Aide médicale à mourir: «Ça ne se fera pas dans nos murs»

Si l'aide médicale à mourir n'est pas offerte... (PHOTO MATHIEU WADDELL, ARCHIVES LA PRESSE)

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Si l'aide médicale à mourir n'est pas offerte au service des soins palliatifs, elle devra l'être ailleurs dans l'hôpital, puisque les établissements de santé sont tenus par la loi d'offrir le service.

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Même si l'aide médicale à mourir est consacrée par une loi dont les effets deviendront bien concrets entre le 10 et le 15 décembre, de nombreux établissements spécialisés en soins palliatifs refuseront de l'offrir à leur clientèle.

Les 29 maisons de soins palliatifs du Québec se sont toutes prévalues de la possibilité de retrait prévue dans la loi pour leurs établissements. Et l'un des plus importants services de soins palliatifs en milieu hospitalier, celui du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), leur emboîtera le pas: les médecins du département n'offriront pas le service à leurs patients.

«Considérant bien des éléments et le contexte, la totalité des maisons de soins palliatifs n'offrira pas l'aide médicale à mourir», indique Élise Rheault, directrice de la maison l'Albatros de

Trois-Rivières, qui était jusqu'à tout récemment membre du conseil d'administration de l'Alliance des maisons de soins palliatifs.

«L'euthanasie n'est pas un soin et encore moins un soin palliatif. Ça ne fait pas partie de notre mandat», résume le Dr Michel L'Heureux, directeur général de la maison Michel-Sarrazin de Québec.

Ces établissements, ainsi que la majorité des médecins qui oeuvrent en soins palliatifs, se sont toujours opposés à l'aide médicale à mourir. Lors du débat sur le projet de loi, les maisons de soins palliatifs ont obtenu de la ministre péquiste Véronique Hivon la possibilité de se soustraire à la loi.

Le patient sera averti dès son admission que la maison n'offre pas ce service, souligne Mme Rheault. «On a déjà préparé le texte, qui sera sur notre site internet et aussi dans la brochure remise à tous à l'admission», ajoute Michel L'Heureux.

Et si jamais un patient hébergé changeait d'avis? «C'est sûr que ça va arriver. On espère que ça va arriver le moins possible, dit le Dr L'Heureux. On va respecter son choix, on ne l'empêchera pas de recevoir ça, mais ça ne se fera pas dans nos murs. Le patient va devoir être transféré dans un hôpital.»

Les maisons de soins palliatifs ont 241 lits un peu partout au Québec. En 2013, elles ont accueilli 3537 patients en fin de vie, pour une durée moyenne de 17 jours.

Le CHUM non plus

Le scénario est le même au service des soins palliatifs du CHUM. Les médecins ont voté lors de l'adoption de la Loi concernant les soins de fin de vie: ils se sont tous prononcés contre l'application de ce nouveau service dans leur département, qui accueille 1800 patients en phase terminale chaque année.

«Tout le monde était contre, c'était unanime. C'était prévisible compte tenu des mémoires qui ont été déposés en commission», souligne le Dr Serge Daneault, qui oeuvre dans ce service.

Si l'aide médicale à mourir n'est pas offerte aux soins palliatifs, elle devra cependant l'être ailleurs dans l'hôpital, puisque les établissements de santé sont tenus par la loi d'offrir le service.

«Est-ce que ça va se faire dans une chambre à deux? se demande le Dr Daneault. On n'est plus dans la philosophie, on est dans le très concret.»

«Les médecins ont un droit de refus. Il va falloir trouver une alternative, un plan B. On ne sait pas encore comment tout cela se fera concrètement, mais le CHUM sera prêt à appliquer la loi», dit Joëlle Lachapelle, porte-parole du CHUM.

D'autres services de soins palliatifs, comme celui du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), évaluent également la possibilité de refuser d'administrer le service aux patients. «Le CUSM a formé un comité pour évaluer cette question, ce qui inclut les gens du soin palliatif. C'est le comité qui va décider», dit Elizabeth McPhedran, porte-parole du CUSM.

Aux soins palliatifs de Maisonneuve-Rosemont et Santa Cabrini, on offrira l'aide médicale à mourir. «L'obligation qu'on a, c'est d'offrir le service. Il faut le faire avec les humains qui sont là, aussi», dit le Dr André Luyet, directeur des services professionnels au CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal. Selon lui, les changements sont plutôt vus comme «enthousiasmants» par le personnel.

Un paradoxe?

Mais si l'opposition venait à s'étendre à d'autres départements de soins palliatifs, la clientèle en phase terminale, visée par le projet de loi, n'aurait donc pas droit au service dans les endroits où elle écoule généralement ses derniers jours.

«Ça peut sembler un paradoxe, convient Michel L'Heureux. Mais c'est un paradoxe que le gouvernement soit allé de l'avant même si les experts du terrain disaient qu'il ne fallait pas faire ça.»

La loi stipule que l'établissement de santé doit trouver un médecin prêt à offrir le service. «On ne voulait pas que ce soit le fardeau du patient ou de sa famille de magasiner quelqu'un», explique Véronique Hivon, ex-ministre péquiste et architecte de la loi.

Barrette rassurant

« Les médecins de soins palliatifs pourront continuer de faire leur travail. Mais pour un patient demandant les soins de fin de vie, certains médecins prendront la relève, dit-il. C'est normal que le milieu des soins palliatifs soit réticent à l'idée. Et on ne leur demande pas de le faire. Mais il y a une question d'offre aux citoyens. Les médecins doivent respecter la volonté des citoyens », dit l'actuel ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Même son de cloche du côté du Collège des médecins. « Je comprends que certains médecins de soins palliatifs refuseront de le faire. Mais certains veulent pouvoir offrir ces soins, dit le président du Collège, Yves Robert. Ce n'est pas à quelques individus de dicter la loi pour la majorité. Il faut penser aux patients. »

Appel à la discrétion des médias

Le Collège des médecins du Québec invite les médias à faire preuve de sobriété dans leur couverture de la nouvelle Loi concernant les soins de fin de vie. Une fois la loi appliquée, en décembre prochain, les médias seront invités à ne pas identifier les premiers patients qui se prévaudront de l'aide médicale à mourir. « On ne veut pas que le premier cas devienne une icône. C'est un sujet très personnel et important, la mort. Il ne faut pas faire de sensationnalisme avec ça », explique le président du Collège des médecins, le Dr Charles Bernard. Celui-ci tient également à préciser que contrairement à ce qui a circulé dans certains médias, le Collège ne mettra pas à la disposition des médecins un « kit » de soins de fin de vie. « Nous leur fournirons plutôt trois guides pour les aider dans la dispensation de ces soins », dit-il. Le Dr Bernard explique que le cas de chaque patient sera analysé à la pièce et qu'il ne faut surtout pas penser que le Collège mettra ainsi à la disposition du corps médical des « kits d'euthanasie ».

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