Adrian Paci et Collages: recoller les morceaux

Dans l'oeuvre Home to Go (2001), l'artiste Adrian... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Dans l'oeuvre Home to Go (2001), l'artiste Adrian Paci s'est représenté courbé, les mains agrippées à des cordages retenant un morceau de toit sur son dos.

Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse

Ragaillardi par le lancement officiel des études sur son futur agrandissement, le Musée d'art contemporain de Montréal présente dès aujourd'hui un combiné d'expositions portant sur les thèmes de l'identité, de l'humanité et du cycle de la vie avec, en vedette, les oeuvres et installations vidéographiques de l'artiste européen Adrian Paci.

Artiste né en Albanie qui vit en Italie depuis 1997, Adrian Paci explore les questions de l'immigration et de l'identité. Adrian Paci: vies en transit propose donc une rencontre avec le travail d'un artiste qui recolle des segments de sa vie et de ses racines tout en y greffant de nouveaux rameaux.

Coproduite avec le musée du Jeu de Paume, à Paris, l'exposition comprend l'oeuvre majeure et symbolique Home to Go (2001), une sculpture en plâtre présentée au MOMA PS1, à New York, et qui a fait la renommée internationale de Paci. Il s'est représenté presque nu, courbé, la tête inclinée vers le sol et les mains agrippant des cordages qui retiennent un morceau de toit qu'il porte sur son dos. Ces tuiles méditerranéennes en V qui ressemblent à des ailes évoquent l'immigrant en mouvement qui recherche un lieu de repos et de liberté tout en étant ailleurs dans sa tête. Sisyphe adapté à l'errance.

«J'imaginais le toit comme un signe de stabilité et de protection, mais le placer ainsi fait penser à des ailes qu'on porte, d'où une contradiction entre la sédentarité et la migration», expliquait, hier, l'artiste de 44 ans, lors d'une visite de presse.

Films

La commissaire de l'exposition, Marie Fraser, a sélectionné le film The Encounter, qui correspond à une performance qu'Adrian Paci a réalisée en Sicile sur le parvis d'une église. Il y avait rencontré des centaines de personnes venues lui serrer la main.

«Donner une poignée de main pour dire bonjour, se souhaiter la paix, exprimer une entente ou lors de cérémonies comme un mariage ou un enterrement, c'est une sorte de rituel dans lequel on n'exprime finalement que le fait de se rencontrer», dit-il.

Parmi les autres films, notons Vajtojca dans lequel l'artiste a orchestré les lamentations d'une pleureuse qui honore sa propre mort et Last Gestures, une préparation à un mariage qui fait penser à de vieux tableaux classiques. La mariée albanaise a l'air accablée par la solennité du moment.

«C'est un mélange de tendresse et de violence, dit Adrian Paci. C'est comme si elle était en train de mourir en tant qu'enfant et qu'elle allait renaître en tant que femme.» L'oeuvre a été acquise par le musée.

Oeuvre majeure de l'exposition, The Column est un film tourné pendant 24 jours sur un bateau de commerce entre la Chine et la France. Adrian Paci avait entendu parler de bateaux-usines chinois qui transportent des sculpteurs de pierre pour qu'ils façonnent des blocs de marbre durant leur transport afin qu'à l'arrivée en Europe, le bloc soit devenu colonne romaine ou grecque.

L'artiste a pris l'idée au pied de la lettre. Il en ressort une oeuvre qui évoque la mondialisation des marchés, les échanges culturels, les conditions de travail des artisans et l'universalité de l'art.

Collages

Parallèlement, le musée propose l'exposition Collages: geste et fragments sur les expressions du collage en art plastique.

Parmi les oeuvres, notons Chutes, une peinture de l'artiste montréalais David Elliott, oeuvre à la fois réaliste et surréaliste.

Avec Data, Louis-Philippe Côté exprime la mort, la guerre, la pornographie, la publicité sexiste et d'autres formes de violence au moyen de 30 oeuvres sur papier faites de collages d'images tirées de magazines et de journaux.

«C'est une série très forte en lien avec l'univers pictural de Louis-Philippe Côté», indique Lesley Johnstone, commissaire de l'exposition.

Thomas Corriveau (qui expose en ce moment chez Graff) a également créé un film, Kidnappé, dans lequel un homme prétend avoir été enlevé et où l'artiste de 56 ans a mêlé dessins et scènes tournées.

Paul Butler propose de son côté des collages abstraits créés à partir de pages de la revue Artforum dont il a découpé les espaces écrits. Les visiteurs peuvent aussi participer à la création d'une oeuvre collective dans la Rotonde du musée où Paul Butler a recréé une sorte d'arbre dans lequel on peut ajouter l'élément de son choix.

Le collage est en vogue, croit Lesley Johnstone. «C'est peut-être lié aux bombardements d'images que l'on vit aujourd'hui, notamment avec internet», dit-elle.

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Adrian Paci: vies en transit et Collages: geste et fragments Jusqu'au 27 avril au MACM.




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