Biennale de Montréal: bilan positif... mais peut mieux faire

Le président du Musée d'art contemporain, Alexandre Taillefer... (Photo: Alain Roberge, archives La Presse)

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Le président du Musée d'art contemporain, Alexandre Taillefer

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La Biennale de Montréal est officiellement terminée depuis samedi. Encadré par la directrice Sylvie Fortin, l'événement a accueilli 60 000 personnes et connu un certain retentissement international. Son bilan est positif, malgré quelques critiques, dont celles des artistes Isabelle Hayeur et Nicolas Baier.

Pas le temps de souffler. À peine la Biennale terminée, Sylvie Fortin doit gérer le démontage partiel de l'exposition présentée au Musée d'art contemporain (MAC).

En effet, les 21 oeuvres de la partie sud du premier étage du musée seront encore exposées jusqu'au 8 février. Amateurs de Nicolas Baier, Thomas Hirschhorn, Ryan Gander, Susan Turcot ou Jacqueline Hoang Nguyen, il vous reste un mois! Et l'entrée est à moitié prix... Cela dit, l'heure est au bilan pour cette biennale qui a accueilli 50 artistes d'arts visuels (dont 68% de l'extérieur du Québec) sur le thème de L'avenir (looking forward).

Sylvie Fortin se dit comblée. «Le magazine Canadian Art a confirmé qu'on était l'exposition la plus importante de l'année au Canada, et Art in America a dit que la Biennale est maintenant du même calibre que les autres biennales internationales. C'est énorme!»

Mme Fortin est heureuse de constater que quelque 200 articles et mentions dans les médias ont été comptabilisés au Québec et autant à l'étranger. Satisfaite de la fréquentation, elle l'est aussi du calibre de ces agapes contemporaines.

«On n'était pas capable de savoir si les oeuvres provenaient d'un artiste local ou international. Ça, c'est le grand succès. Et puis, il y avait une grande richesse de propos.»

Michèle Thériault, directrice de la galerie Leonard&Bina Ellen, partage ce constat. «Cette biennale avait plus d'envergure que les précédentes. Elle se tenait. J'ai fait de belles découvertes, comme Susan Norrie et Nicolas Grenier, et il y avait un bon mélange de générations.»

Organisateur des sept premières éditions de la Biennale de Montréal, Claude Gosselin avait encore un pied dans celle-ci, via son Centre international d'art contemporain de Montréal. Le CIAC avait en effet choisi deux des quatre commissaires de cette édition. Il a trouvé l'événement «exigeant».

«Le thème était parfois difficile à suivre, dit-il. C'était dense, très conceptuel. Beaucoup d'oeuvres exigeaient beaucoup de temps pour les regarder et y réfléchir. Un grand nombre d'entre elles étaient en anglais avec des traductions pas toujours adéquates. Et il manquait parfois des cartels ou des indications, comme à la gare Centrale ou au Quartier de l'innovation.»

Un travail cérébral

Le président du conseil d'administration du MAC, Alexandre Taillefer, a apprécié BNLMTL.

«C'était un travail très cérébral qui tranchait avec les autres biennales et triennales, dit-il. Sylvie Fortin a fait toute une job auprès des médias internationaux: la couverture médiatique a été exceptionnelle. C'est encourageant pour la prochaine édition.»

M. Taillefer estime toutefois qu'il faudra faire plus de promotion locale dans deux ans. «En matière de notoriété, la Biennale n'est pas à la même place que les autres grands festivals montréalais. Mais c'est quand même un départ incroyable de cette équipe, même si c'est en deçà de nos attentes.»

Le partenariat entre la Biennale et le MAC va se poursuivre. «C'est un beau partenariat, dit Sylvie Fortin. Mais il faudra ouvrir plus largement la collaboration avec les autres entités, comme cette fois-ci avec la Fonderie Darling et Vox, notamment. Pour que tout le milieu de l'art puisse briller.»

Le MAC et BNLMTL procéderont bientôt à une analyse de cette première association en vue d'améliorer certains aspects. Le marketing et les communications seront évoqués, de même que l'intégration du directeur du MAC, John Zeppetelli, dans la direction artistique de l'événement, en collégialité avec Sylvie Fortin. «Ils devraient bien travailler ensemble», dit Alexandre Taillefer.

«On a dépassé les attentes, donc bravo, mais, en même temps, on peut mieux faire, ajoute Sylvie Fortin. C'est une lancée sur trois éditions, donc, pour atteindre notre objectif, il y a plein de choses qui doivent se passer entre maintenant et la deuxième édition.»

