Lyonel Feininger: l'artiste total

Lyonel Feininger a touché au cubisme, comme sur... (Illustration fournie par le Musée des beaux-arts de Montréal)

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Lyonel Feininger a touché au cubisme, comme sur cette représentation de façades de Lunebourg (Façades I).

Illustration fournie par le Musée des beaux-arts de Montréal

Américain et Allemand. Dessinateur, illustrateur, caricaturiste, peintre, sculpteur, graveur, musicien et photographe. Lyonel Feininger a été tout cela et jamais en même temps. Artiste total qui connaît aujourd'hui un regain d'intérêt un demi-siècle après son décès en 1956, Feininger fait l'objet d'une rétrospective d'envergure au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) jusqu'au 13 mai.

Il est rare dans l'art moderne de pouvoir admirer un tel éclectisme chez un plasticien. Et pourtant, Lyonel Feininger n'est pas un artiste universellement célébré.

Est-ce à cause de son identité hybride mi-européenne mi-américaine? Est-ce dû à son éclosion en pleine crise mondiale ou à la variété de son expression qui s'étend du dessin humoristique à la peinture expressionniste en passant par la gravure du Bauhaus?

«Le musée veut rétablir la place injustement oubliée d'une figure majeure de l'expressionnisme et du Bauhaus», justifie Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du MBAM.

Avec la présentation de 350 oeuvres au MBAM, Lyonel Feininger: de Manhattan au Bauhaus est la première grande rétrospective nord-américaine depuis celle présentée au MOMA de New York en 1944.

Né à New York en 1871, Lyonel Feininger était doué pour la musique. Musiciens renommés, ses parents l'ont envoyé en Allemagne à l'âge de 16 ans étudier le violon. Mais arrivé sur place, il choisit plutôt les beaux-arts et restera en Europe, surtout en Allemagne, durant 50 ans avant d'en être chassé par le IIIe Reich.

Le parcours de l'exposition débute par ses premiers dessins, des aquarelles et des croquis réalisés à Paris en 1892 alors qu'il cherche d'abord et avant tout à perfectionner son coup de crayon.

Puis, on peut apprécier les illustrations comiques éditées en Allemagne qui lui ont ouvert les portes de l'édition dominicale du Chicago Tribune où il a publié en 1906 les bandes dessinées The Kin-der-Kids et Wee Willie Winkie's World.

Il commence à peindre dans la trentaine alors qu'il s'installe à Paris durant deux ans. Les tableaux de cette période sont lumineux et aux couleurs travaillées. Il joue avec les teintes et les formes pour représenter des personnages élancés et fantaisistes (les oeuvres Carnaval ou Émeute par exemple) qui rappellent son univers bédéiste.

Lyonel Feininger embrasse ensuite avec talent le cubisme, associant sujets et fonds dans des géométries agréables à l'oeil. Quel fascinant travail d'ombrage que celui accompli sur ses façades de Lunebourg (Façades I) à la fois réelles et empreintes de mystère!

«Il avait une vraie conscience de la décoration et un sens de la connexion avec le monde», dit Barbara Haskell, commissaire de l'exposition et conservatrice au Whitney Museum of American Art, à New York, qui a présenté 230 oeuvres de Feininger l'été dernier.

Nommé directeur du Bauhaus en 1919, durant la République de Weimar, Feininger y fréquente Klee et Kandinsky. L'exposition présente un film de 26 minutes, Bauhaus: The Face of The Twentieth Century, qui rappelle l'importance de cette école d'art et de design fermée quand les nazis arrivent au pouvoir à Berlin en 1933.

La vie de Feininger en Allemagne n'est alors plus possible. Ses oeuvres sont qualifiées de dégénérées. Sa femme Julia est juive. Leur sécurité n'est plus assurée. Il retourne alors en Amérique, en 1937.

«Il a tourné la page du Bauhaus de retour aux États-Unis à cause des nazis, a dit à La Presse son petit-fils, Tomas Feininger, qui vit à Québec. Il n'a plus jamais parlé du Bauhaus.»

On note d'ailleurs un changement dans sa peinture à son retour à New York. Plus contemporaine, elle prend acte des nouvelles tendances, notamment celles de l'abstraction.

Le parcours se termine dans une salle où le violon de Feininger est exposé et où l'on peut s'assoir un moment pour écouter une des 12 fugues qu'il a composées de même que des oeuvres de Bach.

Établie au Canada, la famille de Feininger a fait un don de 287 photographies d'Andreas Feininger, un de ses fils qui a fait sa marque dans la photographie au XXe siècle. Une cinquantaine de ces photos sont exposées de même que plusieurs de Lyonel Feininger.

Lyonel Feininger: de Manhattan au Bauhaus, au Musée des beaux-arts de Montréal, du 21 janvier au 13 mai.




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