Drogue, évasion et résidence pour aînés

Le Pavillon Marquette comptait 14 pensionnaires au moment... (Photo: Alain Roberge, La Presse)

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Le Pavillon Marquette comptait 14 pensionnaires au moment de sa fermeture, le 23 novembre. Son permis l'autorisait à en accueillir jusqu'à 28, mais le CSSS Jeanne-Mance n'y envoyait plus de patients depuis un moment déjà.

Photo: Alain Roberge, La Presse

(Québec) Le Pavillon Marquette, résidence pour personnes âgées de Montréal, était dirigé jusqu'à tout récemment par un présumé trafiquant de drogue qui se serait évadé d'une prison de Port-au-Prince. Les services y étaient tellement déficients que le CSSS Jeanne-Mance, dans un geste rare, a résilié son contrat et placé les patients ailleurs.

Une source proche du dossier souligne que des lacunes importantes avaient été observées dès 2008 au Pavillon Marquette, dans le Plateau-Mont-Royal. Sans vouloir confirmer l'information, le CSSS Jeanne-Mance reconnaît que sa décision s'explique par une «récurrence des problèmes», «une détérioration de la situation avec les années». Il nie toutefois avoir tardé à intervenir.

Le Pavillon Marquette était une «ressource intermédiaire», ces résidences privées subventionnées par l'État qui sont en plein essor depuis 2005, année où le gouvernement Charest a gelé le nombre de places en CHSLD. Il avait 14 pensionnaires au moment de sa fermeture, le 23 novembre. Son permis l'autorisait à en accueillir jusqu'à 28, mais le CSSS Jeanne-Mance n'y envoyait plus de patients depuis un moment déjà.

Son propriétaire, Déjean Victor, s'est retrouvé dans les pages judiciaires à quelques reprises au cours de la dernière année.

«Plusieurs lacunes»

Le CSSS demeure évasif sur les motifs de sa décision. «De façon générale, on a observé plusieurs lacunes en lien avec des normes de qualité que doivent respecter les ressources intermédiaires. On a fermé cette ressource parce qu'on ne croyait pas qu'elle pouvait s'amender et s'ajuster à ce qui était demandé», a affirmé Josée Proulx, directrice des programmes de services à domicile et de réadaptation.

Ces normes concernent par exemple l'hygiène, la salubrité, l'alimentation, la sécurité des lieux, la surveillance des personnes âgées, le comportement du personnel. «Quand on ferme une ressource, c'est qu'il y a de multiples problèmes», a indiqué Josée Proulx.

Mais quels problèmes y avait-il exactement au Pavillon Marquette? «Le CSSS Jeanne-Mance préfère pour l'instant ne pas entrer dans les détails entourant la fin de l'entente, par respect pour la clientèle et parce qu'on ne connaît pas les suites juridiques de ce dossier», s'est bornée à répéter Mme Proulx au cours de l'entrevue.

Comme seul exemple, elle a indiqué que la résidence n'organisait pas des activités de loisirs chaque jour comme l'exige son contrat. «C'est sûr qu'on ne ferme pas une ressource à cause de ça,?a-t-elle reconnu. Vous me demandez un exemple, je vous en donne un qui fait mon affaire. Est-ce qu'on est obligé d'aller dans les détails pour défendre et motiver une décision qui a été prise dans le réseau public?»

Josée Proulx se dit «satisfaite de l'opération». «Le CSSS a fait son travail», a-t-elle insisté.

Le Curateur public représente 6 des 14 personnes âgées en perte d'autonomie qui étaient hébergées au Pavillon Marquette. Au printemps 2010, à la suite de visites à la résidence, il a prévenu le CSSS que «les services n'y étaient plus adéquats», a affirmé sa porte-parole, Aline Charest, sans vouloir donner de précisions. Chose certaine, il fallait reloger les aînés, selon le Curateur.

Contrat résilié

À peu près au même moment, vers la fin du mois de mai, le CSSS a réévalué les services donnés au Pavillon Marquette. Au terme de l'exercice, il a décidé, en août, de fermer la résidence. Or, le contrat n'a été résilié officiellement que le 23 novembre. «Il a fallu analyser tous les rapports d'évaluation, se positionner sur la récurrence ou non des problèmes, produire une recommandation à l'Agence de Montréal, déterminer comment on allait fermer cette ressource et où on allait replacer la clientèle, il a fallu qu'on obtienne des avis juridiques. C'est sûr qu'il y a un délai, mais on n'était pas en urgence dans ce dossier», a dit Mme Proulx. Selon elle, «on ne peut faire les choses de façon précipitée dans ces dossiers-là, parce que ce sont des personnes vulnérables, et il faut bien s'en occuper quand on fait un changement comme celui-là».

De mai à novembre, le CSSS a dépêché une infirmière à temps plein au Pavillon Marquette «pour s'assurer que tout était conforme aux normes d'administration des médicaments et de soins apportés à la clientèle».

Le 23 novembre, le CSSS Jeanne-Mance a placé les 14 aînés dans une autre ressource intermédiaire du Plateau-Mont-Royal. Étrangement, il a fait appel à des agents de sécurité pour superviser l'opération. «Nous voulions nous assurer que tout se passe bien», s'est contentée de dire Josée Proulx.

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