelle Forest, fournie par le Musée d’art de Joliette

Première oeuvre

On a la chance d'admirer la première nature morte qu'Ozias Leduc a peinte, Les trois pommes, en 1887. Il a alors 22 ans. Leduc l'a toujours conservée avant de l'offrir, 56 ans plus tard, à son disciple Paul-Émile Borduas. Ces trois pommes posées dans une assiette évoquent les vergers de sa région de Saint-Hilaire, son père pomiculteur et son attachement à une nature inspirante.

Des livres et des reproductions d'oeuvres d'art se retrouvent dans pratiquement toutes les natures mortes subséquentes d'Ozias Leduc. Il reproduisait des oeuvres qu'il avait vues dans des magazines qu'il recevait par la poste. Ainsi, dans Nature morte au livre et à la loupe (non datée, après 1924), Ozias Leduc a peint, près de plusieurs livres, le Cupidon archer de Marcantonio Franceschini (1648-1729). 

Dans Nature morte dite «au mannequin», de 1898, il reproduit l'oeuvre Philosophe à l'agonie, de Caspar Bernhard Hardy (1726-1819). Et dans Nature morte, album de Raphaël, de 1900, il peint une reproduction de La Vierge à l'Enfant ou La madone du grand-duc, de Raphaël (1483-1520).

Dans chaque nature morte, Leduc mêle art et sciences. Ici une loupe, là un compas, des livres scientifiques ou le découpage d'un crâne en zones anatomiques. Et toujours cette lumière bien dosée et ce délicat travail du reflet: dans Nature morte, oignons, l'enveloppe légèrement sèche des bulbes semble photographique, tout comme l'eau et le verre dans la toile La phrénologie.

Nature morte au livre ouvert, 1894, Ozias Leduc,... (Photo MBAM-Denis Farley, fournie par le Musée d’art de Joliette) - image 3.0

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Nature morte au livre ouvert, 1894, Ozias Leduc, huile sur toile, 38,5 cm x 48 cm. Collection du Musée des beaux-arts de Montréal.

Photo MBAM-Denis Farley, fournie par le Musée d’art de Joliette

L'exposition s'accompagne d'un catalogue de qualité et, dans la salle, d'une chronologie inscrite sur un mur qui permet de situer à quel moment ces natures mortes ont été peintes. Elle propose aussi des extraits de critiques de journalistes de l'époque dont certains, au début de sa carrière, le trouvaient trop bon pour faire de l'art. On lui reprochait sa patience et sa dextérité!

Voici en tout cas une expo où le visiteur savoure pleinement la narration éclairée qui caractérise les oeuvres d'Ozias Leduc. 

Le visiteur vit aussi un moment d'exception puisque ces 10 oeuvres n'ont jamais été montrées ensemble, même du vivant du peintre. 

Avant de quitter le musée, ne ratez pas les créations de l'artiste autrichien Oliver Laric mêlées à des oeuvres de la collection permanente. Des sculptures et une vidéo qui traitent de l'authenticité et du droit d'auteur.

Il faut aussi aller admirer l'installation Rencontre au balcon. Entre ciel et terre, réalisée par le sculpteur Armand Vaillancourt sur la terrasse supérieure du musée, avec 1000 pneus fournis par l'entreprise Bridgestone. Une oeuvre faite d'allées de pneus, de triangles musicaux et de fanions qui évoquent un navire, mais aussi l'architecture imposante d'un édifice religieux, un écho du rôle des Clercs de Saint-Viateur dans ce déploiement muséal d'exception au bord de la rivière L'Assomption.

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Au Musée d'art de Joliette (145, rue du Père-Wilfrid-Corbeil, Joliette), jusqu'au 17 septembre.




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