Guide alimentaire: éloge du modèle brésilien

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«Si les gens cuisinaient et prenaient le temps de bien manger, on réglerait bien des problèmes. Les gens qui cuisinent à la maison n'ont pas besoin de calculer les nutriments de leur alimentation», dit le nutritionniste Bernard Lavallée.

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Les Américains ont droit à un guide alimentaire révisé tous les cinq ans. Au Canada, la plus récente version du guide date de 2007. Elle avait alors été lancée en grande pompe, après 8 années de consultations, réflexions et révisions, 15 ans après sa précédente version de 1992. Si Santé Canada lançait le processus demain dans des conditions semblables, le Canada pourrait s'attendre à avoir un nouveau guide à l'automne 2023.

Entre-temps, plusieurs pays travaillent à la révision de leurs outils de référence en alimentation. Le Brésil a lancé cette année un nouveau guide, dont la rédaction a pris deux ans, période de consultations publiques comprise. Le résultat n'est pas passé inaperçu.

Que dit donc cet ouvrage révolutionnaire?

Cuisinez plus, donc consommez moins d'aliments transformés, ce qui, inévitablement, réduit l'apport en sel, en sucre, probablement en gras, et mangez des repas avec votre famille ou vos amis. Surtout pas devant la télévision.

En 2015, fallait-il revenir à ces conseils de base, voire simplistes?

«C'est exactement ce dont les consommateurs ont besoin», lance le nutritionniste Bernard Lavallée, qui croit que Santé Canada devrait s'inspirer de l'exemple brésilien. «Le Brésil a cassé le moule dans lequel tous les autres pays se trouvent encore», dit-il. Le Guide alimentaire canadien a été conçu dans un monde où les gens avaient des carences en nutriments, explique le nutritionniste. On leur conseillait alors de manger plus de ceci ou de cela: des légumes pour avoir toutes les vitamines, du lait pour le calcium, de la viande pour les protéines, des produits céréaliers pour les fibres. Malgré quelques mises au point, les principes de base du Guide sont demeurés les mêmes, version après version.

La situation des Canadiens, elle, a grandement changé. «Aujourd'hui, la priorité n'est plus de pallier des carences, explique Bernard Lavallée, mais de freiner des excès. Si les gens cuisinaient et prenaient le temps de bien manger, on réglerait bien des problèmes. Les gens qui cuisinent à la maison n'ont pas besoin de calculer les nutriments de leur alimentation.»

Tous à la cuisine!

C'est précisément avec cette idée en tête que les chercheurs brésiliens ont travaillé sur leur dernier guide. Le Québécois Jean-Claude Moubarac, qui était alors au postdoctorat à l'Université de São Paulo, a participé au renouvellement du guide. «On regarde souvent ce qu'il y a dans les aliments et on oublie de s'intéresser au contexte de l'aliment, dit-il. Or, en 2015, ce n'est plus possible de procéder ainsi. Nous avons donc opté pour une approche plus holistique de l'alimentation.»

Point de départ de cette nouvelle approche, un constat: la population qui consomme moins d'aliments «ultratransformés» a un meilleur profil nutritionnel, explique Jean-Claude Moubarac, désormais chercheur en nutrition publique au département de nutrition de l'Université de Montréal.

Le Brésil est le premier pays à parler du contexte émotionnel et social dans lequel est consommé l'aliment dans son guide, mais il pourrait être bientôt imité par ses voisins qui s'intéressent aussi à cette approche, explique Jean-Claude Moubarac. Le Canada devrait aussi suivre cet exemple, affirme le chercheur, qui estime qu'il faut rapidement revoir notre classification des aliments, car celle utilisée actuellement ne correspond plus à l'alimentation réelle des Canadiens. Plusieurs aliments transformés, des biscuits ou les boissons gazeuses, par exemple, tombent dans la catégorie «autres aliments». De 20 à 25% des aliments consommés par les Canadiens se trouvent dans cette catégorie floue, calcule Jean-Claude Moubarac. «Pour l'instant, on met le jus avec les fruits et la saucisse avec le poulet, dit-il. Il faut faire un ménage là-dedans.»

Il y aurait un autre avantage à revoir la philosophie du guide canadien pour adopter une approche à la brésilienne, estime Bernard Lavallée: l'industrie aurait beaucoup de difficulté à s'approprier des messages sur la façon de consommer des aliments, alors qu'elle le fait abondamment avec les portions et les allégations santé. Actuellement, le Guide stipule que 125 ml de jus de fruits équivaut à une portion de fruits, explique le nutritionniste. C'est ce qui fait qu'on voit fréquemment des jus qui s'affichent comme étant l'équivalent de deux ou trois portions de fruits.

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