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Nouveau CHUM: Québec retient 70 millions de paiements

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Construit au coût de 3,1 milliards, le nouveau CHUM doit être terminé en 2020. Mais déjà, les retards s'accumulent.

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Devant les délais de livraison, Québec accentue la pression sur le consortium chargé de construire le nouveau Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et retient 70 millions de paiements. C'est ce qu'a confirmé à La Presse le directeur exécutif du bureau de modernisation des CHU de Montréal, Clermont Gignac, dans un rare entretien. Il a levé le voile sur les détails financiers de l'un des plus grands projets de construction d'hôpital du monde.

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Lors de la signature du contrat du CHUM en 2011, Québec a accepté de payer 45 % du coût total du projet au fur et à mesure de l'avancement mensuel des travaux, avant même la livraison du projet.

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Les « extras », soit le coût des modifications demandées après la signature du contrat par la partie publique, sont actuellement évalués à 45 millions au CHUM.

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LES RETARDS S'ACCUMULENT

Construit au coût de 3,1 milliards, le nouveau CHUM doit être terminé en 2020. Mais déjà, les retards s'accumulent. La phase 1 du projet devait être complétée le 22 avril, mais le consortium CSM a été incapable de livrer la bâtisse à temps. Conséquence : Québec retient depuis ses paiements mensuels. « C'est environ 70 millions que nous avons retenus à ce jour », explique M. Gignac. En effet selon les termes du contrat, le loyer mensuel que devra payer Québec une fois le projet du CHUM terminé en entier est évalué entre 12 et 14 millions par mois, révèle M. Gignac. De ce montant, 20 % servira à payer l'entretien et le maintien des bâtiments du nouveau CHUM et 80 % ira au remboursement du service de la dette.

45 % DES COÛTS DÉJÀ PAYÉS

Lors de la signature du contrat du CHUM en 2011, Québec a accepté de payer 45 % du coût total du projet au fur et à mesure de l'avancement mensuel des travaux, avant même la livraison du projet. « Le 55 % restant sera payé après la livraison », affirme M. Gignac. Pour le professeur-chercheur à l'INRS, Pierre J. Hamel, cette décision ne respecte pas le concept initial de partenariat public-privé (PPP). « Initialement, l'État ne devait payer qu'à la livraison du bâtiment. Payer de tels montants à l'avance, c'est ahurissant, dit M. Hamel. Ce n'est pas le PPP qu'on s'était fait vendre du temps de Monique Jérôme-Forget. »

DES EXTRAS DE 45 MILLIONS

Selon M. Gignac, les « extras », soit le coût des modifications demandées après la signature du contrat par la partie publique, sont actuellement évalués à 45 millions au CHUM, soit à peine 1,3 % du coût total du projet. Porte-parole de Collectif santé Montréal, Stéphane Mailhot affirme que le consortium arrive à la même évaluation. Une bonne nouvelle pour Québec. Dans le cas du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), construit lui aussi en PPP, le consortium s'adresse actuellement aux tribunaux pour réclamer 330 millions en extras impayés. M. Gignac rejette cette situation d'un revers de main. « C'est leur prétention qu'on leur doit 330 millions. J'ai la prétention contraire », dit-il. M. Gignac assure que le projet du CUSM, comme celui du CHUM, « respecte le budget », qui prévoyait des provisions pour risques et contingences pour pallier aux imprévus.

UNE AVANCE DE 5 MILLIONS

Dans le cadre des négociations avec Collectif santé Montréal, Québec a accepté il y a quelques semaines de verser 5 millions en « avance » au consortium. Questionné à ce sujet, M. Gignac évoque la « situation financière plus fragile » du consortium pour justifier ce versement. Samedi dernier, La Presse publiait un dossier soulignant les difficultés des principales firmes chargées de la construction du CHUM. M. Gignac ajoute que cette avance « fait partie du processus de négociations ». « On a reconnu qu'on a retardé bien souvent le chantier. Qu'on a demandé de défaire des travaux qu'on n'a pas encore payés. On reconnait qu'on doit payer certains de ces changements. On a accepté de payer 5 millions en avance. C'est une question de bonne volonté », affirme M. Gignac. Pour Jean-Pierre Aubry, fellow invité à CIRANO, le fait qu'une si petite somme soit avancée à Collectif santé Montréal laisse croire que le consortium « serait incapable de se faire financer une si petite somme ». « Ce n'est pas un signal qui donne confiance », dit-il. Chez CSM, on affirme que cette avance « fait partie d'un programme de paiement négocié entre les parties et concerne des travaux exécutés ou en cours d'exécution suite à des demandes de changements. » Selon M. Gignac, aucune autre avance ne doit être versée à l'avenir à CSM.

BARRETTE SE VEUT RASSURANT

En entrevue à La Presse, le ministre de la Santé Gaétan Barrette assure ne pas être inquiet de la santé financière du consortium du CHUM et que l'avance versée s'inscrit « dans le processus normal de négociation ». Le ministre Barrette reconnait que le gouvernement n'était « pas obligé » de verser ces sommes à l'avance et qu'il aurait pu attendre à la livraison du bâtiment, en novembre. « On a accordé ce montant à l'avance, mais on a exigé des garanties », dit-il. Rappelant qu'une partie des montants versés sont « dus » par Québec au consortium, notamment pour des changements réalisés après la signature du contrat, M. Barrette assure que l'avance n'est « pas destinée à éponger les pertes » du consortium.

20 MILLIONS DE TRAVAUX À FAIRE

Professeur-chercheur à l'INRS, Pierre J. Hamel mentionne qu'il se peut que Québec ait accepté de payer une avance au consortium « par crainte qu'il ne tourne les coins ronds par manque d'argent. » M. Gignac assure qu'il n'en est rien et que des ingénieurs du CHUM sont présents sur le chantier et veillent au grain. De 2400 à 2800 travailleurs s'activent sur le chantier du CHUM. Pour atteindre l'objectif de livrer la bâtisse à temps pour le 6 novembre, ils doivent mettre les bouchées doubles. M. Gignac croit qu'ils y arriveront. Sur les 1585 millions de travaux la phase 1 du CHUM, « il reste environ seulement 20 millions de travaux à faire ». Le ministre Barrette se dit quant à lui satisfait de l'avancement des travaux. Il ajoute que le consortium aura à payer une pénalité pour ne pas avoir respecté l'échéancier de livraison et donc que le risque est toujours assumé par le partenaire privé.

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