Regroupement du CHUM et de Sainte-Justine: Barrette garde le cap

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Malgré la fronde des médecins, Gaétan Barrette a réitéré hier l'intention du gouvernement de centraliser les administrations du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.

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Isabelle Hachey

Contre vents et marées, Gaétan Barrette maintient le cap : le ministre de la Santé du Québec n'a pas l'intention de revenir sur sa décision de centraliser les administrations du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, malgré la fronde des médecins qui s'inquiètent pour l'avenir à long terme de l'établissement pédiatrique.

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Gaétan Barrette, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec

Photo André Pichette, Archives La Presse

« On se retrouve devant des gens qui veulent absolument revenir en arrière. Ce n'est pas cela que l'on va faire », a fermement maintenu le ministre Barrette, hier, en entrevue avec La Presse.

Le Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) de l'hôpital Sainte-Justine exhorte le gouvernement à « mettre fin à l'expérience du regroupement avec le CHUM ». Dans une lettre publiée dans nos pages, vendredi, la présidente du CMDP, Valérie Lamarre, et cinq collègues ont dénoncé cette « fausse bonne idée » qui causera au CHU Sainte-Justine « des préjudices irréversibles ».

« C'est un chemin vers la fusion, explique la Dre Lamarre en entrevue. Tôt ou tard, les intérêts de la pédiatrie ne seront plus défendus. Nous sommes tout petits comparés au CHUM.

« Les maladies infantiles ne seront jamais la priorité d'un hôpital fusionné. Nous n'aurons plus la possibilité de faire avancer la médecine pédiatrique. »

Les professionnels de Sainte-Justine ne décolèrent pas depuis que le gouvernement a annoncé, en septembre 2015, que le CHUM et l'hôpital pédiatrique partageraient désormais une seule direction générale et un seul conseil d'administration.

Le ministre Barrette assure qu'il n'est pas question de diluer la mission de Sainte-Justine dans le CHUM. « Il y a des gens qui ont des craintes et qui font des scénarios relativement sombres pour le futur, et absolument rien n'indique quelque geste, quelque intention, quelque dessein qui va même un peu dans ce sens-là. Un moment donné, il faut arrêter d'avoir peur d'avoir peur. »

Le chirurgien Michel Lallier n'est pas rassuré. « Le ministre affirme que ce n'est pas une fusion, juste un regroupement, dit-il. Mais sans conseil d'administration, ça devient difficile de se battre contre une grosse institution comme le CHUM. Entre les maladies orphelines des enfants et les problèmes cardiaques des adultes, il est facile de prédire où les ressources seront consacrées. »

L'inquiétude est généralisée : 90 % des membres du CMDP s'opposent au regroupement, selon un sondage CROP réalisé en juin 2016.

« L'enfant n'est pas un adulte en miniature, il a ses spécificités. La pédiatrie au Québec est née dans les années 1950. On ne veut pas qu'elle meure dans les années 2020 », dit le Dr Jean-François Chicoine.

Un «continuum de soins»

Malgré cette vive opposition, le ministre Barrette se dit convaincu que le regroupement aura une « valeur ajoutée » en permettant « un continuum de soins, de recherches et d'innovation de la naissance à la mort ». Selon lui, le suivi médical des enfants se fera plus facilement lors de leur passage à l'âge adulte.

« C'est l'explication la plus bidon que la Terre ait portée », tranche la Dre Lamarre. « Nos patients viennent de toute la province. Si un enfant vient de Chicoutimi, on ne le transférera pas au CHUM pour son suivi après 18 ans. On va le transférer à l'hôpital de Chicoutimi. On a toujours eu à faire des alliances avec d'autres centres pour le transfert de nos patients. » La justification ne tient donc pas, selon elle, « mais c'est la seule qu'on nous a servie ».

Le CHU Sainte-Justine avait pourtant été exclu des fusions d'hôpitaux annoncées à l'automne 2014. À l'époque, le gouvernement avait reconnu que la fusion aurait posé des risques pour la mission de l'établissement. Les médecins ont été « tétanisés » par la volte-face du ministre Barrette, un an plus tard.

Nombre d'entre eux avancent que le véritable motif du ministre était de régler les problèmes du CHUM en confiant les rênes du superhôpital au Dr Fabrice Brunet, le très dynamique directeur général du CHU Sainte-Justine. Comme ce dernier tenait à conserver son poste à la tête du CHU Sainte-Justine, le ministre Barrette lui aurait offert de diriger les deux établissements.

M. Barrette nie cette version des événements, qu'il qualifie de « bel exemple d'interprétation et de fabulations de gens qui pensent qu'il y a un complot contre eux ». Selon lui, le continuum de soins était « le plan initial », bien avant que le gouvernement n'entame des discussions avec le Dr Brunet.

Celui-ci a décliné notre demande d'entrevue, mais en février, il avait nié avoir posé des conditions à M. Barrette avant de prendre la direction du CHUM.

Quoi qu'il en soit, créer une nouvelle structure est « une solution dangereuse pour le futur du CHU Sainte-Justine, estime la Dre Lamarre. Dans l'avenir, on va vraiment le regretter si on ne met pas un frein à ce glissement vers la fusion ».

Ainsi, la mobilisation va continuer, promet-elle. Cent cinquante médecins, dentistes et pharmaciens ont résolu à l'unanimité de tenir des états généraux, le 10 novembre, sur l'avenir du CHU Sainte-Justine.




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