Robert Mapplethorpe: l'esthétique de la réalité

Vue de l'exposition Focus: Perfection-Robert Mapplethorpe, présentée au Musée des... (Photo François Roy, La Presse)

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Vue de l'exposition Focus: Perfection-Robert Mapplethorpe, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu'au 22 janvier.

Photo François Roy, La Presse

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Il avait le sens esthétique de Michel-Ange, le charme de Rimbaud et le côté libertin de Jean Genet. Le New-Yorkais Robert Mapplethorpe (1946-1989) a marqué la photographie du XXe siècle par son audace et sa sensualité. Son style inédit, maîtrisé et incomparable est en vedette au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) jusqu'au 22 janvier.

Il a universalisé l'émancipation des homosexuels américains des années 70 et 80 et mis en lumière le jet-set new-yorkais. Avec des photographies délicates, soignées, équilibrées, fortes, parfois troublantes, toujours belles dans leur réalité parfois brute. Robert Mapplethorpe aimait la beauté et la vérité. Même crues.

La visite de la rétrospective qui lui est consacrée débute par une présentation vidéo de l'artiste, rencontré, un an avant sa mort, pour la BBC, par le réalisateur anglais Nigel Finch qui mourra lui aussi du sida six ans après Mapplethorpe. 

Autoportraits

Dans la première salle ont été rassemblés des autoportraits de Mapplethorpe, dont son dernier (lugubre) de 1988, et celui des années Patti Smith, daté 1975, avec son regard engageant et son corps gracile. Sur le mur d'en face sont accrochés des portraits de Mapplethorpe pris par Andy Warhol, George Dureau, Marcus Leatherdale ou David Royston Bailey. Des photos qui mesurent l'évolution de Mapplethorpe dans le temps. 

Dans cette première salle, on présente quelques-unes de ses premières oeuvres, dont ses assemblages imprégnés de religiosité ou influencés par Duchamp et Rauschenberg. Son Sans titre (retable), 1970, comprend des objets de Patti Smith (notamment sa peau de renard), des bougeoirs, une statuette de Vierge aux yeux bandés, une lampe et divers tissus. 

On rentre dans le vif du sujet dans la deuxième salle, avec ses polaroïds et ses portraits de célébrités pour lesquels il a aiguisé son style: un portrait classique créé en atelier, en noir et blanc. Et une section Patti Smith avec huit photos de l'égérie de Mapplethorpe, dont celles pour ses disques Horses et Wave. Une salle qui permet de constater qu'il ne faisait jamais la même photo, s'inspirant chaque fois de la personnalité du modèle.

Isabella Rossellini, 1988, Robert Mapplethorpe.... (Photo François Roy, La Presse) - image 2.0

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Isabella Rossellini, 1988, Robert Mapplethorpe.

Photo François Roy, La Presse

Présentation sans tabou

La troisième salle a été configurée de sorte que les portfolios X, Y (ses photos sadomasos ou sexuelles) et Z (ses images homoérotiques) soient répartis dans deux espaces séparés par un passage où sont accrochées ses photos de fleurs. Du coup, les photos explicites ne sont pas confinées dans une backroom, mais placées discrètement sans en faire des oeuvres tabous. Des oeuvres osées qui célèbrent des facettes de la culture homosexuelle, exprimant ici de la tendresse ou là de la jouissance. 

«Robert Mapplethorpe était comme un ethnographe de sa communauté. C'était un chroniqueur d'une époque, soit plus qu'un documentariste», explique Diane Charbonneau, conservatrice de la photographie au MBAM.

L'expo exprime les grandes qualités de cet autodidacte exigeant qui ne développait pas ses photos. La délicatesse, d'abord. Par exemple, dans cette recherche d'analogie entre la texture d'un drapé et celle d'un torse (Untitled, 1987). La recherche de perfection, aussi. Avec Milton Moore capté entre nombril et genou, une main et un bras se détachant dans la lumière (Sans titre, 1981). Et puis, il y a la sensualité, magnifiquement traduite dans Le coquelicot, 1988. Avec de doux effets de lumière, les délicats poils du pédoncule floral, l'entrelacement explicite des deux tiges et ce bouton de fleur qui pointe fièrement vers le haut. 

Histoire de l'art

Intéressantes aussi, les évocations de l'attachement de Mapplethorpe à l'histoire de l'art. S'il tenait à créer des images «que les gens n'ont jamais vues», il s'est toujours abreuvé aux maîtres du passé. Que ce soit avec les sculptures grecques, celles de Michel-Ange, les peintures, notamment d'Hippolyte Flandrin, et bien sûr les photographes américains et français. 

L'exposition montre ainsi une photographie de la galeriste Holly Solomon étendue sur un lit, dans une posture identique à celle d'Icare sculpté dans le marbre. Ou encore le modèle Jeff Gray photographié le pied tendu vers l'avant, comme dans L'homme qui marche, d'Auguste Rodin. 

Des photos, une vidéo et des caricatures évoquent aussi la controverse qui a suivi la dernière exposition de Mapplethorpe, The Perfect Moment, notamment quand le Contemporary Art Center de Cincinnati a été poursuivi, ainsi que son directeur, pour obscénité. Mais tous deux ont été reconnus non coupables.

Finalement, l'exposition comprend, en parallèle, un espace Être/Aimer - Be/Loved, qui célèbre la diversité des orientations sexuelles avec des témoignages et des oeuvres soulignant l'universalité de l'amour et d'une sexualité assumée librement. Une initiative honorable dans la tradition éducative du musée.

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Focus: Perfection - Robert Mapplethorpe, au Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu'au 22 janvier.

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