Philanthropie dans les musées: des jeunes qui ont l'art de donner

Les jeunes philanthropes du Musée des beaux-arts de... (PHOTO TIRÉE D'UNE VIDÉO DE NINON PEDNAULT, LA PRESSE)

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Les jeunes philanthropes du Musée des beaux-arts de Montréal sont allés, le mois dernier, discuter marché d'art et collection privée à la Maison Heffel de la rue Sherbrooke Ouest. Pour en apprendre plus sur l'art de collectionner...

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L'engouement pour les arts visuels au Québec ne se dément pas depuis quelques années. Cette effervescence a des effets sur la philanthropie chez les jeunes professionnels, un phénomène récent et en plein essor dans les quatre grands musées montréalais. La Presse s'est glissée parmi ces cercles de philanthropie...

MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL: JEUNES CHAMPIONS DE LA PHILANTHROPIE

CERCLE DES JEUNES PHILANTHROPES DU MBAM

Création: 2012

400 membres

Adhésion: 250 $

Locomotive des institutions muséales, le Musée des beaux-arts de Montréal est le musée montréalais le plus apprécié des jeunes philanthropes. Avec 400 membres réunis en seulement trois ans, son Cercle des jeunes philanthropes fait l'envie de bien du monde. Et sert de modèle...

La piste «jeune philanthrope» est née en 2012 au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Un Cercle des jeunes philanthropes y a été mis sur pied à partir d'un noyau d'amateurs d'art âgés de 25 à 45 ans. Cofondateur du Cercle, Philippe d'Etcheverry en est le président depuis juillet. Avocat de 31 ans, spécialisé en litige commercial au cabinet Lavery, il a toujours eu un intérêt pour les arts mais ne fréquentait pas souvent le MBAM.

«Ce n'est pas un réflexe chez les jeunes québécois d'aller au musée, a-t-il dit à La Presse lors d'un cocktail organisé en octobre par le Cercle à la maison d'enchères Heffel. Je pense que c'est de notre responsabilité, comme jeunes, d'amener d'autres jeunes à s'impliquer.»

«Il y a de la relève en philanthropie partout à Montréal, alors on doit créer des occasions pour qu'elle s'exprime.»

Visites d'ateliers et dévernissages

Pour attirer des membres, le Cercle organise des visites d'ateliers de restauration d'oeuvres d'art, des rencontres de collectionneurs et trois dévernissages des grandes expositions du musée chaque année. Des dévernissages privés, cocktail dînatoire compris. Le Cercle fonctionne si bien que le dévernissage de l'expo sur l'atelier de Rodin, le 16 octobre dernier, affichait complet avec 500 participants!

La moyenne d'âge du Cercle tourne autour du début de la trentaine. Membre depuis l'été dernier, Dilara Buyuk a 31 ans. Elle était chez Heffel, en octobre.

«Je ne collectionne pas encore, mais je m'y prépare, dit l'employée d'IBM. J'aime bien l'art contemporain et classique, surtout la peinture et la sculpture. Et puis, le Cercle est un bon moyen de réseauter.»

Terminant une maîtrise en sciences de la gestion à HEC Montréal, Jean-Sébastien Bock est aussi membre du Cercle depuis quelques saisons. «C'est une belle implication, dit l'amateur d'art de 27 ans. Ça nous permet de voir beaucoup d'oeuvres. J'aime l'art depuis longtemps. Mon père a été collectionneur.»

«Le Cercle permet de se créer un réseau d'affaires avec des jeunes travaillant dans des secteurs diversifiés, de tous les milieux et de tous les âges. Ç'a beaucoup de valeur.»

Beaucoup de francophones

Le Cercle comprend un comité de 22 bénévoles responsables de recruter de nouveaux membres. Très prosélyte, l'organisme attire beaucoup de francophones.

«À Montréal, il y a un intérêt croissant pour l'art, mais aussi pour être partie prenante de la société, dit Philippe d'Etcheverry. Ceux qui veulent aller au-delà de nos activités peuvent faire des dons d'oeuvres, participer au Bal annuel ou au cocktail dînatoire après-Bal réservé à 100 jeunes, ce qui permet de réunir des philanthropes seniors avec des plus jeunes.»

Lors de la création du Cercle, les fondateurs avaient choisi de consacrer les fonds qu'ils recueillent aux expositions... d'art contemporain. L'an dernier, les jeunes philanthropes du Cercle ont généré 80 000 $ de profits nets.

«Cette année, ils vont récupérer 100 000 $, ce qui est plus que bien des campagnes de financement à Montréal», dit Danielle Champagne, directrice de la Fondation du MBAM.

