«La prime Bolduc est de retour», accuse le PQ

La députée de Taillon et porte-parole de l'Opposition... (Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne)

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La députée de Taillon et porte-parole de l'Opposition en matière de santé, Diane Lamarre.

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(Québec) Le gouvernement Couillard rétablit la «prime Bolduc» pour la prise en charge de nouveaux patients, prime qu'il avait pourtant promis d'abolir, accuse le Parti québécois.

À l'Assemblée nationale jeudi, la députée de Taillon et porte-parole en matière de santé, Diane Lamarre, a dénoncé cette disposition «indécente» contenue dans l'entente qui a été annoncée lundi entre le ministre Gaétan Barrette et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Lors du dépôt du projet de loi 20 sur l'accès aux services des médecins, l'automne dernier, Gaétan Barrette affirmait que la prime pour la prise en charge de patients orphelins sera abolie. Cette prime était prévue à la lettre d'entente 245 signée avec les médecins dans le cadre des négociations sur leur rémunération. Elle a « fait la démonstration de son inefficacité », disait M. Barrette.

L'article 23 de l'entente annoncée lundi précise que «la lettre d'entente n° 245 concernant la prise en charge et le suivi de tout patient sans médecin de famille, sur référence ou non du guichet d'accès, est abrogée sans effet rétroactif». Or l'article 24 ajoute ceci :

-« Les sommes qui étaient dévolues à la lettre d'entente n° 245  (NDLR environ 25 millions de dollars par année) sont réaffectées à la création de deux nouvelles mesures favorisant l'inscription de la clientèle. »

- « La première mesure vise à payer au médecin un supplément pour la première visite associée à une inscription de tout nouveau patient orphelin provenant ou non d'une référence du guichet d'accès. » Notons que la même règle s'appliquait dans la lettre d'entente 245 même si elle n'était pas écrite : dans les faits, pour qu'il y ait inscription d'un nouveau patient, il faut qu'il y ait une première visite, selon la FMOQ.

-« La seconde mesure permet au coordonnateur médical local, lorsque le patient orphelin était inscrit au guichet d'accès, de majorer selon les balises convenues par les parties, le supplément octroyé. »

-« Les modalités de ces mesures seront définies ultérieurement par les parties et une lettre d'entente sera rédigée en ce sens. »

« C'est le retour de la prime Bolduc », a lancé Diane Lamarre. Selon elle, on comprend maintenant pourquoi le ministre a tardé à dévoiler les détails de l'entente. « Il a cédé aux demandes de la FMOQ. Je ne vois pas d'autre raison de justifier qu'il ait décidé de réallouer de l'argent à quelque chose qui n'était pas efficace. »

Selon Jean-Pierre Dion, de la FMOQ, « on trouvait que c'était une bonne idée de maintenir cet argent-là pour envoyer le message que la prise en charge de patients est importante ». La mesure a eu un « effet positif » sur l'inscription de patients selon lui. La prime équivaut à 100 $ par nouveau patient.

La FMOQ souligne que la lettre d'entente 245 avait été maintenue, avec quelques amendements, par le gouvernement Marois. Elle confirme que les 25 millions liés à la prime font partie des augmentations globales consenties aux médecins et doivent de toute façon leur être versées. 

Mais pour Diane Lamarre, le gouvernement aurait plutôt dû instaurer une mesure incitative, liée à la performance des médecins. Un supplément aurait pu être versé s'il est démontré que leurs patients ont eu moins recours à l'urgence en raison de leur disponibilité, par exemple. «Le médecin reçoit un honoraire quand il voit un patient. Pourquoi il aurait besoin d'avoir une prime supplémentaire quand il l'inscrit ? Pourquoi on aurait besoin de donner une prime à un médecin, alors que le patient le supplie de le prendre ? Expliquez-moi pourquoi on aurait besoin de mettre de l'argent à cet endroit-là ?» a-t-elle demandé.

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, lui-même médecin, trouve « honteux» le retour de la prime Bolduc. Il blâme à la fois le ministre et la FMOQ. «Par la porte d'en arrière, derrière des portes closes, M. Barrette va renégocier avec la FMOQ la prime Bolduc à nouveau, ce qui montre qu'ils n'ont rien appris et surtout qu'ils tiennent à cette vision commerciale et indigne de la profession médicale », a-t-il tonné.

En l'absence de M. Barrette, la ministre des Services sociaux, Lucie Charlebois, a reproché à Diane Lamarre de n'exposer qu'un seul article de l'entente. « Si la députée avait pris le temps de lire complètement l'entente, elle verrait bien d'autres dispositions que celle-là. Elle voit seulement ce qu'elle veut voir. Ce qu'on voit dans cette entente-là, c'est que les citoyens du Québec vont pouvoir avoir accès à un médecin de famille », a-t-elle fait valoir. Au cabinet de M. Barrette, on soutient que la nouvelle prime est différente de la précédente dans la mesure où elle sera versée seulement s'il y a une véritable prise en charge, si le médecin fait un bilan de santé de son nouveau patient. Ce sera précisé dans les négociations à venir avec la FMOQ. 

Yves Bolduc avait été critiqué au sujet de la prime de 215 000$ qu'il avait touchée pour prendre en charge 1500 patients orphelins alors qu'il était député dans l'opposition. Ces patients étaient retournés sur des listes d'attente lorsque Yves Bolduc avait été nommé au Conseil des ministres l'an dernier. À la suite d'une enquête, la Régie de l'assurance maladie avait exigé que M. Bolduc rembourse un peu plus de 27 000$, c'est-à-dire 50% de la prime qu'il avait reçue pour des patients qu'il n'a pas suivis pendant 12 mois. Le ministre avait également donné une somme équivalente à deux organismes de charité. Embourbé dans les controverses, M. Bolduc a quitté la vie politique en février dernier.

Rappelons que Québec fera adopter le projet de loi 20 malgré l'entente intervenue avec la FMOQ. Les quotas de patients et les pénalités prévues seront mis en application si, au 31 décembre 2017, les médecins ne respectent pas les engagements prévus à l'entente: faire en sorte que 85% des Québécois soient inscrits auprès d'un médecin de famille et atteindre un taux d'assiduité de 80 %.

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