Mathieu Cardin, l'assembleur d'expériences

Âgé de 32 ans, l'artiste Mathieu Cardin crée... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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Âgé de 32 ans, l'artiste Mathieu Cardin crée des installations immersives qui procurent au visiteur une expérience empreinte de poésie et de réflexions sur la fonction des objets.

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Avec son regard champ gauche sur les choses, l'artiste Mathieu Cardin nous entraîne dans un univers où l'on perd tous nos repères. C'est encore le cas avec sa nouvelle installation, Il n'en est rien, qu'il présente jusqu'au 13 février à la galerie B-312, à Montréal.

L'assemblage et le faux-semblant font partie du vocabulaire de Mathieu Cardin. Une expression artistique reliée à une observation singulière, à travers un cadre, une fenêtre ou la lentille d'un appareil photo. Reliée à une façon d'être aussi: l'artiste affirme sur son site internet être né en France, à Urville, alors qu'il est... un Gatinois pure laine outaouaise! «Désolé de rendre votre travail plus difficile», commente l'artiste quand on lui demande de démêler le vrai du faux.

On avait découvert cet artiste de 32 ans lors de l'édition 2014 de l'événement montréalais Art souterrain. Intitulé Perpendiculaire de l'horizon, son installation était alors une anamorphose dans laquelle l'agencement de plusieurs matériaux et objets créait l'illusion d'un tableau champêtre dans un intérieur bourgeois.

Le diplômé de Concordia monte des installations immersives qui procurent au visiteur une expérience empreinte de poésie et parfois de réflexions sur la fonction des objets. On retrouve ce goût pour la scénographie dans l'exposition Il n'en est rien, sur laquelle il travaille depuis quatre ans.

Quatre ans de conception et beaucoup de travail. Comme le dit le professeur et critique d'art Virgil Hammock dans le dernier numéro de Vie des arts, «créer une oeuvre d'art, c'est 90 % de dur labeur; les 10 % restants: de l'inspiration et du talent».

L'art du simulacre

Dès qu'on a passé la porte d'entrée de la galerie, non seulement on ne reconnaît plus les lieux, mais notre regard est attiré par une fenêtre que Mathieu Cardin a créée dans un mur et à travers laquelle on distingue la symétrie d'un arrangement réalisé dans la salle contiguë. La fenêtre suggère une photographie comme Perpendiculaire de l'horizon semblait être un tableau. Mais... il n'en est rien!

L'exposition évoque la propension de l'homo internetus à formater sa vie autour des images: celles du petit et du grand écran, celles de son cellulaire (avec ses égoportraits) ou celles d'applications telles qu'Instagram ou YouTube. Une emphase de la représentation qui passe la plupart du temps sous silence toute signification.

La représentation des choses sous les assemblages de Mathieu Cardin finit par créer un intérêt à tout le moins esthétique.

Pour encadrer son thème, le jeune artiste a reconfiguré les espaces de la galerie, inventant un lieu commercial sans qu'on sache ce qu'on y vend. La marque du «commerce» est un ballon de basket qui se réfère plus à un astre qu'à l'équipement sportif.

La précession

L'expo découle d'une réflexion sur le principe de la précession, observé en astronomie, mais aussi en physique et en mécanique. Mathieu Cardin a appliqué à sa démarche ce principe du changement d'orientation d'un objet en rotation autour d'un axe. Pour ce faire, les objets ou les vêtements qu'il a placés dans la galerie sont réorientés vers plusieurs utilisations différentes.

Sur les murs, ses photos contiennent des éléments posés ici et là dans l'espace. Photographiés, ils s'en trouvent sacralisés, comme pour le contenu téléchargé sur le web où tout et n'importe quoi prennent de la valeur sur la seule loi du nombre de partages.

À moins que plus rien n'ait une valeur sacrée, mais Mathieu Cardin ne l'exprime pas, optant pour un statut d'observateur plutôt que de critique. En outre, il confie que c'est la valeur expérimentale de l'objet qui le fascine et non sa possession. Une valeur qui se dessine quand il photographie l'espace transformé, puis expose l'espace photographié.

Dans une salle, il a prolongé un comptoir horizontal en une large tangente surréaliste vers un mur, brisant la normalité de présentation. Dans un autre espace, il a recréé l'ambiance d'un atelier ou d'un entrepôt, plaçant ici et là des objets utilisés pour ses photos, objets sur lesquels on peut porter une lecture plurielle. Cette caisse est-elle une caisse ou un présentoir? Cette présentation est-elle achevée ou en cours d'élaboration?

Cardin nous avait ravis avec ses simulacres qui nous font naviguer entre rêve et réalité. Avec Il n'en est rien, il ajoute une strate supplémentaire à ses expérimentations. Une couche de complexité qui vaut le détour et la désorientation.

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Il n'en est rien, de Mathieu Cardin, à la galerie B-312, édifice Le Belgo (372, rue Sainte-Catherine Ouest, #403), jusqu'au 13 février.

Les autres expos

Geneviève Chevalier

Dans le cadre de la septième année de ses rencontres culturelles, le réseau Accès Culture présente - depuis l'automne dernier - des artistes de l'Estrie dans les maisons de la culture de Montréal. Ainsi, Geneviève Chevalier expose jusqu'au 6 mars à la maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce une installation de type conceptuel et documentaire consacrée aux boisés urbains menacés.

Mon boisé-My Woodland, de Geneviève Chevalier, à la maison de la culture NDG (3755, rue Botrel, Montréal), jusqu'au 6 mars.

DéLire, à la Grande Bibliothèque

Pour mettre le livre à l'honneur, 10 concepteurs, designers, architectes et artistes visuels ont réalisé des installations qui représentent leur interprétation de l'espace lecture. Ces créateurs sont Phil Allard, Luc Courchesne, Michel Dallaire, Karine Giboulo, Anick La Bissonnière, Guy Laramée, Philippe Legris, Anne-Marie Matteau, Valérie Potvin et Guillaume Sasseville. Une invitation au voyage et à la liberté...

DéLire, à la Grande Bibliothèque (475, boulevard de Maisonneuve Est, Montréal), jusqu'au 16 octobre.

Alan Glass honoré

La municipalité de Saint-Bruno-de-Montarville a inauguré, dimanche, la salle Alan Glass, au centre d'exposition du Vieux Presbytère. Le nom du peintre surréaliste - né à Saint-Bruno en 1932 - a été choisi afin de souligner son succès international. Alan Glass vit depuis 50 ans au Mexique où une exposition rétrospective lui a été consacrée en 2008 au Musée d'art moderne de Mexico. En même temps que l'inauguration de la salle Alan Glass avait lieu le vernissage de l'exposition d'oeuvres de Cozic et de Julie Picard.

Centre d'exposition du Vieux Presbytère (15, rue des Peupliers, Saint-Bruno-de-Montarville).

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