Virée des galeries: Pierre-Yves Girard et Raphaëlle de Groot

Tracé vers l'Estaque, 2015, huile sur toile, 94... (Photo: fournie par la Galerie d'Este)

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Tracé vers l'Estaque, 2015, huile sur toile, 94 cm X 84 cm.

Photo: fournie par la Galerie d'Este

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La Presse

(Éric Clément et Mario Cloutier) Quelles sont les expositions à voir? Nos critiques en arts visuels proposent une tournée montréalaise de galeries et de centres d'artistes. À vos cimaises!

Croiser des espèces picturales

La Presse avait découvert Pierre-Yves Girard l'an dernier, lors de l'exposition collective Projet HoMa II - Les espaces réciproques. Il proposait alors des oeuvres impressionnantes de lyrisme à la maison de la culture Maisonneuve. L'artiste de 32 ans est de retour avec sa deuxième expo solo, La ligne empreinte la courbe, à la Galerie D'Este.

Travaillant avec de l'huile qu'il dilue plus ou moins, Pierre-Yves Girard a découvert que le coeur de sa démarche se trouvait dans sa manière d'utiliser sa peinture. Par exemple, en utilisant un compresseur à air. Ou en donnant à ses coups de pinceau un mouvement de balayage plutôt qu'un autre. Du coup, il a développé un vocabulaire expressif constitué d'«espèces picturales», déclinant des styles différents un peu à l'image de l'arbre phylogénétique de Darwin.

Quand Girard a découvert une façon de faire, il s'est aperçu que deux autres façons naissaient de celle-ci. Et ainsi de suite. Il s'est alors mis à combiner ses «espèces» pour en créer d'autres. Comme un généticien.

«Je découvre toujours. Je cherche à me surprendre, à faire apparaître des choses, à écouter le langage de la peinture. Un peu comme une relation avec quelqu'un d'autre. Si tu lui dis trop quoi faire, si tu le contrôles trop, il va faire ce que tu dis mais ne fera pas plus. Il faut donc trouver un équilibre.»

Lors de sa première expo solo, Le palabre des lames, en 2013, le diplômé de l'UQAM avait présenté l'éventail de ses espèces picturales. Cette fois-ci, il propose de nouvelles oeuvres où il a combiné deux espèces seulement et ajouté une initiative technique. L'artiste a en effet mis au point un nouvel outil qui lui permet de composer de grandes oeuvres en contrôlant davantage les effets qu'il souhaite voir apparaître sur ses toiles couvertes de gesso.

Univers fantastique

Cela donne des oeuvres d'une grande variété, avec des formes qui semblent vivre devant nos yeux, un univers fantastique de courbes, d'ombres et de lumières. Une lumière qui naît souvent naturellement des espaces laissés libres de peinture, comme dans son oeuvre Ménisque noir. Tandis que les sous-couches de peinture superposées (qu'il appelle «les fantômes») donnent une puissance d'expression narrative assez phénoménale.

Du coup, sa démarche abstraite ouvre de grandes portes pour laisser voguer l'imagination. L'amateur de science-fiction et d'univers fantastiques retrouvera une certaine familiarité dans les oeuvres de Pierre-Yves Girard. Ironique, alors qu'il est plutôt détaché du numérique et de la vidéo. «Pour moi, il y a une faiblesse dans la surexactitude du numérique, dit-il. On peut tout enregistrer, mais le potentiel de la matière, il est où ? À la main, on trouve des variations.»

Des variations, il y en a dans Accoudé silurien, une toile mystérieuse à l'atmosphère spéléologique, tout comme avec ses couches phréatiques dans La stratégie de la soif. Dans Austénite/Cisaillement 01, l'échelle est différente: on passe de la grotte à la cristallographie.

Le géophysicien trouvera son compte avec l'oeuvre Dorsale thixotrope. Même s'il y est plutôt question de viscosité, on y distingue les variations d'un relevé sismique dans une ambiance de caverne souterraine.

Ses oeuvres sont riches d'évocations, toujours singulières, jamais répétitives. Inspiré par Riopelle et Marcelle Ferron, Pierre-Yves Girard l'est surtout par ses propres interrogations et son goût de la découverte. Cela ne l'empêche pas de craindre de se répéter, une fois qu'il aura testé tous les croisements de ses «espèces».

«J'ai peur d'arriver à un moment où j'aurai fait le tour, dit-il. C'est pour ça que je me donne des périodes de six à huit mois intenses suivies de périodes de quatre mois pendant lesquelles je ne fais rien du tout! Cela dit, quand je regarde toutes les possibilités que j'ai d'associer mes espèces, je me dis que c'est assez riche et que je n'aurai peut-être jamais fini de chercher.»

On retrouvera Pierre-Yves Girard à l'automne alors qu'il présentera sa troisième expo solo à la maison de la culture Frontenac. Avec des surprises quant à l'utilisation d'autres techniques...

PIERRE-YVES GIRARD EN QUELQUES MOTS

Né en 1982 à Chicoutimi.

Vit et travaille à Montréal.

Diplômé de l'UQAM.

Membre du Centre Clark depuis 2006.

Avril 2013: première expo solo.

Collectionné par Loto-Québec et des collections privées.

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À la Galerie D'Este (4396, boulevard Saint-Laurent) jusqu'au 26 avril.

