Art autochtone: la force des traditions

Kakekew, le messager, 2014, installation d'Eruoma Awashish. Corneilles,... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Kakekew, le messager, 2014, installation d'Eruoma Awashish. Corneilles, croix de bois, ruban, dimensions variables.

PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE

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La maison de la culture Mercier présente, jusqu'au 7 février, deux expositions instructives et esthétiques sur la culture autochtone. Les oeuvres d'Eruoma Awashish explorent l'identité des Attikameks. Quant aux photos de Roland Lorente et aux textes d'Aline Saffore, ils révèlent la beauté et la grande diversité des tenues traditionnelles des pow-wow amérindiens.

Lutter contre l'assimilation sans tourner le dos à la modernité, le défi est immense pour les Amérindiens canadiens. Les artistes autochtones l'ont bien compris, eux qui perpétuent le geste et l'esprit ancestraux tout en investissant le terreau contemporain, comme on l'a constaté lors d'un grand nombre d'événements muséaux, ces dernières années au Canada.

La maison de la culture Mercier a donc eu la bonne idée d'associer le fruit du travail d'une artiste attikamek du Lac-Saint-Jean à celui de deux artistes non autochtones qui se sont penchés sur les costumes de la danse amérindienne. Deux expos qui évoquent la force des traditions et le sens de la mémoire.

Avec Reliques et passages, Eruoma Awashish parle d'elle, de sa nation... mais aussi de nous. Sa peinture et son installation sont remplies de cette richesse évocatrice qui fait la valeur de l'art autochtone. Ses oeuvres sont constituées de corneilles, cet oiseau qui effraie tant l'Occidental alors qu'il éveille et inspire l'autochtone.

Hommage aux corneilles

La corneille, chez l'Amérindien, est un messager qui met en relation humains et esprits des disparus et permet aux autochtones de grandir malgré les épreuves. L'artiste de 35 ans n'a donc jamais compris pourquoi, au Québec, on tue les corneilles. Gratuitement. Ni pour les manger ni pour s'en défendre.

Elle a donc récupéré des corps de corneilles auprès d'un chasseur et les a fait empailler. Il en ressort une installation, Kakakew, le messager, constituée de 15 corneilles dont une est en croix et «saigne». Un sacrifice sur le sens du respect de la nature.

«L'humain se croit toujours au-dessus de tout. Pourtant, nous ne sommes pas en haut d'une pyramide mais dans un cercle.»

Les régalias autochtones

Dans la salle contiguë, 30 panneaux invitent le public à rencontrer 30 autochtones: des hommes, des femmes, jeunes, moins jeunes, issus de 14 nations : abénaquise, algonquine, attikamek, crie, huronne-wendat, innue, malécite, métisse, micmaque, mohawk, oneida, adawa, ojibwée et potawatomi. 

Tous sont photographiés en train de danser lors d'un pow-wow, vêtus de leur tenue traditionnelle ou régalia. Les Québécois Roland Lorente et Aline Saffore ont travaillé pendant cinq ans pour aller rencontrer et croquer ces danseurs aux tenues d'apparat colorées, créées à leur image, reflétant leur histoire, leurs goûts, leurs racines.

Bernard Nelson, Cri ontarien, porte des cornes de bison, des fourrures, des plumes et des placages en perles dans les tons dominants de rouge et des références au loup, à l'ours et à l'aigle. Shenamen Dubé, de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, a un régalia jaune pour évoquer la couleur de cet autobus qui l'a coupée, jeune, de sa famille en l'emmenant vers un pensionnat.

Chaque autochtone a raconté aux deux artistes les raisons pour lesquelles il danse de temps en temps. Pour célébrer la vie, dit l'un. Pour guérir de sa période militaire en Afghanistan et protéger sa culture, dit un autre.

«Ils dansent pour eux et pour les autres. Ces pow-wow ne sont pas des spectacles à notre sens à nous. Il y a quelque chose de spirituel dans leurs danses et rien de folklorique.»

Les photos aux couleurs vives ont capté un instant de la danse de ces autochtones. Elles sont magnifiques. La lumière est parfaite. Il y a juste ce qu'il faut de flou pour rendre compte de l'énergie déployée par les danseurs. Le travail infographique est de grande qualité, Roland Lorente ayant même ajouté des frises dans chaque photo pour décliner graphiquement les références culturelles et personnelles des danseurs.

Cette présentation photographique de qualité donne accès à la grande diversité de la communauté autochtone canadienne et à son désir de préserver et de faire rayonner son héritage. Le vernissage de ces deux expos aura lieu samedi, à 14 h, en présence des trois artistes avec, en bonus, les chants traditionnels du groupe autochtone Buffalo Hat Singers et les danses de la danseuse Ivanie Aubin-Malo.

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Reliques et passages, d'Eruoma Awashish

Régalia, fierté autochtone, de Roland Lorente et Aline Saffore

Jusqu'au 7 février à la maison de la culture Mercier, 8105, rue Hochelaga, Montréal

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