Sherbrooke: des consultations limitées à la minute près

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Les nouvelles règles mises en place dans une clinique de Sherbrooke, qui prévoient des rendez-vous annuels d'une durée « de 15 minutes seulement », sont jugées « inacceptables » par le ministre Gaétan Barrette

Un médecin de famille sherbrookois a trouvé une façon particulière d'augmenter le nombre de patients vus à sa clinique chaque jour : il limite maintenant les consultations à la minute près et refuse de traiter les nouveaux problèmes de santé pendant les rendez-vous annuels. Des pratiques jugées inacceptables par le ministre Gaétan Barrette.

Chaque minute compte pour le Dr Christian Gaouette, de la Clinique médicale La 12ième. Le médecin a envoyé une lettre à ses patients récemment, pour les informer de ses nouvelles procédures en matière de rendez-vous.

Il précise que les rendez-vous « annuels » sont d'une durée de « 15 minutes seulement » et ne servent qu'à mener quelques examens préventifs, réviser des bilans sanguins et mettre à jour la liste de médicaments.

« À moins d'exception, aucun nouveau problème de santé ne sera abordé lors de ce rendez-vous. Il en va de même lors des rendez-vous de "suivi" prévus d'avance (diabète, cholestérol, etc.) qui eux, sont de 10 minutes », poursuit la lettre.

UN SEUL BOBO PAR VISITE

Il est bien possible d'aborder de nouveaux problèmes de santé avec le médecin, mais il faut alors prendre un rendez-vous spécifique à cet effet. Ces rendez-vous « urgents » peuvent être obtenus dans un délai de quelques jours ouvrables, précise le Dr Gaouette dans sa lettre. Il ajoute que le but est de « vous permettre d'avoir un accès rapide à un médecin de famille lorsque vous en avez réellement besoin ».

Encore là, le temps est compté. Ces rendez-vous « sont toujours d'une durée maximale de 10 minutes et donc limités à un seul problème actif par visite », sauf exception, précise le médecin. Il est toutefois possible d'en prendre autant que nécessaire, sans restriction.

Le Collège des médecins confirme que son syndic a été « saisi » de l'affaire.

« À première vue, il semble que cette directive et cette réorganisation d'horaire soient en lien avec les nouvelles obligations des médecins de famille dictées par la réforme Barrette (projet de loi 20). En effet, puisque les médecins ont une obligation d'assiduité et de prise en charge de patients, plusieurs d'entre eux tentent de trouver des solutions pour répondre à ces obligations », explique Caroline Langis, porte-parole du Collège des médecins.

Adopté en novembre 2015, le projet de loi 20 vise notamment à améliorer l'accès aux médecins de famille en leur imposant des quotas de patients et des taux d'assiduité. Mais les médecins de famille ont obtenu un sursis quant à son application. Ils se sont engagés entre autres à ce que 85 % des Québécois aient accès à un médecin de famille d'ici janvier 2018. Si cet objectif est atteint, la nouvelle loi ne s'appliquera pas.

Convoqué par le collège

Le syndic du Collège des médecins a le pouvoir d'ouvrir une enquête afin de vérifier si les nouvelles façons de faire du Dr Gaouette violent son code de déontologie. Mais les enquêtes sont tenues confidentielles à moins de mener à une audience disciplinaire.

Joint par La Presse, Christian Gaouette a justement indiqué ne pas pouvoir commenter l'affaire puisqu'il a été convoqué par le syndic du Collège et que c'est là qu'il doit faire valoir ses arguments. Il a requis les services d'une avocate à cette fin.

Questionné sur le sujet, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, affirme que c'est au Collège des médecins de déterminer si la façon de faire de la Clinique médicale La 12ième respecte ou non les règles de déontologie de la profession. « Mais pour moi, la situation est carrément inacceptable », dit-il.

Le ministre Barrette estime qu'en agissant de la sorte, les médecins « manipulent les patients pour augmenter leur taux d'assiduité ».

Il ajoute que la nouvelle loi ne pousse aucunement les médecins à adopter des approches semblables.

« La population va juger très sévèrement les médecins qui font ça. Moi, je les juge très sévèrement. C'est prendre en otages les patients », dit-il.

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