Troubles alimentaires: des hospitalisations réduites à Sainte-Justine

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Les patients seront admis au nouvel hôpital toute la journée et y prendront leurs trois repas. Les jeunes qui souffrent d'anorexie ou de boulimie pourraient par la suite retourner dormir à la maison.

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Katia Gagnon
La Presse

Les soins prodigués aux jeunes souffrant de troubles de la conduite alimentaire subiront une petite révolution à l'hôpital Sainte-Justine: dans les prochaines semaines, on ouvrira un nouvel hôpital de jour, dans le but de réduire significativement le nombre et la durée des hospitalisations.

Les médecins responsables de ce virage, la pédiatre Danielle Taddeo et le psychiatre Pierre-Olivier Nadeau, refusent de s'avancer sur un chiffre précis. Mais à l'interne, on nous dit qu'à terme, le nombre et la durée des hospitalisations pourraient être réduits du quart ou même de la moitié avec cette nouvelle façon de traiter les patients.

C'est que depuis quelques années, tous les signaux sont au rouge quant au nombre de jeunes - filles et garçons, puisque ces derniers comptent désormais pour 10% des cas - traités pour troubles alimentaires. Le nombre d'hospitalisations pour anorexie ou boulimie a augmenté de 44% en l'espace de quatre ans. De 2012 à 2013, les consultations externes ont bondi de 15%, le nombre de visites médicales effectuées par ces patients, de 32%.

Les repas à l'hôpital, le dodo à la maison

Comment fonctionnera ce nouvel hôpital de jour? Les patients y seront admis toute la journée et y prendront leurs trois repas. Les jeunes qui souffrent d'anorexie ou de boulimie pourraient par la suite retourner dormir à la maison. «C'est un gros changement pour nous, dit la Dre Taddeo. Pour les patientes, c'est une formule qui est moins dramatique, c'est moins une coupure avec le milieu.»

Cela permettrait aux patients hospitalisés depuis un certain temps, et dont les signes vitaux sont stabilisés, de couper en partie le «cordon ombilical» avec l'hôpital. D'autres jeunes patients, à un stade moins avancé de la maladie, mais dont le cas est néanmoins inquiétant, pourraient également éviter d'être hospitalisés.

«C'est dur de faire accepter une hospitalisation. Une formule de jour, ça peut être très facilitant», dit Danielle Taddeo. L'hospitalisation comporte aussi des risques: «Ça déconnecte la jeune de son milieu. Le retour peut être difficile», dit le Dr Nadeau.

L'hôpital de jour sera progressivement installé au sein du Service de médecine de l'adolescence. À terme, on devrait y compter huit places. Les jeunes qui le fréquenteront côtoieront les patients hospitalisés à plein temps.

Un très gros contrat pour les familles

Cependant, les trois quarts des familles dont l'enfant est hospitalisé à Sainte-Justine pour troubles alimentaires résident à l'extérieur de l'île de Montréal. «Il faut être réaliste: il y a une partie de la clientèle pour qui ça va être difficile», reconnaît la Dre Taddeo. Pour ces parents qui habitent à Terrebonne, Saint-Jérôme ou Vaudreuil, est-ce mission impossible que d'amener leur adolescent tous les jours en plein coeur de Montréal?

«Est-ce possible? Oui. Est-ce demandant? Oui. Mais c'est un investissement qui peut en valoir la peine. Les troubles alimentaires sont une maladie qui se guérit», dit le psychiatre Pierre-Olivier Nadeau.

«Aller la reconduire et la chercher matin et soir, jamais on n'aurait été capables de soutenir un rythme comme celui-là», souligne une mère dont la fille a été hospitalisée plus d'une fois pour traiter son anorexie. La famille, dont les membres sont littéralement épuisés par la maladie de la jeune fille, habite en banlieue.

Cette nouvelle approche suscite d'ailleurs la critique à l'intérieur même de l'hôpital. Le Dr Jean Wilkins, pionnier de la médecine de l'adolescence, qui s'est consacré au traitement des patientes atteintes de troubles alimentaires, s'inquiète de cette nouvelle formule.

«Ça va être très dur pour les familles. A-t-on bien estimé les coûts de cette maladie pour elles? Je me demande si elles ont été consultées, se demande-t-il. Moi, j'ai toujours eu des lits pour hospitaliser. Va-t-il rester de la place pour hospitaliser des patientes qui en ont besoin?»

Le médecin, dont la pratique est axée sur la création d'un lien avec le patient, ce qui suppose d'avoir du temps, s'inscrit en faux contre ce qu'il perçoit comme une approche de résultat rapide adoptée depuis plusieurs années dans le Service de médecine de l'adolescence. «Avec ces patientes, on ne peut pas faire de débit, de productivité.»

L'hôpital de jour est le premier pas vers un nouveau Centre intégré sur les troubles de la conduite alimentaire, qui voit le jour grâce à un don de 500 000$ de Bell Canada, où les pédiatres et les psychiatres travailleront main dans la main. Actuellement, de jeunes patients hospitalisés en pédiatrie doivent ensuite être transférés en psychiatrie, parce que leur cas est trop lourd.

«Il en résulte un changement complet d'équipe pour la patiente. C'est difficile. On va travailler davantage de façon intégrée», dit la Dre Taddeo. Là encore, son collègue Wilkins s'inquiète et craint un «effritement de toute la médecine de l'adolescence au profit d'autres spécialités».

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