La photo contemporaine se confronte à Claude Monet

Giverny est l'un des lieux les plus photographiés... (PHOTO ARCHIVES AFP)

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Giverny est l'un des lieux les plus photographiés du monde.

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Isabel Malsang
Agence France-Presse
Giverny

Comment sortir des clichés avec des clichés? À Giverny, au nord-ouest de Paris, près des jardins qui ont inspiré les nymphéas du père de l'Impressionnisme Claude Monet, cinq artistes contemporains donnent jusqu'au 1er novembre leur vision de l'un des lieux les plus photographiés du monde.

Photographier Giverny, c'est facile: même un téléphone cellulaire permet des vues réussies. Les jours sans soleil, les saules pleureurs et les glycines se reflètent dans le miroir des étangs de la propriété du peintre située dans l'Eure à une heure de Paris, qui reçoit plus de 500 000 visiteurs du monde entier chaque année.

Aussi lorsque cinq artistes contemporains, l'Allemand Elger Esser, l'Américain Stephen Shore, le Britannique Darren Almond, et les deux Français Henri Foucault et Bernard Plossu confrontent Monet pour montrer leur vision photographique de Giverny, la tâche relèverait presque du défi.

La commissaire de l'exposition du musée des Impressionnismes de Giverny, Jeanne Fouchet-Nahas, indique avoir choisi cinq «visions» très différentes d'un jardin aussi célèbre au Japon qu'aux États-Unis pour une «mise en abyme».

Chacun des artistes a aussi choisi une technique de photo ou de tirage héritée de l'histoire de la photographie, la chambre grand ou moyen format, le photogramme, l'héliogravure, le charbon Fresson, voire l'exposition à la lune.

Des expériences photographiques pour tenter de dompter la lumière chère aux impressionnistes, ou de «capter» sa «fluidité», selon l'expression de Mme Fouchet-Nahas.

Talc

Les photos les plus anciennes exposées datent de 1977, lorsque l'Américain Stephen Shore - invité vedette des rencontres de la photographie d'Arles 2015 - fut envoyé immortaliser les jardins de Monet tout juste rénovés et pas encore ouverts au public (en 1980), pour le compte du Metropolitan Museum de New York.

Faussement ordinaires, précises et documentaires, elles n'avaient jamais été montrées en France.

Pour l'amoureux des lieux qu'est le photographe Bernard Plossu, l'idée était de transmettre leur «atmosphère».

Ses clichés hivernaux dégagent une douce tristesse, et le tirage «charbon fresson» recouvre l'ensemble d'un voile de talc duveteux, presque familier, rassurant, comme une photo de jardin d'enfance oubliée qu'on retrouverait dans une malle de famille.

L'Allemand Elger Esser a choisi d'aller à Giverny la nuit pour une série de Nocturnes originaux traversés de reflets dorés ou vert d'eau, de lune ou d'étoiles filantes.

Clichés nocturnes aussi pour le photographe, sculpteur et vidéaste britannique Darren Almond, mais plus romantiques, orientés sur le détail et la lumière de l'aube, avec des bleutés fondus, des rosés délicats, des pistils, pétales, et tiges en gros plans, ou un éparpillement de roses anciennes à l'aube.

Le travail du dernier artiste exposé, Henri Foucault, tranche avec l'ensemble. Les vibrations de la lumière sont comme figées sur 22 photogrammes de fleurs, herbes et feuilles du jardin.

Exposés quelques millisecondes à la lumière et révélés en noir et blanc sur papier photo, ils composent une sorte d'herbier d'empreintes végétales lumineuses.

Comme un Gherard Richter ayant totalement absorbé et digéré les Nymphéas peints par Monet, Henri Foucault revisite aussi l'hypnotisme des étangs eux-mêmes, avec un grand format abstrait Deep Blue qui rassemble eau, air et lumière, grâce à l'utilisation de milliers de cristaux scintillants.

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