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Coup de frein sur les antibiotiques

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L'utilisation de cinq agents antimicrobiens est actuellement autorisée pour promouvoirla croissance des animaux d'élevage au Canada. Problème: ces antibiotiques sont également utilisés pour le traitement d'infections chez les humains.

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Devant la montée des bactéries résistantes, Santé Canada va «interdire graduellement» l'usage d'antibiotiques comme facteur de croissance, a appris La Presse. Mais les antimicrobiens continueront d'être donnés à des troupeaux en santé pour prévenir les maladies.

Pour combattre les problèmes grandissants de résistance aux antibiotiques, Santé Canada va freiner l'utilisation d'antibiotiques pour stimuler la croissance des animaux de consommation, a appris La Presse. Controversé, cet usage des antimicrobiens est banni en Europe depuis 2006.

Santé Canada «collabore avec les fabricants de produits pharmaceutiques à interdire graduellement les allégations liées à la stimulation de la croissance pour les médicaments antimicrobiens», a confirmé Sean Upton, agent des relations avec les médias au ministère fédéral.

L'utilisation de cinq agents antimicrobiens est actuellement autorisée pour promouvoir la croissance des animaux d'élevage au Canada. Problème: ces antibiotiques sont également utilisés pour le traitement d'infections chez les humains. Trois d'entre eux - la pénicilline, la tylosine et la virginiamycine - sont jugés de «haute importance» en médecine humaine, ce qui veut dire qu'ils servent à soigner de graves infections. Les deux autres sont d' «importance moyenne» pour les humains.

«Donner des antibiotiques comme facteurs de croissance est inacceptable, a tranché le Dr Charles Bernard, président du Collège des médecins du Québec. Et je pense parler au nom de la majorité des médecins du Québec en disant cela.»

Pas encore d'échéance

Aucune date limite n'a été fixée pour abandonner ces stimulateurs de croissance. «Nous continuons de travailler avec les promoteurs de ces médicaments afin de planifier une stratégie d'élimination progressive», indique Leslie Meerburg, autre porte-parole de Santé Canada. Un calendrier est en cours d'élaboration, a-t-elle ajouté.

Utilisés dans les fermes depuis les années 60, les antibiotiques comme facteurs de croissance permettraient d'améliorer de 3% à 5% le gain de poids moyen et l'efficacité alimentaire des animaux, surtout dans les troupeaux malades. Prescrits en très petite quantité - entre 1/10e et 1/100e d'une dose thérapeutique normale -, ces médicaments favorisent particulièrement l'apparition de bactéries résistantes.

Réserver les antibiotiques aux animaux malades

Ces bactéries menacent les animaux, mais également les humains. «La majorité des cas de résistance qu'on a vus apparaître chez l'humain sont des résistances à des antibiotiques de familles apparentées aux antibiotiques donnés aux animaux», a souligné le Dr Richard Marchand, professeur adjoint de clinique au département de microbiologie et immunologie de l'Université de Montréal.

Il est urgent, selon lui, de cesser de donner des antimicrobiens au bétail en santé. «Il faut les réserver aux animaux malades seulement», a-t-il plaidé.

Prévenir les maladies en donnant de petites doses d'antibiotiques à tout un troupeau - ce qui se fait couramment - est donc aussi à proscrire. «Toute utilisation étendue d'un antibiotique n'est pas recommandable», a souligné le Dr Bernard.

Médicamenter toute une garderie

Ottawa ne compte toutefois pas restreindre cet usage prophylactique. «À l'heure actuelle, Santé Canada n'envisage pas d'interdire l'utilisation d'antibiotiques pour la prévention de maladies chez les animaux», a indiqué Mme Meerburg. Or, presque tous les antibiotiques utilisés comme facteurs de croissance sont aussi homologués pour la prévention ou le traitement de différentes maladies, ce qui veut dire que leur usage agricole perdurera.

Dans ce cas, pourquoi ne pas donner de petites doses d'antibiotiques à tous les enfants d'une garderie pour prévenir les maladies, comme on le fait avec les animaux? «Celui qui ferait ça serait sanctionné sévèrement, s'est insurgé le Dr Bernard. C'est un concept complètement ridicule.»

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