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«L'apparente réticence» d'un hôpital a-t-elle coûté la vie à un enfant?

La mort du petit Malik a poussé le... (PHOTO LE DROIT)

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La mort du petit Malik a poussé le Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario (CHEO) à déclencher une enquête interne de plusieurs mois, qui n'est toujours pas terminée.

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Un hôpital spécialisé d'Ottawa enquête sur «l'apparente réticence» de son personnel à prendre en charge un enfant transféré du Québec dans un état critique, l'été dernier. La mort de Malik, 4 ans, soulève des questions sur la collaboration entre les établissements de santé de part et d'autre de la frontière.

Malik était grièvement blessé. Pour le sauver, un hôpital de Gatineau a demandé d'urgence son transfert vers un centre spécialisé d'Ottawa. 

Il a fallu près d'une heure et des appels répétés pour que l'hôpital ontarien accepte finalement de prendre l'enfant en charge. Il est mort six semaines plus tard.

La Presse a appris que le Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario (CHEO) enquête sur les soins offerts à Malik Lafontaine, 4 ans, mort l'été dernier après un bête accident. Le coroner Pierre Bourassa, dont nous avons obtenu le rapport, soulève plusieurs questions quant au traitement réservé par l'hôpital d'Ottawa au garçon, victime de «délais inappropriés» causés par «l'apparente réticence de l'établissement d'accepter, dès le premier contact, [son] transfert».

Le coroner va plus loin et parle de «difficultés lors de transferts [de patients] vers l'Ontario» où, faute de services en Outaouais, sont transportés des centaines de malades chaque année.

Délais «inhabituels et contre-indiqués»

C'était au mois de juin. Cet après-midi-là, Malik, petit bonhomme blondinet aux joues rondes, jouait dehors avec son frère. Ils faisaient semblant de couper des arbres près de la maison quand Malik a donné un coup sur le tronc d'un bouleau mort. L'arbre de quatre mètres de haut s'est cassé, fracassant la tête du petit garçon en tombant. L'enfant a été transporté à l'Hôpital de Papineau, à Gatineau. Il était déjà dans le coma à son arrivée. Il a fallu l'intuber pour l'aider à respirer.

En début de soirée, constatant la gravité des blessures du petit garçon, le médecin des urgences a joint son homologue au CHEO - où les cas de traumas pédiatriques de Gatineau sont habituellement transférés parce que l'Outaouais ne dispose pas de ce type d'établissement spécialisé - pour que Malik y soit transporté le plus vite possible. 

Bien que le médecin de l'hôpital québécois ait exposé clairement l'urgence de la situation et la précarité de l'état de son jeune patient, il a été forcé de rappeler plusieurs fois en Ontario avant d'obtenir une autorisation de transfert.

Malik Lafontaine... (PHOTO LA PRESSE) - image 2.0

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Malik Lafontaine

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«Ceci me semble inhabituel et contre-indiqué dans le présent cas», écrit le coroner Bourassa. Selon lui, le CHEO, avec qui l'hôpital de Papineau a pourtant une entente de service, a montré une «apparente réticence» à accueillir l'enfant.

Ce n'est que plus de 45 minutes après l'appel initial que le médecin des urgences de Gatineau a finalement obtenu l'autorisation de transférer le petit garçon. C'est trois fois plus que le délai normal.

L'enfant est mort six semaines plus tard dans un centre de soins palliatifs. Rien ne prouve qu'un transfert plus rapide aurait pu le sauver. Ses blessures étaient «catastrophiques».

Mais «tous délais supplémentaires peuvent entraîner une morbidité accrue et augmentent aussi les chances de mortalité», précise le coroner.

Enquête et questions

La mort de Malik, dont les parents n'ont pas souhaité accorder d'entrevue, a poussé le CHEO à déclencher une enquête interne de plusieurs mois, qui n'est toujours pas terminée. L'événement met aussi en doute l'efficacité des transferts de patients du Québec vers l'Ontario et la collaboration entre les établissements de santé de part et d'autre de la frontière.

«Même si le coroner n'a pas conclu que le transfert a joué un rôle dans la mort tragique de ce garçon, il est très important pour nous d'analyser les événements pour savoir où des améliorations peuvent être faites», a dit la porte-parole du CHEO, Eva Schacherl.

Les responsables de l'hôpital pour enfants, qui reçoit des centaines de transferts de l'Ontario, du Québec et du Nunavut, et ceux du centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO), doivent se rencontrer pour qu'une telle situation «ne se reproduise plus», a dit la porte-parole de l'établissement québécois, Geneviève Côté.

Elle assure que, généralement, les hôpitaux de la région de Gatineau ont une très bonne collaboration avec ceux d'Ottawa.

Ce n'est toutefois pas la première fois qu'un patient ayant besoin de soins spécialisés non offerts en Outaouais meure après qu'un établissement de santé ontarien retarde ou refuse un transfert, ou qu'un hôpital québécois n'effectue pas le transfert vers l'autre province assez rapidement.

En 2009, par exemple, un homme est mort après avoir fait le trajet en ambulance entre Shawville et l'Hôpital neurologique de Montréal. Sollicité deux fois, l'Hôpital d'Ottawa, situé beaucoup plus près, avait refusé de le prendre. 

Deux ans plus tôt, un accidenté de la route est mort après avoir été transféré à l'Hôpital d'Ottawa. Cette fois, c'est l'établissement de Gatineau qui a retardé son transfert vers l'Ontario.

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