Femmes autochtones: des proches dénoncent le cadre quasi judiciaire de l'enquête

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Terry Ladue a expliqué aux commissaires qu'avec ce passé trouble, il n'a jamais appris comment aimer - personne ne lui a montré.

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Laura Kane
La Presse Canadienne
WHITEHORSE

L'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a entendu jeudi le témoignage d'un homme qui avait été séparé de sa mère une première fois lors des «rafles des années 1960», puis qui l'a perdu une deuxième fois plus tard lorsqu'elle a été assassinée.

Aujourd'hui, Terry Ladue met au défi la commission de regagner la confiance qu'il a perdue dans toutes les institutions.

Au dernier jour des premières audiences publiques de la commission, à Whitehorse, au Yukon, M. Ladue, les mains tremblantes, a livré un témoignage poignant, mais puissant. Il a raconté comment sa mère, Jane Dick, avait perdu la garde de ses enfants, dans les années 1960, alors que les services sociaux confiaient les petits Autochtones à des familles allochtones. Mme Dick a plus tard été battue à mort.

Terry Ladue a expliqué aux commissaires qu'avec ce passé trouble, il n'a jamais appris comment aimer - personne ne lui a montré. Père de trois garçons, il ne peut leur dire combien il les aime - il ne sait pas ce que ce mot signifie.

Son lourd passé l'a éventuellement conduit à Vancouver où, pendant 13 ans, il s'est «planté une aiguille dans le bras» pour soulager son mal-être.

Il a soutenu jeudi qu'il ne faisait pas confiance à la commission parce que jusqu'ici, tous les gouvernements lui ont fait plus de mal que de bien. Cela dit, il a pressé les commissaires de passer de la parole aux actes et de permettre aux Autochtones d'acquérir enfin plus de dignité au sein de la société canadienne.

«La colère contre les gouvernements, contre la GRC, m'habite depuis 52 ans. Je ne fais plus confiance. Vous voulez que je vous fasse confiance? Méritez-la! Si tout ça ne mène à rien, je ne ferai plus jamais confiance à personne.»

Cadre trop rigide?

Son témoignage a arraché des larmes à plusieurs participants, dont la commissaire Qajaq Robinson.

La commission entendait en public ses premiers témoignages de proches des victimes depuis mardi, dans la capitale du Yukon. La commissaire en chef, Marion Buller, misait beaucoup sur le succès de ces premières audiences publiques pour la suite des choses l'automne prochain. Les participants cette semaine semblaient plutôt partagés.

Shaun LaDue, frère de Terry Ladue (même s'il écrit son nom différemment), a senti qu'il était respecté par les commissaires, «qui nous écoutent avec leur coeur et leur âme».

Mais l'avocate Joan Jack, proche parente d'une Autochtone assassinée, déplorait en entrevue le cadre quasi judiciaire des audiences publiques. Elle soutient que plusieurs participants ne sont pas très à l'aise avec le cadre formel de la commission - notamment le fait que les témoins doivent prêter serment. Elle se demande aussi pourquoi l'avocate principale de la commission n'est pas elle-même autochtone.

Me Jack, dont la belle-soeur a été assassinée au Yukon dans les années 1970, estime néanmoins que tous les Canadiens doivent entendre la difficile vérité qui sera révélée durant ces audiences publiques. Car si certains détails risquent d'être troublants, a-t-elle soutenu, la seule façon de progresser, c'est de souffrir tous ensemble.




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