Sylvie Fortin espère annoncer d'ici la fin d'avril le ou les commissaires qui définiront l'essence artistique de la Biennale 2016.

Amertume chez Isabelle Hayeur et Nicolas Baier

La Biennale de Montréal n'aura pas fait que des heureux chez les artistes. Isabelle Hayeur, qui a vu son oeuvre Murs aveugles retirée à la suite d'une plainte, réclame un dédommagement. Et Nicolas Baier, en colère malgré son Prix du public, estime que les artistes québécois ont été «traités comme de la schnoutte».

Commandée par la Biennale et présentée en partenariat avec le Quartier des spectacles, Murs aveugles, d'Isabelle Hayeur, avait été annoncée comme un des plats de résistance de BNLMTL. 

Projetée sur l'édifice voisin de la station de métro Saint-Laurent, l'oeuvre créée à partir de photos du mouvement Occupons Montréal a été retirée le 22 octobre dernier à la suite d'une plainte de la propriétaire de l'édifice. La situation a laissé l'artiste de 45 ans très amère.

Isabelle Hayeur estime que cette affaire n'est toujours pas réglée. Le mois dernier, l'artiste  a envoyé une lettre aux administrateurs de la Biennale de Montréal. 

«En 18 ans de carrière, je n'ai jamais vécu une situation pareille, y écrit-elle. 

«Les organisations avec lesquelles j'ai travaillé ont toujours fait ce genre de vérifications au préalable et ce n'est pas si long ni très compliqué. Le Mois de la photo le fait chaque fois qu'il présente un projet public. Sylvie Fortin [directrice générale et artistique de BNLMTL 2014] ne semble pas réaliser qu'il s'agit simplement d'une procédure normale.»

Mme Fortin a dit hier à La Presse que des discussions étaient en cours. «On est derrière Isabelle et on essaie de trouver une solution réaliste, respectueuse et faisable.»

Isabelle Hayeur n'a toutefois que des fleurs à adresser au Musée d'art contemporain. «J'avais aussi des oeuvres présentées au MAC et ça s'est très bien passé. Ils sont très professionnels. J'ai aussi beaucoup aimé travailler avec les commissaires de la Biennale qui a bénéficié des infrastructures et de l'expertise du MAC. C'est ce qui a fait la différence, à mon avis.»

Baier en colère

Nicolas Baier n'est pas tendre non plus à l'égard de la Biennale. L'artiste, qui a gagné le prix Coup de coeur du public, a un avis «mitigé» sur l'événement.

«J'ai l'impression d'avoir gagné ce prix par défaut, dit-il. Peu d'oeuvres parlaient d'autre chose que de l'actualité. L'art doit aller au-delà de l'actualité, sinon, dans 20 ans, ce sera complètement suranné. Et puis, les organisateurs de la Biennale n'en avaient que pour les artistes étrangers. Les artistes locaux, on a été traités comme de la schnoutte.»

Nicolas Baier affirme qu'on a essayé de «tasser» son oeuvre en acier inoxydable Eternity, finalement exposée au MAC, en l'envoyant au centre d'art L'Arsenal, où il expose d'habitude.

«Il a fallu que je fasse des pressions pour être dans le musée, dit-il. Sylvie Fortin et Lesley Johnstone [une des commissaires de la Biennale] se foutent complètement des artistes d'ici. Tu peux l'écrire. Je suis tanné de ça, tu n'as aucune idée. Ça s'exclame devant le moindre artiste qui arrive de Belgrade ou d'ailleurs et nous, on nous met là parce qu'on est obligé. Comme avec les radios et leur contenu local obligatoire.»

«On n'est pas des bouche-trous! On travaille pour toucher les gens et pour qu'ils réfléchissent!»

Sylvie Fortin a affirmé hier ne pas être au courant de cette situation. «On a essayé de trouver un meilleur lieu pour Nicolas, mais ça n'a pas fonctionné avec le propriétaire de l'endroit.»

«Depuis mon arrivée au MAC, j'ai toujours encouragé les artistes québécois, alors je suis très déçue et blessée par ce que dit Nicolas, ajoute la conservatrice Lesley Johnstone. Les artistes québécois ont été bien présentés. Nicolas a eu un grand espace pour son oeuvre magnifique. J'ai eu des remerciements de tout le monde.»

«Je trouve que c'est injuste, car on a choisi des artistes québécois peu exposés auparavant, comme Nicolas Grenier ou encore Étienne Tremblay-Tardif. Regardez l'espace qu'on a donné à Étienne!»

Sur 50 exposants, 16 étaient Québécois ou travaillent au Québec, précise Sylvie Fortin.

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