«Ce sont des jeunes tellement investis, passionnés et créatifs. Ils ont développé un réel sentiment d'appartenance à l'égard du musée.»

L'an dernier, grâce aux contributions du Cercle, le musée a pu acheter deux oeuvres d'art contemporain lors de la foire Papier. «L'art contemporain étant plus près de leur réalité, il intéresse plus les jeunes, dit M. d'Etcheverry. On avait d'ailleurs commandité l'exposition 1+1, l'an dernier, née de la collaboration avec le Musée d'art contemporain.»

Des ambitions dépassées

En 2012, la Fondation du MBAM s'était fixé un objectif de 300 membres pour le Cercle. Le cap des 400 a été dépassé en novembre. Compte tenu de ce succès, le musée lancera ce mois-ci de nouveaux programmes d'abonnement philanthropique avec quatre nouveaux cercles dont la composition sera basée sur le profil sociodémographique et l'intérêt des gens pour telle ou telle activité.

«Aujourd'hui, les donateurs veulent plus qu'une plaque sur le mur, dit Danielle Champagne. Ils veulent sentir qu'ils font une différence dans la société ou auprès de certaines communautés tout en poursuivant leur apprentissage de l'art et en disposant de certains privilèges, comme de pouvoir rencontrer des conservateurs et des artistes...»

Le directeur du Musée d'art contemporain de Montréal,... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE) - image 2.0

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Le directeur du Musée d'art contemporain de Montréal, John Zeppetelli, discute avec le galeriste Antoine Ertaskiran lors d'une soirée du Cercle des Printemps du MAC, l'automne dernier.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

MUSÉE D'ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL: LES JEUNES ET LE PRINTEMPS DU MAC

CERCLE DES PRINTEMPS DU MAC

Création: octobre 2014

98 membres

Coût d'adhésion: 295 $

En pleine expansion depuis l'arrivée d'Alexandre Taillefer à la présidence de son conseil d'administration, le Musée d'art contemporain se développe tous azimuts, notamment en ce qui a trait à la philanthropie chez les jeunes, avec son Cercle des Printemps du MAC, créé l'an dernier.

Cadre à la Financière Sun Life, Firass Kansou a découvert l'art contemporain lors de ses voyages. Récemment, il a participé à une soirée au Musée d'art contemporain de Montréal (MAC) qui comprenait une visite guidée de l'exposition de l'artiste américaine Dana Schutz par le directeur du MAC, John Zeppetelli.

La soirée était organisée par le Cercle des Printemps du MAC, un regroupement de jeunes amateurs d'art créé en octobre 2014.

«Je suis devenu membre du Cercle après avoir vu l'oeuvre The Clock [de Christian Marclay] au printemps 2014. C'est ce qui m'a attiré au musée, et les activités du Cercle me semblaient intéressantes.»

Éducation et réseautage

De jeunes amateurs d'art qui travaillaient aux événements-bénéfices de la Fondation du MAC sont à l'origine de la création du Cercle. Celui-ci est né du succès retentissant des Printemps du MAC, soirée annuelle lancée en 2007 par un comité présidé par... Mélanie Joly, alors membre du C.A. de la Fondation.

«L'objectif était de faire vivre le musée à l'année aux 600 à 800 personnes qui viennent aux Printemps du MAC», dit Anne-Marie Barnard, responsable du marketing et de la Fondation au MAC.

Le Cercle compte actuellement 98 membres. L'adhésion coûte 295 $ et comprend l'entrée aux Printemps du MAC (175 $) et l'abonnement au musée, qui donne accès aux vernissages et aux conférences. Les membres du Cercle ont droit à une visite annuelle d'une collection institutionnelle, à des rencontres de collectionneurs et d'artistes ainsi qu'à une journée famille. 

Capital de sympathie

L'objectif du Cercle n'est pas de croître de façon démesurée. «On veut pouvoir organiser des activités pas trop grandes et intimistes», dit Christine Boivin.

Le nombre d'adhérents demeurant restreint, le Cercle n'a pas la mission de devenir un pourvoyeur de financement pour le musée.

«Notre grand levier financier, c'est la soirée des Printemps du MAC au cours de laquelle on peut accueillir jusqu'à 1100 personnes, dit la coprésidente du Cercle, Christine Boivin, qui travaille comme directrice communication et marketing à la firme de relations publiques Cohn & Wolfe. Cette année, ç'a représenté plus de 200 000 $ de profit net.»

Une somme qui illustre le capital de sympathie dont jouit le musée depuis les dernières années. «Je le vois avec mes amis: il y a un réel engouement pour l'art contemporain», dit la coprésidente du Cercle, Anna Antonopoulos, aussi vice-présidente finances au groupe hôtelier Antonopoulos.

