Où accoucher?

De plus en plus de Québécoises demandent une... (Photo: François Roy, archives La Presse)

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De plus en plus de Québécoises demandent une péridurale durant l'accouchement. En 1996, 39% y ont eu recours, alors que 61% l'ont fait en 2008-2009.

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Depuis 2001, le ministère de la Santé du Québec ne publie plus les statistiques détaillées sur les naissances. Le gouvernement devait procéder à une refonte de son système de collecte de données et publier les chiffres dès 2008, mais rien n'a encore été fait. Pour l'instant, les futures mamans ne peuvent connaître le taux de césariennes ou de péridurales de l'hôpital où elles accoucheront.

«C'est incompréhensible de ne pouvoir consulter ces données. C'est plus opaque que jamais», déplore la chercheuse en périnatalité Hélène Vadeboncoeur.

>>> Statistiques des hôpitaux de la région de Montréal

Dans les derniers mois, La Presse a collecté les statistiques d'interventions réalisées en salle d'accouchement dans 16 centres hospitaliers de la grande région de Montréal.

Les chefs des services d'obstétrique précisent toutefois qu'il faut être prudent dans la comparaison de ces données, car plusieurs facteurs les influencent.

Par exemple, le Centre hospitalier Sainte-Justine, l'Hôpital général juif et l'hôpital Royal-Victoria héritent de tous les accouchements complexes à Montréal. Ils sont donc plus susceptibles de faire des interventions médicales et ne peuvent être comparés à des hôpitaux qui reçoivent de cas plus simples.

Il est aussi important de savoir que les futures mamans qui voudraient utiliser ces données pour choisir où accoucher, dans la pratique, n'ont pas vraiment le choix. «La pénurie d'obstétriciens est telle que les femmes accouchent plutôt dans l'hôpital où pratique le médecin qu'elles parviennent à trouver», explique le président de l'Association des obstétriciens-gynécologues du Québec, le Dr Robert Sabbah.

23% de césariennes

En 2008-2009, 23% des 84 475 accouchement qui ont eu lieu au Québec se sont terminés par une césarienne. Ce taux est bien supérieur au taux de 15% que l'Organisation mondiale de la santé juge raisonnable; qui plus est, il a notablement augmenté depuis 10 ans. En 2000, 18,5% des accouchements étaient faits par césarienne.

Une récente étude de l'Institut de recherche en santé du Canada explique la hausse du taux de césariennes par différent facteurs. Par exemple, les mères sont plus grosses qu'avant et elles ont leur premier enfant plus tard.

De plus, un nombre croissant de médecins hésitent à pratiquer un accouchement naturel pour un deuxième enfant si le premier est né par césarienne. «Plusieurs mères ne veulent pas un accouchement naturel lorsqu'elles ont déjà eu une césarienne. En outre, les parents ne veulent prendre aucun risque durant l'accouchement. Dès que l'on note quelque chose de suspect, on nous demande d'intervenir. Comme médecin, on respecte le choix des parents», explique le directeur médical du Centre de santé et de services sociaux Pierre-Boucher, le Dr Michel Laurence.

La totalité des 16 hôpitaux qu'a visités La Presse essaient de réduire leur taux de césariennes, car plusieurs études ont démontré que cette opération n'est pas sans risque. «Passé un certain seuil, le taux de mortalité chez la mère augmente de même que les complications», résume Mme Vadeboncoeur.

On teste actuellement deux programmes destinés à aider les hôpitaux à réduire le nombre de césariennes. Des chercheurs de l'hôpital Sainte-Justine mènent l'étude Quarisma. Dans les hôpitaux où cette étude est implantée, le tiers des césariennes sont revues. Les équipes sont invitées à s'autoévaluer afin de hausser la qualité des soins. «On évalue ce qui est fait et comment on peut l'améliorer. L'un des objectifs est de réduire le taux de césariennes», résume le chercheur principal de Quarisma, Nils Chaillet.

À l'hôpital de Saint-Eustache, les effets positifs de l'étude Quarisma se font déjà sentir. «On voit l'impact sur nos premières statistiques pour 2010-2011. On a diminué notre taux de césariennes de 3,4% en un an!» affirme la chef de l'unité des naissances, France Lebrun.

Le programme AMPRO (Approche multidisciplinaire en prévention des risques obstétricaux), qui sera implanté dans tous les hôpitaux du Québec d'ici à 2011, vise aussi à réduire les risques obstétricaux. «Notre technique encourage le travail d'équipe. On fait une mise à jour des connaissances. Les équipes locales ciblent les problèmes, comme un taux de césariennes trop élevé, et elles tentent de les régler», explique le directeur d'AMPRO Québec, le Dr Guy-Paul Gagné.

À l'hôpital Charles-LeMoyne, le programme AMPRO porte ses fruits. Le taux de césariennes est passé de 26% à 24,5% depuis 2006 et le taux de péridurales, de 79% à 59%.

61% de péridurales

De plus en plus de Québécoises demandent une péridurale durant l'accouchement. La péridurale (erronément appelée «épidurale» sous l'influence de l'anglais) est l'anesthésie régionale qui permet de diminuer la douleur de l'accouchement. En 1996, 39% des mamans y ont eu recours, alors que 61% l'ont fait en 2008-2009, selon les données de la Régie de l'assurance maladie du Québec.

«On n'offre pas la péridurale d'emblée, mais les femmes la demandent de plus en plus», note la chef de l'unité des naissances de l'hôpital du Lakeshore, Louise Lacroix.

Mme Vadeboncoeur souligne que la péridurale n'est pas sans conséquence. L'Organisation mondiale de la santé affirme d'ailleurs qu'un accouchement sous péridurale ne peut être considéré comme «normal». «Avec la péridurale, les risques d'avoir recours aux forceps, à la ventouse ou à la césarienne augmentent», note Mme Vadeboncoeur.

La totalité des hôpitaux du Québec offrent d'autres moyens pour soulager la douleur, comme des bains thérapeutiques ou des ballons d'exercice pour adopter des positions confortables. «Mais souvent, les femmes ne veulent pas avoir mal et nous demandent la péridurale. On est très mal placés pour refuser», note la chef adjointe du service d'obstétrique de l'hôpital LaSalle, Renée Bougie.

En ce qui concerne les forceps et la ventouse, les taux d'utilisation se chiffraient respectivement à 2% et 7% en 2008, selon la RAMQ.

L'épisiotomie, qui consiste à inciser le périnée afin d'éviter les déchirures, a été pratiquée dans 11% des cas en 2008. Les statistiques varient grandement d'un hôpital à l'autre. À l'hôpital du Haut-Richelieu, le taux atteint 25%. Mais à l'hôpital Sainte-Justine, on parle plutôt de 15%. «La pratique varie mais, ici, on laisse déchirer», résume la chef du service d'obstétrique, la Dre Diane Francoeur.

Même si le taux d'interventions lors des accouchements reste élevé au Québec, la présidente du centre de maternité Mère et Monde, Sylvie Thibault, note un plus grande ouverture des hôpitaux à l'égard des naissances naturelles. «Ça dépend un peu du médecin. Certains ont plus tendance à intervenir que d'autres, dit-elle. Mais on a fait beaucoup de chemin depuis quelques années. Il faut continuer de sensibiliser les femmes au fait que l'accouchement n'est pas une maladie!»

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