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Jeunes et alcool: une intoxication grave tous les deux jours

Dans le milieu médical, l'intoxication à l'alcool chez... (Photo Alain Roberge, Archives La Presse)

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Dans le milieu médical, l'intoxication à l'alcool chez les jeunes est trop souvent banalisée, déplore e Dr Claude Cyr, pédiatre et chercheur qui a analysé les consultations aux urgences des deux hôpitaux de Sherbrooke des patients âgés de 12 à 24 ans entre 2012 et 2017.

Photo Alain Roberge, Archives La Presse

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Tous les deux jours, un jeune consulte pour une urgence médicale liée à l'alcool. Dans le quart des cas, la vie du patient est en danger, révèle une étude obtenue en exclusivité par La Presse. Des conclusions qui devraient mettre fin à la banalisation de l'alcool chez les 12 à 24 ans, espère le pédiatre québécois auteur de la recherche.

UN PROBLÈME FRÉQUENT

Pédiatre aux soins intensifs, le Dr Claude Cyr a souvent vu des jeunes atterrir aux urgences gravement intoxiqués à l'alcool, au point où ils doivent être intubés et mis sous respirateur. Mais le phénomène n'avait jamais fait l'objet d'une étude scientifique au Québec avant aujourd'hui. Tous les deux jours, un jeune Québécois consulte pour une urgence médicale liée à l'alcool, a découvert le Dr Cyr - aussi chercheur - après avoir analysé les consultations aux urgences des deux hôpitaux de Sherbrooke des patients âgés de 12 à 24 ans entre 2012 et 2017. « Je savais qu'on en voyait régulièrement, mais quand on se met à les compter, ça devient impressionnant. C'est vraiment beaucoup de consultations dans nos urgences », lance le Dr Cyr en entrevue à La Presse. Le médecin présente ses conclusions* en primeur aujourd'hui à un congrès national sur les dépendances qui se tient à Calgary.

DES JEUNES « TRÈS MALADES »

« On parle de patients très malades. Ce n'est pas juste une brosse puis je vomis dans le caniveau », illustre le Dr Cyr. Le quart des jeunes patients ont été admis au triage des urgences avec un niveau de priorité 1 ou 2, indiquant que leur vie était en danger. Plus de la moitié des jeunes (57 %) présentaient des complications comme un coma, des lésions à la tête ou de l'hypothermie. « Lorsqu'on prend de l'alcool, ça altère notre jugement. On a vu beaucoup de patients dont les blessures résultaient d'une bagarre », décrit le Dr Cyr. Moins grave, mais très gênant, 6 % des patients ont été victimes d'incontinence durant leur transport en ambulance ou à leur arrivée aux urgences. Une petite proportion de patients (1 %) a subi un traumatisme sexuel.

ABUS D'ALCOOL FORT

Les trois quarts des jeunes qui se sont présentés aux urgences pour une intoxication avaient bu des boissons à forte teneur en alcool (spiritueux ou boissons prémélangées avec spiritueux). « Souvent, on pense que les jeunes finissent à l'urgence parce qu'ils ont mélangé alcool et drogues illicites, précise le Dr Cyr. Or, dans notre étude, 71 % des jeunes avaient pris juste de l'alcool. » Cette étude déboulonne plusieurs mythes, se réjouit Catherine Paradis, analyste principale, recherche et politiques, au Centre canadien sur les dépendances et l'usage des substances. « Les gens de l'industrie des boissons alcoolisées nous font valoir que ce ne sont pas leurs produits qui causent des méfaits ; que les jeunes les mélangent avec des drogues illicites, indique Mme Paradis. Avec cette étude, on a maintenant la preuve scientifique que les spiritueux causent plus de méfaits que les autres. Passer une soirée sur le fort, ce n'est pas comme aller prendre une bière. »

CONSCIENTISER AUSSI LE MILIEU MÉDICAL

Même dans le milieu médical, l'intoxication à l'alcool chez les jeunes est trop souvent banalisée, déplore le Dr Cyr. La preuve : seuls 40 % des patients se sont fait offrir un suivi auprès d'un médecin ou d'un intervenant psychosocial et 52 % se sont fait offrir du counselling sur les méfaits de l'alcool aux urgences, révèle cette étude. De plus, les parents ou encore les amis du patient ont été informés dans seulement 59 % des cas. « Éthiquement, légalement, quand un patient a plus de 18 ans, on n'est pas tenu de contacter l'entourage, mais en même temps, si on ne contacte personne, ce n'est pas le jeune qui va lui-même se vanter à ses proches de son séjour à l'urgence », souligne le Dr Cyr. Il faut considérer les consultations aux urgences liées à l'alcool comme une occasion pour les parents et les professionnels de la santé d'intervenir auprès des jeunes, conclut le médecin chercheur.

FÊTE NATIONALE, INITIATIONS ET... HALLOWEEN

Le Dr Cyr a noté des pics de consultations durant l'année. Plusieurs jeunes adultes (18-24 ans) ont consulté pour une intoxication à l'alcool lors de la dernière semaine du mois d'août, qui correspond au retour à l'école - et aux initiations. Les visites aux urgences ont aussi été plus nombreuses lors de la dernière semaine d'octobre - avec ses partys d'Halloween. Chez les 12 à 17 ans, le chercheur a noté davantage de consultations aux urgences lors de la fin de l'année scolaire (après-bal de finissants, Saint-Jean et fête du Canada). Les efforts de prévention devraient être concentrés à ces moments de l'année, analyse Mme Paradis, du Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances. Le Dr Cyr affirme qu'il n'a aucune raison de penser que les résultats de l'étude auraient été significativement différents si cette dernière avait été menée dans une autre ville que Sherbrooke.

* L'étude menée par le Dr Cyr a été commandée par l'organisme Sherbrooke Ville en santé et réalisée en collaboration avec le Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances.




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