Entre la soie et l'encre: des «impressions» très fortes

Blanc Squee Gee, estampe numérique par Jacques Hurtubise... (Photo fournie par la maison de la culture Frontenac)

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Blanc Squee Gee, estampe numérique par Jacques Hurtubise en 2008.

Photo fournie par la maison de la culture Frontenac

René Viau, collaboration spéciale
La Presse

Entre la soie et l'encre, titre de l'exposition de la maison de la culture Frontenac évoque la sérigraphie. Consacré aux oeuvres gravées et numériques de Jacques Hurtubise, ce parcours met en branle une fête Hurtubise qui se prolongera, après Montréal, à Halifax et Rimouski.

Présent au vernissage à la maison de la culture Frontenac, Jacques Hurtubise évoque ses premières armes en gravure. «J'ai découvert la pointe-sèche durant les années 50 à l'École des beaux-arts, où enseignait Albert Dumouchel. Je trouvais cela trop long. Et là, j'ai commencé la sérigraphie. Albert l'a regretté, car je salissais tout!»

À New York en 1961, Hurtubise crée les sérigraphies les plus anciennes de l'exposition, proches de l'expressionnisme abstrait américain. «Un peu avant les années 2000, dit-il, je suis passé de l'écran de soie à l'écran de l'ordinateur et à Photoshop.»

Hurtubise s'inspire des cartes géographiques depuis 2004. Saccadé de couleurs cathodiques, le splash s'y confond avec les variables de la carte. Il épouse le tracé des cours d'eau, des voies de communication. À la façon des mouvements des essuie-glaces sur le pare-brise d'une voiture, les balayages enrubannés de la série de Squee Gee (2008) se font voile et trouée. Ici plusieurs configurations agissent en simultanée. L'itinéraire de Jacques Hurtubise, né en 1939, est toujours à la croisée des chemins. «Je ne sais jamais à l'avance ce que je vais faire, dit-il. Je ne vois les choses qu'une fois terminées. Je travaille, c'est tout. C'est comme cela depuis 50 ans.»

Commissaire de l'exposition Entre la soie et l'encre Nathalie Miglioli nous guide. «On tombe en entrant sur quelque chose de très fort», affirme-t-elle. Des sérigraphies du milieu des années 70 jouent à la fois de gros traits et de dégradés d'une incroyable finesse. Somptueuses ou criardes, les couleurs oscillent entre rose et rouge flamboyant, orangé, vert moussu, jaune et bleu électrique. Dans ces oeuvres étourdissantes, mi-centrées, mi-dripping, la puissance des déversements est rompue par des diagonales sombres. Entre des sensations de fluidité, mais aussi de fixité lancinante, les tensions amènent le visiteur, comme malgré lui, à l'évocation de paysages aussi mystérieux que sauvages. L'exposition comporte un mur entier de ces tirages élégiaques de 1975 aux noms comme Eldorado.

Au milieu de la salle, l'accrochage fait place à des oeuvres apaisées, proches du dessin, parfois rehaussées d'une tonalité sensuelle, rose cru par exemple.

«Le parcours de Jacques Hurtubise fait souvent place à des périodes de noir et blanc avant que la couleur rejaillisse, poursuit Nathalie Miglioli. Chez Hurtubise, l'utilisation comme ici du cache, du pliage, de la grille, l'acharnement sur la tache noire ou de couleur, l'impact chromatique, la symétrie brisée se retrouvent tout aussi bien en peinture que dans l'estampe.»

D'une période à l'autre, Hurtubise vient troubler les idées et les représentations reçues. Durant les années 1980-1990, par exemple, la tache est prélevée puis multipliée. Dédoublant la tache, Hurtubise prend ses distances face à l'impact du geste pour lui faire subir cette expérience insolite de la répétition. Là encore, il déconstruit les codes. «Cette oeuvre est très riche, prévient Nathalie Miglioli. Elle n'a pas fini de nous interroger. Hurtubise pense en images.»

Rimouski et Halifax

Montée en collaboration avec la galerie Simon Blais, cette première présentation consacrée aux oeuvres gravées et numériques de Jacques Hurtubise met en branle une véritable fête Hurtubise.

Du 14 mai au 15 septembre, Halifax sera le point de départ d'une grande rétrospective de sa peinture à travers le Canada.

Gardant son atelier de Terrebonne, Hurtubise s'est installé face à la mer au Cap-Breton en 1983. «En Nouvelle-Écosse, nous l'avons adopté comme l'un des nôtres», explique Sarah Fillmore, conservatrice en chef de l'Art Gallery of Nova Scotia».

Mme Fillmore met sur pied la première grande rétrospective de la peinture d'Hurtubise au Canada anglais depuis 1981.

«Nous voulons célébrer sa place unique dans l'art du Québec et du Canada, dit-elle. L'exposition va montrer les développements parfois surprenants de son oeuvre tout en se concentrant sur les constantes qui l'enracinent. Hurtubise a beaucoup à dire et il le fait avec brio.»

Après Halifax, l'exposition circulera au Canada et peut-être aussi aux États-Unis, où certains musées ont manifesté leur intérêt.

Rimouski ne restera pas en reste, avec une exposition inédite de l'artiste. Au Musée régional de Rimouski, Bernard Lamarche, conservateur de l'art contemporain, prépare pour septembre «son» expo Hurtubise, différente de celle d'Halifax.

Entre la soie et l'encre, de Jacques Hurtubise, à la maison de la culture Frontenac jusqu'au 17 avril.

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