Un chef-d'oeuvre de Courbet restauré sous l'oeil du public

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L'atelier du peintre de Gustave Courbet

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Antoine Froidefond
Agence France-Presse

Derrière une enceinte vitrée, les experts préparent leurs solvants sous l'oeil perplexe d'un groupe de touristes chinois: depuis mardi, les visiteurs du musée d'Orsay à Paris peuvent observer la restauration du chef d'oeuvre monumental de Gustave Courbet, L'atelier du peintre.

Peinte entre 1854 et 1855, cette toile aux dimensions impressionnantes (5,98 m sur 3,61 m) a beaucoup souffert: ses multiples déplacements, depuis sa présentation dans le «Pavillon du réalisme» édifié par Courbet sur le site de l'exposition universelle à Paris, ont provoqué d'importantes altérations.

Oeuvre énigmatique, à l'instar de son sous-titre «Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique et morale», L'atelier du peintre est divisée en trois parties.

À droite, les amis de l'artiste français - dont le théoricien anarchiste Proudhon et le poète Baudelaire -, à gauche «l'autre monde de la vie triviale», en fait des «types» sociaux - mendiante, curé, juif... et sans doute un portrait de Napoléon en braconnier.

Au centre, au côté d'une femme nue, Courbet en train de peindre un paysage dans un geste rappelant celui de Dieu sur le plafond de la Chapelle Sixtine.

«Courbet a voulu que la composition soit mytérieuse et cette complexité entraîne aussi une complexité de la restauration», souligne Isolde Pludermacher, conservatrice au Musée d'Orsay.

La toile a déjà connu plusieurs restaurations, mais après un diagnostic complet les spécialistes ont jugé qu'«elles n'étaient pas suffisantes pour la sécurité à long terme», explique Isabelle Cahn, conservateur en chef des peintures.

Roulée plusieurs fois pour être transportée à Bordeaux en 1865, puis à Vienne en 1873, la toile est vendue ensuite à un restaurateur d'art, puis à un collectionneur, avant d'être acquise par le Louvre où elle sera victime d'une fuite d'eau.

Un an de travail

Très abimée sur ses bords, l'oeuvre présente en outre des soulèvements de la couche picturale et des vernis devenus jaunâtres et vitreux. Elle est d'autant plus fragile qu'elle est composée d'un assemblage de sept lés de toile.

«Je devinais que cette restauration provoquerait des polémiques et que le fait de la faire en public derrière des baies vitrées faciliterait sa mise en route», a dit à l'AFP Guy Cogeval, président du musée.

La restauration, entamée le 24 novembre, a démarré par des «tests visant à déterminer le degré d'allégement du vernis» avant de passer au refixage de la couche picturale, selon Cécile Bringuier, dont le cabinet spécialisé a remporté l'appel d'offres.

Ce n'est pas la première restauration en public au Musée d'Orsay (3,5 millions de visiteurs en 2013) mais elle est inédite par son ampleur et la notoriété de l'oeuvre.

«Courbet a beaucoup changé, rectifié, il a réemployé des toiles déjà peintes, il y a beacoup de va et vient dans sa technique», a indiqué Isolde Pludermacher.

Les restaurateurs pourront s'appuyer sur la radiographie du tableau réalisée en 1977 et numérisée par le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF). Une équipe de douze personnes va travailler pendant un an sous le regard du public et la vigilance du comité scientifique constitué à cette occasion.

Coût de l'opération: 600 000 euros. Une somme dont la moitié est fournie par le mécénat et pour laquelle le musée d'Orsay a lancé sa première opération de financement participatif sur la plateforme internet ulule.com/courbet (jusqu'au 19 décembre).

Près de 100 000 euros ont déjà été amassés auprès de 1000 donateurs, un nouveau public peu habitué du musée. La moyenne des dons se situe entre 30 et 60 euros. Après L'atelier du peintre, Guy Cogeval ne veut pas s'arrêter en si bon chemin. «Je pense qu'il faudra restaurer Un enterrement à Ornans, l'autre toile monumentale de Courbet», exposée dans la même salle. «On restaure chaque année à Orsay quelque 500 oeuvres», a-t-il rappelé.

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