Raphaëlle de Groot laisse les objets s'exprimer dams... (Photo: Alain Roberge, La Presse) - image 2.0

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Raphaëlle de Groot laisse les objets s'exprimer dams sa nouvelle exposition Les minutes.

Photo: Alain Roberge, La Presse

Objets à musée

Raphaëlle de Groot donne vie aux objets et les laisse s'exprimer dans sa nouvelle exposition, conceptuelle et ludique, intitulée Les minutes.

Conservatrice, collectionneuse, dessinatrice cinéaste, journaliste. Raphaëlle de Groot joue tous les rôles dans son exposition chez Graff en prêtant l'oeil et l'oreille à ce que vivent et disent les objets.

L'exposition Les minutes s'inscrit dans son projet Rencontres au sommet qui se poursuivra à Windsor à l'automne et se terminera à Québec en 2016. 

Et si, dans cette vie si matérielle qu'est la nôtre, on ne jetait plus les objets? s'est demandé l'artiste au départ de ce long processus créatif. Les objets qu'elle collectionne depuis 2009, provenant d'individus et d'institutions muséales de par le monde, entrent en contact les uns avec les autres et décident de s'organiser. 

«J'ai invité les gens à se départir d'objets qui ne faisaient plus partie de leur vie, mais dont, pour une raison inavouée ou mystérieuse, ils n'arrivaient pas à se défaire. Des objets qui ont un poids. Ensemble, ils font un sommet et doivent décider de leur avenir.»

L'artiste dresse un procès-verbal de ces rencontres entre objets. Avec des pochoirs, elles les dessinent à la suie sur du carton comme si les objets voulaient laisser une trace. 

Sur l'autre mur, face à ces «minutes», des bribes de témoignages en provenance des musées ou des humains qui ont possédé ces objets auparavant. 

«Je suis aussi allé voir dans les musées ce qui correspond aux fonds d'armoires, ce qui tombe dans les craques du plancher. J'ai établi des liens, par exemple, entre un dragon made in China et un dragon d'un artiste inconnu provenant du musée de Windsor.»

Une vidéo d'animation et un documentaire montrant les objets et les étapes précédentes du projet Rencontres au sommet sont également diffusés.

Marqués par les émotions

Les objets auraient-ils une vie propre, par-delà celle que leur confèrent nos émotions et nos souvenirs? Même après avoir été mis de côté, ils peuvent revenir à l'avant-plan et «exister» de nouveau. 

«C'est moi qui ai sorti les objets des placards, mais les objets doivent décider eux-mêmes ce qu'ils vont faire. C'est certain que je suis toujours là derrière. Je joue le jeu.»

Elle n'est pas la seule. Un des artefacts, amalgame de plusieurs objets disparates faisant partie de sa collection dans son propre «musée», a même été acheté par un collectionneur. 

On assiste donc à une joute amusante entre le pouvoir de l'être humain de tout s'approprier et un sentiment de laisser les objets vivre à travers leur pouvoir d'évocation. 

«Ça crée une tension non résolue. Quand je commence un projet, je ne sais jamais comment ça va finir. Je suis dans la recherche de sens.»

Même s'il s'agit d'objets, ils ont un passé, une histoire et portent parfois les marques des émotions de leur propriétaire. Écoutons-les, nous dit Raphaëlle de Groot.

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À la galerie Graff (963, rue Rachel Est), jusqu'au 16 mai. Consultez le site de la galerie http://www.graff.ca/galerie/accueil.html

Les autres expos à voir

SOPHIE JODOIN

Des lieux que l'on pourrait connaître ou reconnaître, ou pas. Sophie Jodoin joue toujours habilement du noir et du blanc. Et du gris. Dans cet entre-deux, elle se glisse et nous fait rêver en noir et blanc. Un récit est possible, imaginable. C'est à nous de l'écrire en plongeant dans le vide.

À la galerie Battat Contemporary (7245, Alexandra, #100), jusqu'au 30 mai.

SARAH NIND

Avec Musique de film, l'artiste torontoise Sarah Nind nous propose une relecture de l'imagerie des films de Disney en utilisant des codes-barres. Quitte à être très «politiquement incorrects», ses montages donnent à voir une palette luxuriante, à des années-lumière de la fiction rose bonbon du Roi lion.

À la galerie Youn (5226, boulevard Saint-Laurent), jusqu'au 10 mai.

PRIX SOBEY

La liste préliminaire du Prix Sobey 2015 a été dévoilée cette semaine. Les Québécois Sophie Bélair Clément, Yannick Desranleau & Chloe Lum (Seripop), Jacqueline Huang Nguyen, Allison Katz et Jon Rafman ont été mis en candidature cette année. Remporté par Nadia Myre en 2014, le prix Sobey, d'une valeur de 50 000 $, sera remis au mois d'octobre et les finalistes seront connus le 3 juin.

BOURSES EN ARTS NUMÉRIQUES

ARTV a annoncé que les lauréats du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal, Michel Lemieux et Victor Pilon, présideront le jury des 2es Bourses en art numérique. D'une valeur de 5000 $, ces bourses permettent à quatre artistes d'exposer des oeuvres interactives à l'ARTV Studio, situé à la Place des Arts. Les artistes ont jusqu'au 5 mai pour soumettre leur candidature.

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