Le succès de la philanthropie au MAC n'atteint pas encore celui du Musée des beaux-arts de Montréal, mais la Fondation du MAC affiche des résultats marquants.

«Comme l'arrivée d'Alexandre Taillefer a fait une grosse différence au musée, celle de François Dufresne à la Fondation du MAC a été majeure, dit Anne-Marie Barnard. Il a su rallier des bénévoles extraordinaires. Sous sa présidence, les revenus annuels de la Fondation sont passés de 90 000 $ à 1 million.»

Pour François Dufresne, ce résultat s'explique par un ensemble de facteurs. «Le musée est plus populaire, dit-il. On en parle plus, les gens s'intéressent plus à l'art contemporain, la Fondation a organisé de belles fêtes ces dernières années et cela attire des gens qui se rendent compte que c'est excitant, l'art contemporain.»

L'artiste de rue montréalais WHATISADAM a effectué un... (PHOTO ELIAS TOUIL, FOURNIE PAR LE MUSÉE MCCORD) - image 3.0

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L'artiste de rue montréalais WHATISADAM a effectué un collage inspiré des oeuvres de Vittorio Fiorucci et conviait des participants à prendre part à la réalisation de cette fresque, lors de la soirée 5 à 9 au McCord, le 25 octobre dernier.

PHOTO ELIAS TOUIL, FOURNIE PAR LE MUSÉE MCCORD

MUSÉE MCCORD: JEUNES DONATEURS POUR UN MONDE MEILLEUR

CERCLE DU JEUNE MCCORD

Création: 2012

50 membres

Coût: 250 $

Depuis sa constitution officielle en 2012, la Fondation du musée McCord fortifie l'existence financière du musée de la rue Sherbrooke en générant le tiers de son budget. Mais la création simultanée du Cercle du Jeune McCord a apporté une nouvelle énergie à la philanthropie du musée, a constaté La Presse.

Le mois dernier, le musée McCord organisait une de ses soirées 5 à 9 au McCord. Quelque 900 participants étaient présents, dont des amis du musée, de jeunes professionnels et des amateurs d'art contactés par l'entremise des réseaux sociaux.

Ils étaient venus visiter l'exposition sur l'affichiste Vittorio Fiorucci, assister à des performances en direct des artistes urbains Tava et Whatisadam, découvrir les techniques de la sérigraphie, écouter de la musique, déguster des bouchées et boire un verre entre amis.

À une table, de jeunes professionnels faisaient la promotion d'une collecte de fonds en faveur du musée. Regroupés en 2012 dans le Conseil du Jeune McCord (qui comprend 14 membres), ces bénévoles essaient aussi, dans leurs temps libres, d'attirer de jeunes donateurs au sein du Cercle du Jeune McCord, qui comprend 50 jeunes professionnels.

Les avantages de donner

L'adhésion au Cercle coûte 250 $ et donne droit à l'entrée au musée, aux vernissages VIP des expositions, au Bal sucré annuel (réservé aux jeunes professionnels), aux soirées 5 à 9 au McCord, à une soirée avec les conservateurs du musée et à d'autres avantages, comme un accès gratuit à 650 lieux culturels en Amérique du Nord. 

«La porte d'entrée de la philanthropie au musée McCord a longtemps été d'être ami du musée, dit Nathalie Lévesque, directrice de la Fondation du musée McCord. Puis, on a développé le Groupe du Jeune McCord pour les jeunes de 18 à 40 ans, qui peuvent aussi faire partie du Conseil du Jeune McCord et, en tant que donateurs, du Cercle du Jeune McCord.»

La Fondation du musée McCord finance des expos, des programmes éducatifs, des résidences d'artistes et des rénovations. Elle gère une dotation qui permet de planifier des projets à long terme, par exemple le déménagement futur du musée.

Rajeunir la clientèle

«On a environ 2000 amis du musée alors qu'on n'en avait que 500 il y a quatre ans, dont la majorité avait plus de 70 ans, dit Pascale Grignon, directrice marketing et communications au musée McCord. On essaie donc de fidéliser une clientèle et de s'attacher un petit groupe de jeunes très impliqués qui vont aller chercher d'autres jeunes influenceurs et qui vont prendre l'habitude de venir au musée.»

Responsable des communications et du marketing au cabinet d'avocats Borden Ladner Gervais, Stéphanie Berthiaume est une de ces jeunes professionnels qui font du bénévolat pour le musée. «Je me suis impliquée car je me suis rendu compte que l'histoire sociale de Montréal était méconnue et qu'elle devait bénéficier d'un meilleur rayonnement auprès des jeunes professionnels», dit-elle.

