Les retards au CHUM inquiètent l'agence Moody's

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Jusqu'à maintenant, les travaux de la phase 1 du projet, qui doit être livrée en avril 2016, ont pris au moins 15 semaines de retard sur l'échéancier. Ci-dessus, l'avancement des travaux au mois d'octobre.

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La construction du nouveau Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) éprouve de sérieux retards qui risquent de coûter cher à ses promoteurs, a constaté La Presse auprès de sources financières et gouvernementales.

Jusqu'à maintenant, les travaux de la phase 1 du projet, qui doit être livrée en avril 2016, ont pris au moins 15 semaines de retard sur l'échéancier. Une situation qui inquiète l'agence de notation financière Moody's, qui a émis hier un avertissement envers le consortium d'affaires Collectif Santé Montréal, qui gère la construction du CHUM en partenariat public-privé (PPP).

Sans lui faire subir une décote, Moody's a émis un avertissement intérimaire de «perspective négative» qui, à défaut de correctifs, pourrait conduire à une décote des obligations pour une valeur de plus de 1 milliard de dollars émises par le Collectif Santé Montréal en début de chantier.

Au cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, on reconnaît que des retards se sont accumulés sur le chantier du CHUM, mais on se fait rassurant.

«Comme dans n'importe quel chantier, il y a eu des problèmes techniques. Mais l'échéancier du CHUM prévoyait ce genre de retards. On n'a pas d'inquiétudes présentement sur la date de livraison du CHUM», assure la porte-parole du ministre Barrette, Joanne Beauvais.

Des corrections inefficaces

L'été dernier, lors de l'étude des crédits du gouvernement, Québec avait déjà reconnu que des retards étaient enregistrés sur le chantier du CHUM. Le consortium Construction Santé Montréal avait élaboré un «plan de mitigation» pour rattraper les retards. On prévoyait notamment construire certaines pièces, comme des salles de bains, en préfabriqué avant de les installer sur le site du futur hôpital, situé au centre-ville de Montréal.

Dans son avis, Moody's note toutefois que «les mesures de mitigation prises récemment» par le consortium «ne produisent pas encore de résultats permettant de compléter la phase 1 en date du 22 avril 2016 comme prévu».

Selon le rapport de Moody's, le nombre de travailleurs et le nombre d'heures de travail devront doubler sur le chantier en 2015 pour arriver à boucler le projet à temps. Moody's dit croire que le Collectif santé Montréal devra «doubler ses dépenses de 20 millions par mois à 35 millions par mois dès le début 2015 en vue de respecter la date de livraison», une date qui est «atteignable», mais «pas mal ambitieuse considérant les performances actuelles».

Le porte-parole de Construction santé Montréal, Stéphane Mailhot, mentionne que l'évaluation de Moody's est basée «sur un échéancier élaboré en 2012». «Depuis, nous avons élaboré un plan de mitigation. Nous sommes en deçà de 15 semaines. La structure du bloc principal de l'hôpital est presque terminée. On fermera bientôt. Le centre ambulatoire sera terminé en décembre comme prévu. Pour nous, l'échéancier visé est toujours le 22 avril 2016», note M. Mailhot.

Ce dernier explique que plusieurs facteurs ont entraîné les retards dans la construction. «La logistique du chantier est complexe. On est en plein centre-ville. L'hiver dernier, il y a eu de grands froids ce qui entraîné des retards. Il y a aussi eu une grève de deux semaines à l'été 2013», rappelle-t-il.

Mme Beauvais ajoute que le même genre d'avertissement avait été servi par Moody's sur le projet du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). «Mais le centre a été livré avec seulement quatre semaines de retard», dit-elle.

Doutes financiers

L'agence de notation financière Moody's s'intéresse au Collectif Santé Montréal qui construit le CHUM depuis qu'il a financé le lancement de ce projet en 2011 par une émission d'obligations de 1,37 milliard de dollars.

Il s'agit de titre de dette à longue échéance de 39 ans, selon la durée du contrat de PPP. Ces obligations ont été vendues à des gros investisseurs avec l'attrait d'un rendement élevé en intérêt de 6,7% par an.

Une quarantaine d'investisseurs institutionnels s'étaient partagé l'émission en 2011. La plus grosse part - le tiers - a été achetée par la Caisse de dépôt et placement du Québec, pour une valeur de 408 millions.

Au moment de cet achat, le chef des placements de la Caisse, Roland Lescure, avait indiqué que ces obligations du Collectif Santé Montréal représentaient «un investissement comme les autres». Il avait aussi dû nier toute pression d'achat de la part du gouvernement Charest, qui cherchait à l'époque à revaloriser son choix d'un PPP pour le nouveau CHUM.

Trois ans plus tard, malgré l'avertissement de Moody's sur les risques croissants de retards coûteux de ce chantier hospitalier, la direction des placements à la Caisse se dit encore favorable à son investissement initial de 408 millions.

«À titre d'investisseurs à long terme, nous demeurons pleinement confiants que le CHUM se réalisera comme prévu et qu'il générera des rendements intéressants et stables pour nos déposants». a indiqué le porte-parole de la Caisse, Jean-Benoît Houde, en fin de journée hier.

Par ailleurs, en s'enquérant davantage auprès de Moody's, La Presse a constaté que la principale entreprise derrière le PPP du CHUM, c'est-à-dire le constructeur espagnol Obrascon Huarte Lain, suscite aussi des inquiétudes financières dans ses autres projets majeurs, au Mexique notamment.

Au point où Moody's a jugé nécessaire cette semaine d'abaisser la cote sur des obligations d'entreprise d'Obrascon, en surplus de sa «perspective négative». Cette mauvaise note s'est vite répercutée sur la valeur attribuée aux actions d'Obrascon à la Bourse de Madrid, puisqu'elles se sont dépréciées davantage, jusqu'à 20 euros, à leur plus bas depuis deux ans.

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