L'Autriche parachève la restitution de deux dessins d'Egon Schiele

Autoportrait aux coudières et Garçon assis avec les... (PHOTO AFP)

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Autoportrait aux coudières et Garçon assis avec les mains croisées, les deux dessins d'Egon Schiele remis à l'héritière américaine d'un collectionneur juif déporté durant la Seconde Guerre mondiale.

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Philippe Schwab
Agence France-Presse
Vienne

Après des décennies de contentieux, l'Autriche a parachevé jeudi sa restitution d'oeuvres pillées par les nazis, avec la remise de deux dessins majeurs d'Egon Schiele à l'héritière américaine d'un collectionneur juif déporté durant la Seconde Guerre mondiale.

«C'est un jour très heureux qui met fin à plusieurs années de conflit», s'est félicité le ministre de la Culture, Josef Ostermayer, lors d'une conférence de presse à Vienne.

Les dessins rehaussés d'aquarelle Garçon assis avec les mains croisées et Autoportrait aux coudières d'Egon Schiele, jusque-là exposés au musée Leopold de la capitale autrichienne, doivent partir incessamment pour les États-Unis, où réside l'héritière, Eva Zirkl, a-t-il été précisé.

Adoptée en 1998 par le Parlement autrichien, une loi a permis la restitution progressive par Vienne de quelque 10 000 oeuvres issues des collections publiques et identifiées comme volées sous le Troisième Reich.

Parmi celles-ci, la spectaculaire collection Rothschild, restituée dès 1999, ou encore cinq toiles du maître de la sécession viennoise Gustav Klimt provenant de la collection Bloch-Bauer. Après leur restitution par le musée du Belvédère, ces cinq tableaux avaient été revendus à New York pour un montant total record de 327,7 millions de dollars, en 2006.

Mais un dossier restait en suspens: le fonds Karl Mayländer, du nom d'un collectionneur juif viennois disparu après avoir été déporté à Lodz par les nazis en 1941.

Ami de Schiele, ce commerçant avait acheté de nombreuses oeuvres à l'enfant terrible de l'art viennois, décédé en 1918 à l'âge 28 ans. Il lui avait même commandé un portrait en 1917.

En 2011, le musée de l'Albertina, à Vienne, avait accepté de restituer cinq dessins issus de ce fonds. Mais en dépit des recommandations en 2010 d'une commission spécialisée, le musée Leopold avait pour sa part refusé de rendre cinq autres dessins, acquis après-guerre par son fondateur, Rudolf Leopold.

Établissement privé et à ce titre non-tenu légalement par la loi de restitution, cette institution avait proposé à l'héritière un dédommagement financier, à titre amiable. Mais Mme Zirkl, âgée de 95 ans, demandait à recouvrer la possession physique des oeuvres.

«Jugement de Salomon»

La médiation du gouvernement a finalement permis d'aboutir à un compromis permettant de clore le dossier: deux oeuvres, choisies par Mme Zirkl, sont restituées et trois demeurent la propriété du musée.

«Ce jugement de Salomon permet de lever l'ombre qui planait sur le musée Leopold», s'est félicité M. Ostermayer.

«C'est une solution formidable. Je suis très heureuse que l'héritière puisse encore jouir de ces oeuvres. L'argent ne l'intéressait pas», a pour sa part confié la représentante de la Communauté israélite d'Autriche, Erika Jakubovits, qui défend les intérêts de Mme Zirkl.

Le compromis «va permettre d'ouvrir une nouvelle page avec la Communauté israélite, avec qui nous partageons beaucoup d'intérêts communs, concernant notamment l'histoire des oeuvres», s'est de son côté réjoui Hans-Peter Wipplinger, le nouveau directeur du musée.

En 2010, dans un autre dossier, le musée Leopold avait déboursé 19 millions de dollars pour récupérer Portrait de Wally de Schiele, une autre oeuvre volée qui avait été saisie douze ans plus tôt à New York où le tableau se trouvait pour un prêt.

Considéré comme le «redécouvreur» de Klimt et de Schiele, Rudolf Leopold (1925-2010) avait acquis après-guerre quelque 6000 oeuvres de l'âge d'or viennois, réunies dans un musée créé en 2001 au coeur de Vienne.

Le compromis annoncé jeudi clôt le dernier contentieux majeur concernant des restitutions en Autriche, ont relevé M. Ostermayer et Mme Jakubovits auprès de l'AFP. Des restitutions ponctuelles d'oeuvres moins célèbres sont toutefois appelées à se poursuivre, ont-il relevé.

L'Autriche a régulièrement traîné des pieds pour restituer des oeuvres réclamées par des héritiers de collectionneurs juifs, contestant parfois l'existence même d'une spoliation. En 2006, la collection Bloch-Bauer avait ainsi dû être arrachée par les ayants-droit devant un tribunal arbitral.

En 2015, la commission en charge des restitutions avait débouté les héritiers du collectionneur Erich Lederer, qui réclamaient la restitution de la monumentale Frise Beethoven de Klimt. Cette oeuvre avait été acquise par l'État en 1972 auprès de M. Lederer lui-même, avait-elle souligné.

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