«Au-delà même de la mission du musée, notre rôle est aussi de porter une identité et d'essayer de valoriser un patrimoine historique commun.» - Adèle Lasne, responsable du Conseil du Jeune McCord

Une campagne réussie

À l'automne, le Conseil a lancé une campagne de sociofinancement sur l'internet qui visait à amasser 10 000 $ pour permettre à des jeunes de milieux défavorisés de visiter le musée avec leur école.

«L'engouement a dépassé nos espérances, dit Adèle Lasne. On se rend compte qu'on a un réseau qui peut vraiment servir de levier. Et les gens voient où s'en va leur argent.»

Donner, c'est une chose, mais Stéphanie Berthiaume a l'impression que l'élan de philanthropie des jeunes professionnels va au-delà du désir d'aider un musée qu'on aime. «Les musées montréalais, je ne crois pas qu'on se concurrence entre nous en ce qui concerne la philanthropie, dit-elle. Je crois qu'on essaie plutôt tous de contribuer à créer un monde meilleur.»

GénérationsCité organisait le mois dernier à Pointe-à-Callière une... (PHOTO GABRIEL PROVOST, FOURNIE PAR LE MUSÉE POINTE-À-CALLIÈRE) - image 4.0

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GénérationsCité organisait le mois dernier à Pointe-à-Callière une conférence de l'architecte Dan S. Hanganu dans l'amphithéâtre du musée.

PHOTO GABRIEL PROVOST, FOURNIE PAR LE MUSÉE POINTE-À-CALLIÈRE

MUSÉE POINTE-À-CALLIÈRE: LES PREMIERS PAS DE GÉNÉRATIONSCITÉ

GÉNÉRATIONSCITÉ

Création: 2014

Pas de membres encore

Dernier musée du quatuor montréalais à se doter (en juin 2014) d'une structure de philanthropie destinée aux jeunes, Pointe-à-Callière n'a pas encore transformé son GénérationsCité en cercle de philanthropie, mais ça ne saurait tarder.

À peine créé, le musée Pointe-à-Callière s'était doté, en 1993, d'une solide fondation philanthropique. Comprenant aujourd'hui environ 2000 membres, la Fondation Pointe-à-Callière engrange des fonds par des dons réguliers et des activités récurrentes destinées aux gens d'affaires, comme le souper du Club des bâtisseurs au printemps et la Soirée des mécènes à l'automne.

Une importante campagne de financement de deux ans, qui a pris fin récemment, a permis à la Fondation de recueillir 13 millions, qui serviront au développement de la Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal. De la Fondation est née, en 2014, GénérationsCité.

«Au début, on était un comité organisateur formé d'une douzaine de personnes du milieu des affaires, des comptables, des avocats, des gens du secteur des communications, dit Karine Desrochers, présidente du comité organisateur et comptable chez Raymond Chabot Grant Thornton. On s'est donné la mission d'élargir la clientèle du musée sans pour autant définir une catégorie d'âge, même si, au comité, on est des jeunes entre 25 et 35 ans.»

Depuis sa création, GénérationsCité organise des activités chez des «partenaires» du musée. Cette année, les membres de GénérationsCité ont visité les locaux de Moment Factory et il y a eu des visites guidées des expositions Les Grecs et Les Aztèques.

Des membres donateurs d'ici deux ans

L'organisme n'enregistre pas encore officiellement des membres dont l'argent irait directement au fonctionnement de l'institution, comme le font les trois autres musées. Actuellement, GénérationsCité attire des sympathisants parmi une liste de 350 personnes qui participent aux activités sans en être membres officiels.

«On a mis notre énergie sur notre campagne de financement et sur les dons planifiés à long terme qu'on présentera l'an prochain, donc on ne pouvait pas tout faire en même temps», dit la directrice du musée d'archéologie et d'histoire, Francine Lelièvre.

«Il fallait commencer par fidéliser les gens et développer un réseau. Je pense que GénérationsCité aura des membres donateurs d'ici deux ans.»

Responsable des communications à l'hôtel de ville de Saint-Lambert, Catherine Langevin s'est jointe à GénérationsCité à l'automne 2013 pour préparer l'envol de l'organisme en juin 2014.

«J'ai embarqué, car j'aime beaucoup le musée, dit-elle. Je voulais être archéologue quand j'étais jeune. GénérationsCité me permet de découvrir un milieu complètement différent de mon travail, de rencontrer des gens et de promouvoir une bonne cause. Et puis, c'était le bon moment pour m'impliquer avec Objectif 2017, ce développement fantastique de la Cité d'archéologie qui rassemblera les bâtiments, tous connectés par le collecteur William.»

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