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Enquête sur le pédiatre Alain Sirard: les parents soupçonnés à tort tenus dans l'ignorance

S'il devait y avoir sanction contre le pédiatre... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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S'il devait y avoir sanction contre le pédiatre Alain Sirard, les parents ne seraient pas informés de la forme qu'elle prendrait et ils n'auraient pas de détails, indique Mélanie Dallaire, porte-parole du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine.

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Louise Leduc
La Presse

Sept ans après une première plainte à l'hôpital Sainte-Justine et trois ans et demi après le début de l'enquête au Collège des médecins, les parents soupçonnés à tort d'avoir battu leur enfant ignorent toujours si le pédiatre Alain Sirard sera sanctionné ou pas.

Au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, la porte-parole Mélanie Dallaire indique que l'enquête est terminée, qu'une décision a été prise à huis clos au conseil d'administration et que les parents seraient contactés sous peu. Quoi qu'il en soit, s'il devait y avoir sanction, les parents ne seraient pas informés de la forme qu'elle prendrait et ils n'auraient pas de détails, a précisé Mme Dallaire.

Le docteur Alain Sirard est un médecin qui travaillait à la clinique sociojuridique du CHU Sainte-Justine et qui est visé par des plaintes de parents qu'il avait soupçonnés à tort d'avoir battu leur enfant.

En avril 2013, La Presse a raconté l'histoire d'un couple qui avait amené son bébé à Sainte-Justine, en octobre 2012, pour de simples coliques. Les parents avaient alors été contraints de laisser leur enfant subir 20 radiographies, une échographie abdominale, un « scan » cérébral, des examens urinaires et sanguins parce que le Dr Sirard soupçonnait que l'enfant, qui avait des rougeurs sur le ventre, était victime de maltraitance.

Même si les tests n'avaient rien révélé de tel, malgré un diagnostic contraire obtenu à l'Hôpital de Montréal pour enfants, le médecin avait maintenu son diagnostic et le dossier de l'enfant avait été soumis à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

Quelques mois plus tard, Radio-Canada racontait des histoires semblables qui sont arrivées à d'autres couples dont les jeunes enfants avaient eux aussi été dirigés à la clinique de pédiatrie sociojuridique du CHU Sainte-Justine. Avant d'être blanchis eux aussi de tout soupçon, ils avaient également vu leur vie bouleversée par cet épisode.

UN DOSSIER « COMPLEXE »

Au Collège des médecins, la porte-parole Caroline Langis indique que « l'enquête concernant le Dr Alain Sirard est toujours en cours. Les délais de cette enquête s'expliquent par la complexité du dossier ».

Amélie Sigouin, l'un des parents soupçonnés à tort d'avoir battu son enfant, voit dans ces délais « la preuve de la puissance médicale » et que face à un médecin qui se défend, un hôpital n'a pas beaucoup de prise.

Mme Sigouin croit que l'hôpital Sainte-Justine est sincèrement désolé de ce qui est arrivé aux parents et des délais dans l'enquête, mais qu'il est limité dans ses moyens d'action.

Ce que ça envoie comme message aux gens, analyse Mme Sigouin, c'est que dans les hôpitaux, au Collège des médecins, mais aussi dans bien d'autres instances dans la société, « vous pouvez toujours déposer une plainte et espérer avoir des nouvelles sept ans plus tard », comme c'est son cas dans cette situation.

« Moi, ce que je veux savoir, c'est s'il y a eu injustice, s'il y a eu erreur. Et si tel est le cas, un tel dérapage pourrait-il survenir de nouveau ? Des balises ont-elles été mises en place depuis ? » - Amélie Sigouin

Pour elle comme pour Catherine Major, une autre mère toujours en attente de réponse, le temps a passé, la blessure est moins vive, mais il demeure important de savoir si des sanctions seront imposées et si oui, lesquelles.

Jean-Pierre Ménard, avocat spécialisé en droit de la santé, trouve que la lenteur du processus au Collège des médecins et à Sainte-Justine n'a « pas de bons sens ». « Ça enlève toute crédibilité au processus de plainte et ça lèse le public. »

ZONES D'OMBRE

En fin de journée, hier, Mélanie Dallaire, porte-parole de Sainte-Justine, disait ne pas être en mesure de confirmer si le Dr Alain Sirard y pratiquait encore.

À un moment donné de l'enquête, il a été muté de la clinique sociojuridique, où sont vus les enfants soupçonnés d'être maltraités, et exerçait la pédiatrie générale.

En février, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui a enquêté sur 13 dossiers impliquant la clinique sociojuridique de Sainte-Justine, concluait à des lésions de droit dans certains dossiers. « Dans certains cas, le personnel du CHU Sainte-Justine a outrepassé son rôle et empêché le DPJ de jouer le sien », a alors écrit la Commission.

« Certains enfants ont subi des tests médicaux sans le consentement des parents ou même malgré le refus de ces derniers », a aussi ajouté la Commission.

L'enquête a aussi écorché le DPJ qui, selon la Commission, « ne s'est fié qu'aux informations obtenues de la clinique sociojuridique pour effectuer l'évaluation du signalement des enfants et n'a examiné qu'une seule possibilité pour expliquer l'origine des blessures de l'enfant, soit la maltraitance, laissant aux parents le fardeau de prouver l'existence d'autres causes possibles ».

Il n'a pas été possible de joindre Alain Sirard.

Une semaine après le reportage de Radio-Canada, en 2013, il avait été attaqué dans le dos pendant qu'il marchait et avait été légèrement blessé.

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