Inondations: mise en garde aux femmes enceintes

« Les pertes de biens, de revenus, la perte... (Photo François Roy, La presse)

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« Les pertes de biens, de revenus, la perte de son animal de compagnie, les changements de domicile, tout cela crée un stress important qui expose les sinistrés à l'anxiété et à la dépression, d'autant que les sinistrés sont totalement épuisés », explique Suzanne King, professeure de psychiatrie à l'Université McGill et chercheuse à l'Institut Douglas.

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Louise Leduc
La Presse

Si, à l'échelle des drames humains, les inondations ne causent probablement pas de traumatismes aussi grands que les incendies de Fort McMurray l'an dernier, la dépression guette bon nombre de sinistrés qui doivent s'assurer de demander de l'aide psychologique au besoin. Et tout doit être fait pour minimiser le stress des femmes enceintes, insiste la docteure Suzanne King, professeure de psychiatrie à l'Université McGill et chercheuse à l'Institut Douglas.

Aux fins de ses recherches, la Dre King s'est penchée au fil des ans sur plusieurs catastrophes : la crise du verglas, les inondations en Iowa en 2008 et en Australie en 2011. Elle suit aujourd'hui des victimes des incendies de forêt de l'Alberta.

Parce que les gens ont carrément craint pour leur vie, dans ce dernier cas, « et parce qu'ils n'ont souvent eu qu'une petite heure pour ramasser leurs affaires et fuir, souvent sans les enfants », les incendies de forêt de Fort McMurray ont été, des quatre catastrophes étudiées par la Dre King, la source du plus grand nombre de symptômes de trouble de stress post-traumatique.

« La crise du verglas, qui a fait craindre pour l'eau potable, qui a exposé les gens à des risques d'hypothermie et d'intoxication au gaz, a aussi été particulièrement traumatisante, bien que dans une moindre mesure que les feux de Fort McMurray, selon toute vraisemblance », note la Dre King.

Dans le cas présent, comme les gens n'ont généralement pas à craindre pour leur vie, on est dans autre chose. 

« Les pertes de biens, de revenus, la perte de son animal de compagnie, les changements de domicile, tout cela crée un stress important qui expose les sinistrés à l'anxiété et à la dépression, d'autant que les sinistrés sont totalement épuisés. »

- Suzanne King, professeure de psychiatrie à l'Université McGill et chercheuse à l'Institut Douglas

LES BÉBÉS DU VERGLAS

À l'aide de prises de sang, de tests comportementaux ou d'apprentissage et de l'imagerie par résonance magnétique, la Dre King a documenté pendant des années les effets du verglas sur le quotient intellectuel, le système immunitaire et le métabolisme des personnes nées en plein pendant la crise de 1998. Comme cet évènement et le stress qui s'en est suivi pour la mère ont eu des répercussions sur la santé des enfants, la Dre King lance donc une mise en garde toute particulière aux femmes enceintes actuellement sinistrées et à leur entourage. Même si cela est difficile à faire en pratique, celles qui attendent un bébé « doivent se tenir le plus loin possible de tout cela ».

Elles ne doivent pas être celles « qui se retrouvent dans le sous-sol à enlever l'eau », mais elles doivent aussi le plus possible confier à leur conjoint la pénible tâche de contacter la compagnie d'assurances, par exemple, ce genre de stress étant à éviter quand on est enceinte.

UNE AIDE PSYCHOSOCIALE SUR LE TERRAIN

Les autorités publiques sont conscientes du niveau d'angoisse des sinistrés en général, et comme en 2011 lors des inondations à Saint-Jean-sur-Richelieu, des équipes d'aide psychosociale sont sur le terrain - depuis trois semaines à Rigaud et dans la plupart des zones sinistrées depuis samedi.

« Les personnes sinistrées sont épuisées, elles ont veillé pendant des jours, elles ont surveillé leur pompe, et ce qu'elles veulent savoir, la question qu'elles nous posent sans cesse, c'est quand ce calvaire va se terminer », évoque Johanne Girard, gestionnaire en santé et services sociaux en Montérégie-Ouest.

Dossard blanc sur le dos, des psychologues, des psychoéducateurs, des infirmières, des travailleurs sociaux et des agents de relations humaines sont à pied d'oeuvre. « Les gens ont besoin de parler, d'être écoutés, dit Mme Girard, et ils semblent contents de savoir que le CLSC va vers eux. Nous leur donnons des dépliants, nous leur disons qu'ils peuvent prendre rendez-vous au CLSC ou composer le 811. »

Mais si, dans une situation normale, il est très difficile d'avoir un rendez-vous avec un psychologue, les personnes qui appelleront à l'aide peuvent-elles vraiment espérer être aidées en temps opportun ? « Oui, répond Mme Girard. Elles ne seront pas nécessairement vues par un psychologue, mais par l'un ou l'autre de nos professionnels, assurément. »




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