Des chercheurs réactivent la mémoire perdue chez des souris

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Les chercheurs débattent depuis de nombreuses années sur le fait de savoir si l'amnésie provoquée par un traumatisme crânien, le stress ou des maladies comme Alzheimer, résulte de dommage de cellules cérébrales spécifiques qui dans ce cas rendraient impossible de recouvrer la mémoire, ou si l'accès à ces souvenirs en est la cause.

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Jean-Louis SANTINI
Agence France-Presse
Washington

Des chercheurs ont réactivé la mémoire perdue de souris avec la lumière, ce qui apporte un nouvel éclairage sur le mécanisme biologique de l'amnésie et ouvre potentiellement la voie à des traitements, selon une étude publiée jeudi dans la revue américaine Science.

Cette recherche fait avancer la compréhension sur la nature de l'amnésie, une question très controversée en neurosciences, estime Susumu Tonegawa, professeur au centre de recherche sur l'apprentissage et la mémoire du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et directeur du Riken Brain Science Institute au Japon, associé au MIT, qui a dirigé ces travaux.

Les chercheurs débattent depuis de nombreuses années sur le fait de savoir si l'amnésie provoquée par un traumatisme crânien, le stress ou des maladies comme Alzheimer, résulte de dommage de cellules cérébrales spécifiques qui dans ce cas rendraient impossible de recouvrer la mémoire, ou si l'accès à ces souvenirs en est la cause.

«La majorité des scientifiques privilégient la théorie de la destruction du stockage de l'information, mais cette recherche montre que cela est probablement erroné», juge le professeur Tonegawa, lauréat du Nobel de Médecine en 1987. «L'amnésie est un problème de récupération de la mémoire», tranche-t-il.

Les chercheurs supputaient l'existence dans le cerveau d'un réseau de neurones qui activés pendant la formation d'un souvenir, entraînent des changements physiques ou chimiques appelés engrammes.

Hippocampe du cerveau

Si ces groupes de neurones engrammes sont ensuite réactivés par une image, une odeur ou une saveur, toute la mémoire enregistrée devrait revenir, expliquent les chercheurs.

Pour démontrer l'existence de ces cellules engrammes de la mémoire dans l'hippocampe du cerveau, ce groupe de recherche a utilisé l'optogénétique chez des souris, qui consiste à ajouter des protéines aux neurones pour leur permettre d'être activés par la lumière.

Jusqu'alors on n'avait pas pu montrer que ces neurones engrammes subissaient des modifications chimiques selon un processus appelé la consolidation de la mémoire.

Un des changements clé consiste au renforcement des synapses, des structures permettant à des groupes de neurones de se transmettre des messages qui résultent du processus d'apprentissage et de l'expérience.

Ces chercheurs ont aussi tenté de voir ce qui se passerait si cette consolidation des synapses ne se produisait pas.

Ainsi ils leur ont administré une substance chimique, l'anisomycine, qui bloque la synthèse de protéines dans les neurones immédiatement après la formation d'un nouveau souvenir, empêchant cette consolidation.

Ce groupe de rongeurs avait été placé dans une cage dite A où il avait reçu une décharge électrique dans les pattes. Placées ultérieurement dans cette même cage, les souris non traitées ont aussitôt montré leur frayeur indiquant qu'elles se souvenaient de cette expérience traumatisante. En revanche, les autres, de toute évidence sans souvenir de cela, sont restées sans réaction.

Ensuite, les chercheurs ont réactivé le processus de consolidation des synapses par des impulsions lumineuses chez ces souris amnésiques qui ont recouvré totalement la mémoire de la décharge électrique. Même placées dans une autre cage elles étaient paralysées de peur.

Cette recherche a permis de dissocier les mécanismes de stockage de la mémoire de ceux permettant de la former et de la récupérer, souligne Thomas Ryan, un chercheur du MIT, le principal coauteur de cette recherche.

Pour le professeur Tonegawa cela montre que dans certaines formes d'amnésie la mémoire du passé n'a peut-être pas été effacée, mais est simplement «inaccessible».

Selon lui, «ces travaux fournissent un éclairage surprenant sur la nature de la mémoire et vont stimuler de futures recherches sur la biologie de la mémoire et de sa restauration clinique».

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